Ce samedi 24 mai, la littérature a une nouvelle fois brillé dans le jardin du Goethe-Institut, dans le 16e arrondissement. Pour cette édition 2025 de la Nuit de la Littérature, dont Hajde était de nouveau partenaire, le FICEP et ses membres ont offert aux visiteurs une immersion riche et sensible dans les voix littéraires contemporaines. Dix-neuf auteurs, venus de toute l’Europe — et au-delà — ont fait résonner leurs mots, leurs langues, leurs histoires, devant un public curieux et attentif.
(Cliquez sur les vignettes pour agrandir les photos)
Dès 15h, Kudsi Erguner, compositeur et musicologue turc, ouvrait les festivités de cette édition 2025 de la Nuit de la Littérature avec La Fontaine de la Séparation, entre récit autobiographique et carnet de route mêlant spiritualité soufie, musique et quête de soi. Son ouvrage a donné le ton d’une programmation où le voyage, intérieur ou géographique, s’est imposé comme fil rouge.


Les thématiques de l’exil et de la guerre ont résonné tout au long de l’après-midi. L’émotion était palpable lors de la présentation du livre posthume de la journaliste ukrainienne Victoria Amelina, Regarder les femmes regarder la guerre, bouleversant journal d’une écriture interrompue par le conflit qui a eu raison d’elle après un bombardement à Donetsk en 2023. De son côté, György Dragomán, figure majeure des lettres hongroises, a captivé les auditeurs avec Le Chœur des Lions, un roman où l’adolescence devient un terrain d’apprentissage du pouvoir et de la peur dans une société post-totalitaire.


accompagné de son badge symbolique
La mémoire, sous toutes ses formes, fut également omniprésente pour cette Nuit de la Littérature organisée au centre culturel allemand de Paris. Notamment la mémoire historique avec Les fantômes de Demmin de Verena Keßler, qui revient sur l’un des drames les plus méconnus de la fin de la Seconde Guerre mondiale : le suicide collectif de centaines d’habitants allemands face à l’avancée de l’Armée rouge. Un texte poignant, où passé et présent dialoguent à travers le regard d’une adolescente.





Mais aussi par la voix de l’auteur kosovar Ag Apolloni et Une lueur d’espoir, une lueur d’étincelle, docu-roman intense et politique sur les blessures laissées par la guerre, la reconstruction difficile et la place du sacré dans les sociétés contemporaines. Tiré de témoignages réels, le livre suit deux mères dont les fils ont disparu pendant la guerre de 1998-1999. En filigrane, Apolloni évoque le mythe grec de Niobé pour inscrire la tragédie balkanique dans une histoire universelle de la perte. Un texte grave et nécessaire, à la fois intime et universel.






De manière plus feutrée, mais tout aussi marquante, Près du mur nord de la Tchèque Petra Klabouchová explore les traces invisibles laissées par les bouleversements de l’Histoire là où, entre 1948 et 1965, des centaines de corps d’opposants au régime communiste tchécoslovaque ont été entassés dans des fosses communes. L’autrice met en scène un huis clos hivernal dans une station de montagne isolée, théâtre d’un drame familial où se mêlent culpabilité enfouie, solitude et quête de vérité.


La Pologne aussi a apporté sa voix à cette exploration de la mémoire à travers Loin de Paris de Łukasz Wojciechowski, un récit sur les failles de la transmission et le regard à distance que portent les Polonais d’aujourd’hui sur leur propre passé. Cette bande dessinée originale évoque les déplacements géographiques et symboliques de l’identité, dans un pays longtemps tiraillé entre Est et Ouest.



Dans Les Champs brisés, l’Irlandaise Ruth Gilligan tisse une fresque sur les blessures du XXe siècle irlandais à travers trois récits entremêlés, situés à des époques différentes mais reliés par un même lieu : un champ en Irlande, théâtre de rituels, de douleurs cachées et d’un lent chemin vers la vérité. Une œuvre ambitieuse, où la terre devient dépositaire d’une mémoire que les générations successives doivent apprendre à déterrer.


Certaines œuvres ont offert un regard plus acerbe sur nos sociétés, comme Dino Pešut, voix montante de la littérature croate, avec sa pièce de théâtre Les Érinyes, filles du désespoir, une satire sociale aux accents mythologiques sur le mal-être d’une génération dans une société en crise.
Des récits de voyage atypiques ont également rythmé la soirée, comme Voyage en grand écran de Timour Muhidine, hommage à la cinéphilie et à Istanbul, qui a clôturé cette intense édition de la Nuit de la Littérature à la nuit tombée.


Dans une atmosphère conviviale, rythmée par des lectures en langue originale et des échanges en toute intimité avec les auteurs dans la bibliothèque du Goethe, la littérature s’est faite plurielle, reflet des fractures du monde mais aussi de ses espoirs. La librairie La Belle Lurette et les séances de dédicaces ont prolongé ce dialogue entre les cultures.








Au fil des rencontres de cette 13ème édition de la Nuit de la Littérature, un autre fil invisible s’est imposé comme une évidence : le travail de traduction. Grâce à lui, ces œuvres venues de Hongrie, de Croatie, d’Ukraine ou du Kosovo deviennent lisibles, audibles, partageables. Plusieurs traducteurs étaient d’ailleurs présents aux côtés des auteurs pour lire ou commenter les textes en version française, révélant l’exigence d’un métier souvent discret, mais essentiel. Car traduire ne consiste pas seulement à transposer des mots, mais à faire résonner un imaginaire étranger dans la langue du lecteur, à transmettre des rythmes, des visions du monde, l’émotion d’une voix, sans trahir les intentions de leur auteur.
En tissant des ponts entre langues, pays et imaginaires, la Nuit de la Littérature 2025 a rappelé que les livres sont autant de fenêtres ouvertes sur le monde d’hier et d’aujourd’hui. Une édition forte, émouvante, profondément humaine orchestrée par le Ficep avec ses centres culturels étrangers et ambassades.






Retrouvez la galerie photo complète sur ce lien
Nous remercions chaleureusement le Ficep pour sa confiance, et l’équipe du Goethe Institut pour son accueil !
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.