Les chroniques de Léa – Lire l’été #3

By: Léa Yasmine Djenadi

Continuons notre lancée en Europe orientale, terre complexe et fascinante, berceau de la littérature russophone. Allez visiter les maisons des auteurs classiques et prenez le temps de découvrir des auteurs contemporains. Les voyages en train peuvent être longs dans l’Europe orientale, qui fait plus de la moitié du continent…

 

Arménie

Difficile de parler de l’Arménie sans évoquer le génocide arménien entre la fin du XIXème siècle et la Grande Guerre. Vous pouvez à ce sujet lire l’excellent Le tigre en flamme, de Peter Balakian, journaliste et écrivain américano-arménien. Mais comme ça ne va pas vous détendre et qu’on part du principe de littérature pour le voyage, je vais aussi vous proposer 15 contes d’Arménie, de Anna Leyloyan-Yekmalyan. L’auteure a grandi en Arménie et y a fait des études aux Beaux-Arts, travaillant dans le domaine artistique et culturel durant des années avant de venir s’installer en France. A travers les 15 contes de son livre, vous aurez l’occasion de découvrir le folklore arménien, une terre de légendes et de magie qui n’a rien à voir avec nos contes traditionnels. Malices, fourberies, génies, pureté du cœur, liens du sang… On retrouve plutôt la ligne traditionnelle des Milles et une Nuit. Ayant moi-même grandi au rythme des contes orientaux, j’ai ressenti une familiarité étrange, dans les mélodies, les constructions narratives et la poésie des histoires.

 

Biélorussie

D’auteurs biélorusses, je ne connais que Svetlana Aleksievitch. On la retrouvera d’ailleurs dans la suite de cette chronique. En tant qu’ukrainienne, que biélorusse, et que journaliste exerçant sur tous les territoires de l’Ex-URSS, et puis en tant que prix Nobel de Littérature 2015, elle tient une place particulière dans le territoire littéraire de l’Est. Et dans mon cœur de lectrice qui harcèle tout le monde avec les quelques livres d’elle que j’ai lu. Néanmoins je n’ai pas lu ceux sur la Biélorussie et comme je vous disais, je n’ai pas de références à vous donner. Mais je vous enjoins à visiter le site très intéressant de l’amitié franco-biélorusse. Le constat sur la difficulté de traduire des auteurs biélorusses y est finement dressé et quelques livres vous seront proposés.

 

Géorgie

Kéthévane Davrichewy est une auteure française d’origine géorgienne. Pour l’anecdote, elle est l’arrière-petite-fille de Joseph Davrichachvili, grand écrivain géorgien dont la rumeur dit qu’il serait le demi-frère d’un autre célèbre Joseph, à savoir Joseph Staline. Son roman La mer noire dessine une histoire d’amour entre la Géorgie et la France, entre les bolchéviques et l’exil, entre ce que l’on aurait pu être et ce que l’on devient. Il a gagné le prix du Prince Maurice, prix décerné au roman se concentrant sur une histoire d’amour (genre que je mets rarement en avant mais que j’apprécie pourtant énormément). Tamouna tombe amoureuse de Tamaz l’été de ses quinze ans, sur les rivages de la mer noire. La guerre en décidera autrement et le souvenir de l’autre viendra teinter leurs vies respectives jusqu’à des retrouvailles moins enthousiastes que ce que le cœur pourrait penser…

 

Moldavie

Dans le village de Larga, au fin fond de la Moldavie, qui semble elle-même au fin fond de l’Europe, coincée entre son passé soviétique, le dédain de l’Union Européenne et le rejet des Russes, les habitants se sont mis en tête de partir en Italie. Exode massif et fantaisiste qui leur semble être la seule solution viable, un fantasme autour de ce pays s’étant créé… Il y a de l’humour dans De 1001 façons de quitter la Moldavie de Vladimir Lortchenkov. Il y a de l’humour dans les stratagèmes que mettent en place les habitants pour s’offrir une vie meilleure, tout du moins la rêver. Il y a aussi du sombre, du lourd. Dans Eldorado, Laurent Gaudé tirait à boulets rouges sur le mythe qu’entretiennent les pays de l’Ouest sur eux-mêmes. La question de l’exil n’est pas à poser du côté des réfugiés, qui ne cherchent rien d’autre qu’une vie meilleure, digne, possible. Elle est à poser du côté des politiques qui font fantasmer les possibles pour garder de leur soft power. On retrouve de cette pensée dans ce roman. On retrouve aussi une satire politique autour d’un pays qui a déclaré l’indépendance avant d’en poser les bases. Ce n’est pas que tout est à refaire, c’est que tout est à faire. On rit souvent dans la satire. On rit néanmoins souvent jaune, surtout quand on est cet autre qui sait que l’on a bien moins à offrir que ce que l’on laisse supposer.

