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janvier 6, 2026 by QuentinprodPhotos

Nous suivons les moldaves d’Alternosfera depuis de nombreuses années dans nos colonnes, au fil d’une discographie qui n’a cessé de gagner en densité et en cohérence. Des albums marquants aux concerts fédérateurs, le groupe moldave a toujours su transformer ses tensions intimes et politiques en matière rock vivante — une intensité que nous avions notamment pu mesurer sur scène en 2021, lors de leur passage remarqué au festival Electric Castle à Cluj-Napoca.

Depuis la sortie de leur précédent disque Arhitectul din Babel en 2019, qui avait confirmé sa place parmi les groupes moldaves les plus célèbres et influents, Alternosfera revient avec un septième album dense et engagé, Steaguri Fără Culori, paru le 31 décembre 2025. Entre rock alternatif tendu et regard lucide sur son époque, le groupe poursuit son exploration d’un monde en perte de repères.

Fondé à Chișinău en 1998, Alternosfera a bâti, album après album, une identité singulière : un rock alternatif tendu, porté par des textes en roumain à forte charge symbolique, où la musicalité naturelle de la langue roumaine renforce la mélodie de chaque morceau, entre introspection intime et regard critique sur la société. De Orașul 511 à Epizodia, jusqu’à Arhitectul din Babel, le groupe emmené par Marcel Bostan s’est imposé comme une voix majeure de la scène moldave et roumanophone.

Des drapeaux vidés de leur sens

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Avec Steaguri Fără Culori (« Drapeaux sans couleurs »), Alternosfera propose une réflexion sur la perte de repères, la manipulation et la banalisation de la violence symbolique. Le titre de l’album est une métaphore : lorsqu’un drapeau perd ses couleurs, il perd son sens, son identité et sa capacité à unir — un thème qui résonne puissamment à l’heure des tensions géopolitiques et des discours polarisés.

D’abord annoncé pour 2023 puis reporté à 2024 et enfin à 2025, ce nouvel album très attendu a été dévoilé avec parcimonie à travers trois singles dévoilés dès 2022 pour faire patienter les fans.


« Bonjour madame » joue sur une ironie grinçante : derrière une formule de politesse anodine, Alternosfera dénonce l’automatisme social, l’indifférence et la déshumanisation du quotidien. Un morceau efficace et piquant, qui résume bien l’art du contraste du groupe.

À l’inverse, « Imnuri de război » (« Hymnes de guerre ») s’inscrit dans une veine plus sombre et martiale. Sorti un an tout juste après le début de l’invasion russe en Ukraine, Alternosfera y dissèque les discours belliqueux, la glorification du conflit et la facilité avec laquelle les masses peuvent être entraînées par des refrains guerriers.

« Aritmii », sorti fin 2023, impose quant à lui une atmosphère sombre et tendue. Alternosfera y mêle guitares nerveuses et rythmes martelés, annonçant la gravité et la lucidité qui dominent Steaguri Fără Culori.

Entre rage et gravité

Mixé par le célèbre Adrian Bushby (lauréat de deux Grammy Awards pour son travail avec Foo Fighters et Muse), l’album alterne décharges d’énergie rock et moments plus introspectifs. Des titres comme Plângem, Clopote ou Recviem Fără Refren approfondissent les thèmes de la peur, du deuil collectif et de la désillusion, tandis que les arrangements, parfois plus amples et presque cinématographiques, élargissent la palette sonore d’Alternosfera.

Avant même sa sortie officielle, Steaguri Fără Culori circulait déjà dans les setlists dès 2025 lors de concerts promotionnels plébiscités par le public, offrant aux fans une première immersion dans ces nouvelles compositions et confirmant l’intensité du groupe sur scène.

Avec Steaguri Fără Culori, Alternosfera livre un album résolument actuel, capable de traduire les tensions et les inquiétudes de notre temps en rock intense et poignant, sans jamais perdre la dimension mélodique qui traverse tout leur univers et fait la beauté de la langue roumaine.

L’album est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de streaming ainsi que sur Youtube.

