Législatives en Macédoine : bilan et perspectives pour le « Renard des Balkans »

By: Adrien Nonjon

Après plus d’un an d’incertitudes politiques et de tensions, la Macédoine vient de renouveler son parlement à l’issue des élections législatives du 11 décembre 2016. Pour autant, le pays reste dans l’impasse faute de résultats acceptés par les principaux camps, le tout sur fond de tensions sociales et inter-ethniques. Pays de moins de 2 millions d’habitants appartenant autrefois à la Yougoslavie, la Macédoine constitue un espace clé, à cheval entre l’Europe et l’Asie mineure qui en dépit de tout, reste profondément marqué par les divisions. 
Peu décryptées ces dernières semaines dans les médias, il convient de revenir sur ces résultats, en présentant le contexte polémique dans lequel furent organisées ces législatives et en décryptant les enjeux géopolitiques. 

Au commencement d’une crise : un homme malade des Balkans

Avec un PIB par habitant correspondant à 37% de la moyenne européenne, et un taux de chômage s’élevant à 24%, la Macédoine se trouve être le pays le plus pauvre de la région des Balkans. Connaissant un exode massif de sa population, le pays cherche difficilement à rejoindre l’Union Européenne, qui, par le biais de l’Instrument pré-adhésion IPA, lui procure depuis 2014 une aide de 664 millions d’euros sur 6 ans. Dirigée depuis 2006 par le parti conservateur VMRO-DPME (Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure-Parti démocratique pour l’union nationale macédonienne), le pays traverse une crise politique violente, résultant d’un scandale, orchestré par l’opposition libérale, qui révéla grâce à des écoutes téléphoniques que le pouvoir avait depuis 2006 fait main basse sur la justice, mais aussi sur les médias via un système généralisé de corruption. Ces révélations eurent l’effet d’une bombe auprès de la population. Durant les printemps 2015 et 2016, les Macédoniens descendirent dans la rue, réclamant le départ du gouvernement. Allait-on assister à une nouvelle révolution de couleur ? Les divergences d’intérêts au sein de la population composées de plusieurs nationalités, en témoigne le soutien de la communauté albanaise du pays (qui représente  25% de la population), empêchèrent toute tentative de prise de pouvoir par la rue.
Suite à une médiation de l’Union Européenne et aux accords de Przino les principaux acteurs de la crise macédoniennes s’accordèrent sur la tenue d’élections législatives anticipées, pour autant celles-ci se voient fréquemment reportées faute de listes électorales renouvelées.

Les manifestations du printemps 2015 à Skopje

Le week end du 11 décembre 2016, ce sont près d’1,5 millions d’électeurs qui se rendirent aux urnes. Placées sous contrôle de l’OSCE, les élections se déroulèrent sans incidents majeurs. A la suite d’une longue nuit, le résultat est sans appel; le VMRO-DPMNE obtint 38,1% des voix tandis que son rival social démocrate le SDSM n’en obtenait 36,6. Face à un résultat aussi serré, les contestations des résultats ne se firent pas attendre, chaque camp accusant l’autre d’avoir faussé les résultats. Aujourd’hui, plongé dans une instabilité politique on ne peut plus palpable, la Commission électorale macédonienne organise en ce moment même le recompte des voix afin de connaitre dans les prochains jours le résultat définitif.

Quelles conclusions provisoires peuvent être tirées de ce scrutin ?

La Macédoine : une mosaïque de peuples

Au regard des résultats, il est difficile de dire que la tendance politique d’avant crise risque de changer. En effet, le VMRO-DPMNE domine toujours en dépit de la nette percée du SDSM qui surpasse son ancien score de 25,3% obtenu en 2014.
Les élections législatives anticipées témoignent d’une crise politique profonde ancrée depuis plusieurs années qui conduisit le peuple macédonien a se prononcer contre le parti au pouvoir dont la longévité exaspère. Fragilisé, le VMRO-DPMNE ne peut qu’accuser le coup en se contentant de crier comme il avait pu le faire par le passé au « complot étranger » visant à ébranler l’ordre institutionnel.
Principale  du pays, la minorité albanaise est la grande perdante de ses élections. Les principaux partis Union démocratique pour l’intégration (BDI) et le Parti démocratique des Albanais (PDSH) sont en net recul par rapport à 2015. Il semblerait que ces partis communautaires n’aient pas su suffisamment fédérer, à défaut de s’entendre pour former une coalition. La minorité albanaise se sentant délaissée et incomprise, elle s’est logiquement tournée vers le mouvement Besa, qui a créé la surprise en arrivant 4e du scrutin avec 4,87% des voix. Ce parti, fortement imprégné de l’héritage turc de la Macédoine et de l’Albanie, se réclame « erdoganiste » (cf :Jean-Arnault Dérens) et défend « l’albanité et l’identité ethnique albanaise » (voir le programme du mouvement « Besa »). Son programme prône une nouvelle organisation de l’action publique fondée sur le droit et la justice. Toutefois, malgré une idéologie nationale forte, ce parti apparait davantage comme une force autonomiste. Plus que jamais dans ces élections donc, la question identitaire a été forte.

Le reflet d’un pays tiraillé entre deux modèles et deux influences

Par sa position géographique, la Macédoine est un espace stratégique au sein des Balkans. Candidate à l’intégration européenne depuis 2005, la Macédoine tendait pourtant à se rapprocher de la Russie de Vladimir Poutine. En effet, la Macédoine est extrêmement dépendante au niveau de l’énergie (à environ 52,3%), et produit principalement des catalyseurs à base de métaux précieux. Laissée pour compte du projet gazier SouthStream, la Macédoine tente malgré tout de faire valoir ses relations avec le géant économique russe en vue de lui éviter une pénurie. Face à la crise migratoire de l’année 2015 qui voit plusieurs milliers de migrants se présenter à sa frontière, le pays entretient aussi des relations de plus en plus étroite avec le régime de Recep Tayyip Erdogan.
Le renforcement des influences turques et russes dans la scène politique macédonienne s’explique avant tout par la faiblesse de l’Union européenne, qui n’a pas su tenir ses promesses d’intégration et de développement économique. Comme l’explique l’analyste Arsim Zekolli, les citoyens de Macédoine dans leur ensemble sont déçus du projet européen. Par ces élections et leur résultats, il semblerait que la Macédoine cherche un nouveau modèle politique inspiré soit de la Russie ou de la Turquie, lui permettant de retrouver une place centrale au sein des Balkans avec un nouvel allié fort.

Sources :

  1. http://www.liberation.fr/planete/2016/12/15/la-macedoine-dans-l-impasse-apres-des-elections-legislatives-au-resultat-controverse_1535394
  2. http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/18/en-macedoine-les-elections-legislatives-contestees-sont-reportees-sine-die_4921820_3214.html
  3. http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/12/12/en-macedoine-la-droite-au-pouvoir-assure-avoir-gagne-les-elections-legislatives_5047196_3214.html
  4. http://www.rfi.fr/emission/20161211-legislatives-anticipees-macedoine-ue-turquie-russie
  5. Arta Seiti : ARYM : élections législatives anticipées, une sortie de crise politique difficile, Revue Défense Nationale, Tribune n°852
Adrien Nonjon

Etudiant en Géopolitique amoureux des espaces orientaux européens et russes, Adrien Nonjon compte se spécialiser dans les questions diplomatiques et stratégiques en Europe de l’Est et Russie post-soviétique.


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