 

Russie

De la littérature Russe, je pourrais faire mille chroniques. A 13 ans j’ai lu Crimes et Châtiments de Dostoïevski. Je n’ai rien compris. Mais j’ai senti qu’un monde s’ouvrait à moi et depuis je vis en russe (avec un gros dictionnaire à côté). Choisir quel roman poser ici me rend folle.

Je vous ai déjà parlé de Zakhar Prilepine.

Par fidélité envers mes amours littéraires, je vais glisser Le Maître et Marguerite de Boulgakov (mais certains argueront qu’il était ukrainien). Ecrit sur 12 ans, posant les derniers mots sur son lit de mort. Fresque gigantesque offrant une mise en abime autour de la figure du diable, peinture hilarante des dysfonctionnements bureaucratique du communisme, fable complexe sur Jésus et Ponce Pilate, la lâcheté et la foi, poésie sublime sur l’amour et la folie, se déroulant entre un théâtre, un asile, et les rues de Moscou la nuit avec en prime un gros chat noir bagarreur et ivrogne.

Mais le livre que je vous conseille est La fin de l’Homme Rouge, de Svetlana Aleksievitch. Peu m’importe qu’elle soit ukrainienne, russe ou biélorusse, c’est le livre contemporain à lire sur la Russie. Si l’âme slave existe alors elle est contenue dans ce pavé qui recoupent des témoignages portant sur la chute de l’URSS. Fresque politique et économique certes, mais surtout tragiquement humaine. Un pays qui a vu sur 100 ans la chute du régime tsariste, l’arrivée du communisme, les goulags, le parti, la chute de l’URSS, la tentative de la démocratie, l’autocratie et l’oligarchie… Aleksievitch aborde la politique sous l’angle humain, sous des témoignages de la vie, de la danse, de l’amour, de l’alcool, de la trahison, du deuil, de la mémoire et du meurtre… Mais quel est le secret de cette terre russe, martyre d’elle-même, brûlée, sacrifiée, aimée jusqu’à la mort, pour laquelle les hommes semblent prêts à mourir et tuer, embarqués dans des idéologies et des passions qui grossissent et roulent sur eux, dévorant tout ? Le sol russe est-il maudit ? Des centaines de voix qui s’ouvrent et se fracassent et pose la question nécessaire : Le communisme a-t-il créé un homme différent ? L’homo sovieticus, comme elle le nomme, a-t-il existé ?

 

Ukraine

Je continue sur ma lancée Aleksievitch avec La Supplication, recueil de témoignages d’habitants et de rescapés de la catastrophe nucléaire qui a frappé le sol ukrainien. A l’heure où tout le monde parle de la série Tchernobyl comme d’un sujet divertissant et où le dark tourisme s’habille de mauvais goût, il me semble nécessaire d’offrir un rappel littéraire et humain de cette page de l’histoire du nucléaire et par conséquent de l’homme.

Dans un domaine de fiction, je vous propose Douze cercles de Iouri Androukhovitch. L’auteur, se positionnant sur une Ukraine occidentale, est un des plus vendus de sa génération en Ukraine et en Europe. Il aime dans ces romans faire intervenir des narrateurs naïfs, non ukrainiens, au travers du regard desquels nous allons découvrir ce pays avec ses paradoxes, exerçant une fascination auprès des habitants de l’Ouest. Dans Douze Cercle, un photographe autrichien parcourt l’Ukraine des années 90, parsème le roman de lettres qu’il envoie à des amis, nous donne accès à ses réflexions sur le jeune pays et se retrouve dans un trio amoureux infernal et sensuel au pied d’un observatoire…

Retrouvez Les chroniques de Léa – Lire l’été #1, #2 & #4

Léa Yasmine Djenadi

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