Site officiel – Facebook – Instagram

Classé sous :Moldavie, Actus, Musique Balisé avec :alternosfera, chisinau, moldavie, rock, roumain

février 18, 2025 by QuentinprodPhotos

Figure de la scène musicale moldave, Lupii Lui Calancea était en concert à Paris il y a quelques jours pour une date unique en France. Retour en images.

C’est l’un des projets les plus saisissants de l’Est de l’Europe, et un magnifique exemple de réappropriation du patrimoine musical traditionnel. Ce groupe formé en 2017 à Chișinău est porté par le bassiste et compositeur Alex Calancea, figure très connue en Moldavie.

Dans une région d’Europe très attachée aux traditions, Alex Calancea a imaginé un univers musical original qui réinvente le folklore moldave à travers des sonorités empruntes à la fois au rock, au folk et aux rythmes traditionnels grâce notamment au caval, version roumaine de la flûte traditionnelle des Balkans. A travers ses propres compositions ou des réarrangements de morceaux traditionnels, il raconte des histoires de son enfance où les loups étaient rois, mais aussi des croyances, odes à la nature et légendes des Haiducs roumains. Leur dernier album studio, « Lelea », est sorti en 2024.

En fervent défenseur de l’héritage culturel moldave, Alex Calancea a même lancé en 2021 un festival des Loups (« Festivalul Lupilor« ), lors duquel il fait découvrir et perpétuer les traditions ancestrales de son pays à travers concerts et rencontres avec des artisans. Le festival Lupilor est devenu l’un des événements musicaux majeurs du pays et attire des groupes bien connus de la scène moldave et roumaine, à l’image d’Alternosfera, Vita de Vie ou encore Vali Boghean.

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Lupi Lui Calancea en concert au Cabaret Sauvage, Paris, le 16 février 2025

Lupii Lui Calancea pour la première fois à Paris

Pour promouvoir la sortie de leur nouvel album « Povestea Dorului » dans quelques jours – annoncé avec le clip du single Vai, sărmana turturică – Lupii Lui Calancea a lancé sa tournée des loups (« Turneul Lupilor ») le 7 février dernier avec une première date à Amsterdam puis Londres, Padoue, Bruxelles et Paris pour cette date unique en France. Le groupe s’envolera ensuite pour l’Amérique avec des dates prévues à Chicago, Seattle, Montreal et enfin Toronto le 2 mars avant de repartir pour plusieurs dates en Roumanie.  

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Les concerts du groupe sont de véritables performances scéniques qui allient musique, chant, danse, et parfois même de somptueux décors. Pour la première venue de Lupii Lui Calancea en France, le show est plus minimaliste évidemment mais garde toute la force et l’originalité qui ont fait la renommée du groupe. On se croirait presque dans une fête de village à écouter les habitants nous chanter les chants de leurs ancêtres, les riffs de guitare électrique et de basse en plus, évidemment. 

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Vêtus de leurs costumes de loups, Alex et sa meute ont enflammé la scène du Cabaret Sauvage pendant plus de deux heures d’un concert sans temps mort, faisant danser le public jusqu’à la dernière seconde dans une merveilleuse complicité. 

La voix incroyable, envoûtante et parfois incantatoire de Cristian Ursache nous emporte dans un tourbillon d’émotion, soutenue par une rythmique puissante grâce notamment à l’exceptionnel jeu de basse d’Alex Calancea. La musique de Lupii Lui Calancea ne se décrit pas avec des mots, elle se vit, elle prend aux tripes, fascine, se partage. C’est une expérience unique qui ne laisse pas indifférent et nous emmène avec entrain dans cette déferlante d’énergie. Un concert absolument fantastique qui réchauffe le coeur et les esprits, assurément. 

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Retrouvez la galerie photo complète sur ce lien

Nous remercions chaleureusement EnJoy Events pour l’invitation et son excellent accueil tout au long de la soirée !

Classé sous :Actus, Moldavie, Musique, Uncategorized Balisé avec :alex calancea, ethno, lupii lui calancea, moldavie, Musique

juillet 28, 2023 by Lea Djenadi

L’auteur moldave Iulian Ciocan a accepté de répondre à nos questions à l’occasion de la parution cette année de son nouveau roman « Et demain les Russes seront là ».
Chronique & rencontre au coeur d’une actualité brûlante.

