Le 11 octobre dernier, le festival Dor de Casă posait ses valises dans le cadre verdoyant du Château Arribas à Condé-Sainte-Libiaire. Une troisième édition placée sous le signe des retrouvailles communautaires et des traditions réinventées, couronnée par le concert très attendu de Lupii Lui Calancea.
Il est des événements dont le nom résume à lui seul toute la raison d’être. Dor de Casă évoque ce mal du pays, cette nostalgie du foyer et de la terre natale si caractéristique de la sensibilité roumaine portée par ce terme de « Dor » bien difficile à traduire en français. Une expression que notre ami Sylvain Audet Găinar décrit dans son ouvrage 80 mots de Roumanie et qui prenait tout son sens ce dimanche-là, en Seine-et-Marne.
Pour sa troisième édition, le festival de la diaspora moldave et plus largement roumanophone avait investi les jardins et les espaces du Château Arribas. Un décor idéal pour réunir plusieurs générations de familles de la diaspora et de curieux venus célébrer une culture à la fois ancestrale et singulièrement vibrante.


Artisanat, chants, horas et création contemporaine
Une vingtaine de stands alignaient céramiques, broderies, produits cosmétiques, vins locaux ou spécialités culinaires, et de nombreuses animations comme des démonstrations de lutte moldave et des ateliers créatifs ont jalonné l’après midi. Sur scène, la programmation mettait à l’honneur la transmission : de jeunes participants en chemises brodées traditionnelles (iie) côtoyaient des ensembles d’adultes reprenant les classiques du répertoire populaire en costumes traditionnels, tandis que de grandes horas spontanées animaient l’assistance.
Au centre de l’événement, ces grandes rondes folkloriques emblématiques de l’espace roumanophone sont venues rythmer le fil de l’après-midi. Elles invitent à un pas synchronisé durant lequel il n’y a ni spectateur ni frontière : le cercle s’agrandit à l’infini pour accueillir tous ceux qui souhaitent rejoindre le mouvement. Bien plus qu’une simple chorégraphie, ces horas forment un véritable symbole d’unité, de convivialité et de fête populaire, rappelant avec force l’esprit communautaire de ce festival Dor de Casă.


















On citera également le défilé de deux créatrices moldaves parmi les temps forts de la journée. En revisitant les motifs géométriques et les coupes traditionnelles avec un regard contemporain, ces stylistes ont prouvé que le patrimoine vestimentaire moldave refuse de se figer dans les vitrines de musée.
La présence de Son Excellence Mme Lorina Bălteanu, Ambassadrice de la République de Moldavie, soulignait également la dimension culturelle et symbolique de ce rendez-vous devenu incontournable pour la diaspora.

Lupii lui Calancea : la fusion brute du folklore et du rock
En fin de journée, le festival changeait d’e territoire d’ambiance avec l’arrivée des invités d’honneur : Lupii lui Calancea (« Les Loups de Calancea »). Un nom qui annonce la couleur : sur scène, la meute moldave n’est pas venue pour se faire discrète.
Emmené par le bassiste et compositeur Alex Calancea, récompensé en Moldavie pour son travail musical et reconnu pour ses nombreuses collaborations, le groupe occupe une place singulière dans le paysage musical moldave depuis sa création en 2017. Figure de proue de cette meute électrique, le virtuose de la basse impose une présence scénique qui ne laisse guère de répit au public. Leur terrain de jeu ? Un folklore moldave aux racines profondes, bousculé par la fougue du rock et les textures électroniques dans un son résolument contemporain.
Après un passage au Cabaret Sauvage à Paris en 2025, la formation de Chișinău retrouvait le public francilien dans un cadre bien différent, mais avec la même ambition : faire danser.
Chez Lupii lui Calancea, le loup est bien plus qu’un emblème. L’univers du groupe puise dans les contes de l’enfance, les récits populaires et la mémoire rurale moldave, où la nature et les personnages légendaires occupent une place centrale. À cette figure sauvage s’ajoute celle du haiduc, le hors-la-loi devenu héros du folklore, symbole d’insoumission et de liberté. Une double inspiration qui se retrouve dans l’identité scénique de la formation, entre références traditionnelles, costumes évocateurs et déferlante rock. Ici, le folklore ne se contente pas de survivre : il reprend corps, se métamorphose et retrouve une énergie indomptée.

Deux heures de transe collective
Dès les premières notes, le contraste avec l’ambiance champêtre de l’après-midi est saisissant. En quelques instants, le décor semble changer de nature : la scène devient leur territoire et la basse d’Alex Calancea donne le signal de la charge. Pendant deux heures, le groupe déploie une énergie inépuisable en enchaînant les titres sans temps mort : l’épique Arde-Mi-Te-Ai Codru Des, les envolées de Lelea et de Cântă Cucu, le galvanisant Haiduceasca, sans oublier Dansul Lupilor, Boiereasca ou encore Hora Trecutului pour ne citer qu’eux. Autant de morceaux qui nourrissent cette fusion singulière entre héritage populaire et déferlante rock.
Mais l’une des forces de Lupii lui Calancea réside aussi dans l’effacement de la frontière entre la scène et la fosse, les musiciens n’hésitant pas à descendre jouer au milieu de la foule. Saisis par le rythme de ces fougueux Lupii, les festivaliers se sont pris par les mains pour former d’immenses horas. La meute s’agrandit : le public ne se contente plus de suivre le mouvement, il en devient une composante à part entière. Le concert se transforme alors en célébration collective, où diaspora moldave et curieux se retrouvent autour d’un même élan musical.
À Condé-Sainte-Libiaire, Lupii lui Calancea aura ainsi fait bien plus que clôturer une journée consacrée à la culture moldave. Ils auront réveillé ses racines pour les propulser dans le présent, faisant du folklore une force vivante, électrique et fédératrice. Une énergie que le public pourra retrouver le 21 novembre prochain à Bruxelles, dans le cadre du festival Balkan Trafik, pour ce qui sera leur tout premier concert en Belgique.
























– Retrouvez la galerie photos complète de la journée sur ce lien –
Nous tenons à remercier chaleureusement Ecaterina Costas pour l’accréditation et l’accueil, et adressons un merci tout particulier à Alex Calancea et à SE Mme Lorina Bălteanu.
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