– Quelle vie sera la mienne, Gricha, maintenant que les élèves m’ont vue jeter les livres au feu ?
– T’es dingue ou quoi, femme ? Tu ferais mieux de te demander ce qu’on va devenir sans ton salaire !

Iulian Ciocan, « Et demain les Russes seront là »

Un roman prémonitoire pour la Moldavie…mais pas seulement.

Iulian Ciocan

« Et demain les Russes seront là » est un étrange objet. Ecrit en 2015 par l’auteur moldave Iulian Ciocan se roman qui se veut dystopique est chargé d’une mission qui apparaît encore plus dystopique que l’oeuvre : se libérer non pas seulement des angoisses de l’auteur mais de celle de tout un peuple.

En effet, la Moldavie, petite enclave républicaine coincée entre la Roumanie et la Russie, vit sous la crainte d’une invasion militaire depuis des années maintenant… Et pour évacuer cette angoisse, Iulian Ciocan a choisi un ton drôle, caustique, et plein d’humour noir dans un scénario assez kafkaïen sur lequel on ne peut en dire trop sans dévoiler l’intrigue. 

Dans les années 90, un jeune écrivaillon, Marcel Poudre, rentre dans sa jeune Moldavie  après avoir fini ses études de lettres en Roumanie. Il cherche un emploi, dans un pays gangrené par la corruption et la misère, avec dans sa sacoche un roman dystopique qu’il a écrit… Ce roman raconte l’histoire du professeur Pigeonneau, dans les années 2020, qui cherche à fuir une Moldavie dans laquelle l’armée russe afflue mais dont le passeport périmé ne lui permet pas de passer la frontière roumaine, dont il vient pourtant et dont il est spécialiste de la langue…

Les deux scénarios vont se mêler dans un jeu de matriochkas, sans que l’on ne sache plus trop quelle intrigue écrit l’autre. Des scénarios qui font écho à une actualité qu’il n’est certainement pas besoin de renommer ici et qui nous amène aussi à lire et recevoir ce roman, traduit récemment en français, bien différemment que lors de sa sortie, donnant à son aspect caustique un pendant prophétique et aiguisé qui finalement pourrait bien plus nous angoisser que nous libérer.

Et pourtant, on tourne les pages, pris dans les intrigues personnelles, souvent bien plus viles et basses que les enjeux politiques qui nous dépassent… On dit que les grandes oeuvres sont celles qui se redécouvrent selon les moments, et il est fort à parier que ce sera le cas de Et demain, les russes seront là. 

Rencontre avec Iulian Ciocan

Iulian Ciocan, écrivain et journaliste moldave, a accepté de nous présenter le roman et répondre à quelques unes de nos questions pour Hajde. Avec l’espoir que cela vous engage à lire ce livre qui en dit beaucoup sur l’Europe et la littérature, et se reçoit certainement différemment selon les dates et les lieux. 

Bonjour Iulian et merci de répondre à ces questions concernant votre roman “et demain, les russes seront là”. Tout d’abord pouvez-vous nous présenter votre roman ? 

Il s’agit d’une dystopie dans laquelle je me suis imaginé la Russie et la région séparatiste de Transnistrie en train d’envahir la République de Moldavie. Le roman est construit toutefois sur deux plans différents. Car il y a le plan des années 90, du chaos et de la pauvreté consécutifs au démembrement de l’Union Soviétique alors que le plan dystopique est celui du roman écrit par un étudiant qui vient du plan réel, celui de ces années 90. A la fin, les deux plans s’entrecoupent pour soutenir l’idée que tout passé truffé de problèmes ne peut générer qu’un futur ténébreux, nébuleux.

En recevant le roman j’ai été un peu percutée par le titre au vu de l’actualité. Encore, en France la question des Russes évoque moins de crainte ou d’espoir qu’en Europe de l’Est, vous vous en doutez. Le roman a germé avant les événements récents mais de quelle manière ce titre a-t-il été pensé par vous ? 

J’avoue que j’ai eu toujours la conviction que la Russie envahira un jour la République de Moldavie. La Bessarabie (autre nom pour la Moldavie) a été annexée  par l’empire du Tsar en 1812 et par la suite, en 1940 plus exactement, elle a été occupée par l’Union soviétique, il m’était donc passé par la tête qu’il y aurait une nouvelle invasion. Dans mon roman, elle se produit en 2020…je ne me suis trompé que sur l’année. Même à présent que la Russie semble enlisée en Ukraine, j’ai bien peur que ce soit le tour de la Moldavie. Peut-être en 2025 ou 2026.

Quant au titre, je ne l’ai pas trouvé facilement. J’avais d’abord pensé à « Un été avec beaucoup de Russes » que j’ai rejeté car je le trouvais assez hermétique. Après avoir réfléchi davantage, j’ai trouvé le titre final qui en roumain était « Et le matin les Russes viendront ». Ils arrivent, habituellement, le matin. En français ma traductrice et mon éditrice ont opté pour un titre légèrement changé, plus percutant : «Et demain les Russes seront là ».

On l’entend d’une manière inquiétante, néanmoins vous défendez bien ce propos dans votre livre, tout dépend de quel côté de la barrière (notamment linguistique) on se situe. En effet selon que l’on soit roumanophone, moldavophone ou russophone, la question de la direction politique que prend un gouvernement paraît menaçante ou sécurisante… Comment pensez-vous que ce titre puisse être entendu maintenant par le lecteur qui croiserait votre roman en vitrine ? 

Avant que débute la guerre en Ukraine, mon roman – écrit en 2015 – n’avait pas été tellement remarqué. Ce n’est qu’après l’invasion de 2022 que j’ai commencé à recevoir des offres de traduction. Le lecteur doit comprendre que l’auteur de ce roman est un petit Nostradamus, qu’il a l’art de scruter l’avenir, de le deviner. Voire plus : que l’auteur peut décrire l’avenir dans ces détails, sa dystopie devient vraisemblable.

Cette question de la langue est débattu en France également, sous le versant des anciennes colonies. Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, Kateb Yacine, écrivain algérien, décrivait le français – langue dominante dans le monde – comme un “butin de guerre” pour les Algériens. Votre roman lui-même prend place dans un contexte de conflit de populations symbolisé entre langues, entre la population roumanophone et la population russophone de Moldavie. Le personnage du professeur renonce à la possibilité de trouver sa place dans la Moldavie occupée (ou libérée, c’est selon…) en refusant d’enseigner la langue Moldave qu’il déconsidère.
Comment considérez-vous vous-même cette tension entre les langues en Moldavie dans votre travail d’écriture et de fiction ? Laquelle de ces deux langues pourrait être le butin de guerre de l’autre ?

Aucune tension entre les langues parlées en Moldavie n’aurait pu naître si Poutine et ses prédécesseurs n’avaient pas été animés par des visées impérialistes. La langue russe n’est qu’un simple instrument dans ce mécanisme. Ce n’est pas de sa faute si Poutine rêve de rétablir l’Union Soviétique. En même temps, il faut dire que l’Empire russe, l’Union Soviétique et, à présent, Poutine ont instrumentalisé la langue russe pour annihiler toute velléité d’indépendance tout désir d’être libres qu’auraient eu les autres peuples. Personnellement je suis heureux de parler couramment le russe mais il est exclu que je sois du côté du monde de Poutine. Et je me dis que la Russie aurait eu à gagner si elle avait eu l’intelligence de choisir la voie d’une expansion « soft », comme l’a fait la France à travers la francophonie. Si la Russie avait respecté notre liberté, si elle n’avait pas tenu à nous réprimer, si elle avait inventé une sorte de russophonie, on y aurait peut-être adhéré volontiers.  

La littérature prend une place importante dans votre livre, si ce n’est la place la plus importante. Marcel Poudre se retrouve en procès pour le roman qu’il a écrit, dans un monde où pourtant plus personne ne semble lire. Ce procès en lui-même par conséquent semble plus dystopique que l’oeuvre. Pensez-vous que la littérature puisse encore être considérée comme un objet dangereux ? 

Votre remarque est très pertinente. Oui, la littérature peut être un objet dangereux en plus de générer des dangers. Car il arrive souvent que les gouvernants ne fassent pas la distinction entre fiction et réalité. Tenez, qu’arriverait-il si j’allais demander à un éditeur de Russie de publier mon roman « Et demain les Russes seront là » ? Personnellement je n’ose même pas m’imaginer la suite.

Votre roman est drôle et frais, malgré la lourdeur du sujet qu’il traite – ou sûrement bien à cause de la lourdeur du sujet. Le roman de Marcel Poudre dans votre roman est extrêmement drôle. Tout l’enjeu se situe dans le fait que ce roman est pris bien trop au sérieux par certaines personnes. 

Oui, Marcel Poudre se prend très au sérieux en tant qu’écrivain. Il pense que la littérature donne un sens à l’existence dans un espace étouffant de grisaille, alors que le professeur Pigeonneau n’accepte plus, à l’âge mûr, de fricoter avec le mensonge car cela équivaudrait à annihiler le labeur de toute une vie. Je ne mets pas le signe d’égalité entre littéraire et existentiel, je n’ai pas ce genre de fanatisme,  mais je tiens toutefois à vous dire ceci : le plus souvent, sans la littérature, la vie ne vaut pas tripette. Je sais que moi qui ai 55 ans et je l’avoue, la main sur le cœur, si je n’avais pas écrit 5 romans et si je n’étais pas en train d’écrire le sixième, j’aurais été un raté, un looser, un type qui n’aurait rien fait de sa vie. La littérature ne nous soutient pas lorsqu’on perd un être cher, par exemple, mais elle confère un sens à la vie, elle colore notre existence, nous permet de créer des illusions. Et l’homme a besoin d’illusions pour résister, pour vivre.

Dans votre roman, les femmes jouent un rôle bien particulier… Opposantes bien plus qu’adjuvantes face aux protagonistes masculins, leurs personnalités sont néanmoins bien campées et font avancer l’intrigue. Une raison à ce choix ?

Si je décris dans mon roman une société patriarcale, coincée entre d’innombrables  préjugés je ne suis pas pour autant un type borné, je respecte les femmes et le féminisme  tempéré. Les personnages masculins de mon univers fictionnel ne se préoccupent pas trop de discriminer les femmes. On peut dire qu’ils ne leur font pas la révérence. Et moi, en tant qu’écrivain je me dois de susciter la réaction des lectrices et des lecteurs, de les faire penser. Si je mets en scène un malotru cela ne veut absolument pas dire que je suis fan de cet homme. Bien au contraire, je suggère au lecteur que ce n’est pas correct, ce n’est pas OK. Et je pense que les personnages féminins de ma dystopie jouent un rôle prépondérant dans l’évolution de la narration, ce sont des piliers de mon univers fictionnel. Est-ce que Marcel ou le professeur de latin auraient été aussi intéressants, narrativement parlant, sans leur amour pour les femmes ?

Pour conclure, une petite curiosité bien française. En tant qu’héro de la littérature malgré lui, y a-t-il quelque rapport entre votre Marcel Poudre et notre Marcel Proust ?

Ah, votre question est complexe, étant donné qu’il s’agit d’un rapport entre un simple personnage de fiction et un grand auteur des plus célèbres. S’il faut trouver une similitude ce serait celle-ci : l’amour pour la littérature. Mais Proust n’appartient pas qu’à la France, traduit dans tant de langues il est à nous tous ! Peut-être Marcel Poudre gagnera-t-il un peu de célébrité avec le temps, mais quand ? Après qu’un événement d’importance majeure se produise sur la carte du monde, quand la Moldavie sera envahie – mais cela oh non, je ne le désire pas ! Le roman seul aurait à gagner alors.

Tropismes Editions, anciennement Belleville Editions, est une maison d’édition promouvant les littératures d’ailleurs. Tropismes est inspirée du concept de Nathalie Sarraute, ces petits mouvements qui se glissent aux limites de nos consciences, comme peuvent le faire certaines oeuvres littéraires…

Retrouvez ce roman sur le site de l’éditeur

Classé sous :Arts & Littérature Balisé avec :moldavie

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