Butrint, trésor archéologique de l’Albanie

By: Elsa Pichon

Aux confins de l’Albanie, face à l’ile grecque de Corfou se trouve l’un des trésors archéologiques et naturels du pays : Butrint. Véritable microcosme de l’histoire de la Méditerranée dans un écrin de nature luxuriante, le site est sans aucun doute un lieu incontournable de la région.

Engloutie sous une végétation abondante, ce n’est qu’en 1928 que Butrint fut découverte et fouillée par l’archéologue italien Ugolini. La cité est pourtant bien connue depuis longtemps par les sources antiques. Au VIe siècle av. J-C, elle est mentionnée par le géographe Hécatée de Milet comme un grand port maritime. Six siècles plus tard, le poète romain, Virgile, dans son Enéide, raconte que son héros Enée aurait séjourné à Butrint. Qu’est donc cette cité connue de tous à l’antiquité, qui a disparu à l’époque moderne.

Forteresse triangulaire vénitienne

Forteresse triangulaire vénitienne.

Ville importante à l’époque antique, Butrint a deux histoires: une histoire mythologique et une histoire archéologique. Selon la légende, la cité aurait été fondée par des Troyens fuyant la guerre de Troie. A leur arrivée sur les côtes de l’Epire, pour honorer les Dieux, ils sacrifient un bœuf, qui, seulement blessé, continua à courir jusqu’à tomber mort sur la presqu’ile de Butrint. Voyant ici un bon augure, les Troyens décidèrent de bâtir la cité Buthrotum, « le bœuf blessé ».

L’histoire archéologique est évidemment tout autre. Occupé, depuis l’Age du Bronze par différentes tribus, le site prit de l’importance au VIe siècle av. J-C, lorsqu’il devint un centre cultuel avec l’édification d’un temple dédié à Asclépios (Esculape), le Dieu de la médecine. Au IVe siècle av. J-C, Butrint devint un centre administratif de la tribu des Chaoniens et se dote alors d’une agora regroupant les institutions politiques et religieuses. C’est de cette époque que date le théâtre.

Le théâtre antique de Butrint

Le théâtre antique de Butrint

Au Ie siècle av. J-C, lors de l’extension de l’Empire Romain, Butrint devint une colonie, fondée par César. La ville fut alors reconstruite pour correspondre au modèle de la cité romaine. Le théâtre et le temple ainsi que son trésor furent rénovés, des thermes publics, un forum et des auberges furent érigés. C’est le moment où la cité était à son extension maximale, la presqu’ile mais également la plaine de Vrina lui faisant face étaient peuplées (un aqueduc-pont permettait de relier les deux parties de la cité).

A la chute de l’Empire Romain, alors que bon nombre de cités ont disparu, notamment affaiblies par les invasions, le site fut toujours occupé. Au VIe siècle ap. J-C, avec le développement du christianisme, il devint un centre épiscopal. La basilique et le complexe baptismal datent de cette époque. La taille des bâtiments et la finesse des mosaïques (aujourd’hui recouvertes pour leur conservation) qui ornent le sol des édifices permettent de penser qu’il s’agissait d’un centre épiscopal relativement important dans la région.

Le monument le mieux conservé du site la grande basilique

Le monument le mieux conservé du site la grande basilique

L’époque médiévale fut marquée par de nombreuses invasions, normandes, angevines, puis vénitienne. Base militaire rattachée à Corfou, les Vénitiens pour résister aux invasions ottomanes firent bâtir un château au sommet de la colline. Pour protéger le site mais également sa richesse économique, les pêcheries, une forteresse triangulaire ainsi qu’une tour permettaient de contrôler l’entrée de la lagune. La domination vénitienne perdura jusqu’en 1797, avant de devenir un protectorat français.

Au XIXe siècle Butrint n’est plus qu’un petit village de pécheurs, sous la gouvernance d’Ali Pasha Tepelena, qui contrôle la province de l’Epire pour le compte de l’Empire Ottoman. Le site n’est plus qu’un point stratégique. Conservant le château vénitien pour contrôler la partie terrestre du territoire, Ali Pasha se fit construire une seconde forteresse à l’embouchure du canal du Vivar, afin de contrôler l’espace maritime. Ce fut également à cette époque que l’écrivain Lord Byron et le peintre Edward Lear vinrent à Butrint invités par Ali Pasha Tepelena.

Cependant, au cours du XXe siècle, ce riche patrimoine millénaire a failli disparaître lorsqu’en 1959 Nikita Khrouchtchev visita Butrint, intéressé par son emplacement stratégique pour y construire une base militaire.  Une chance pour l’histoire et l’archéologie, les relations albano-russes se brisèrent en 1961, et ce projet ne vit jamais le jour. Le site fut classé patrimoine de l’UNESCO en 1992 et Parc Naturel en 2001.

Nikita Khrouchtchev devant la Porte du Lion

Nikita Khrouchtchev devant la Porte du Lion

Le site de Butrint est exceptionnel pour sa concentration de vestiges couvrant une vaste amplitude temporelle. Mais son patrimoine n’est pas son seul atout. Le Parc Naturel de Butrint couvre une superficie de 86 km². Le canal du Vivar aux eaux saumâtres est un repère pour différentes espèces endémiques de plantes, oiseaux et poissons et reste réputé dans toute l’Albanie pour ses moules. Cette réserve à la fois archéologique et naturelle autour de la lagune, entre eucalyptus gigantesques, lauriers et oliviers aux odeurs suaves, offre une promenade atypique et ombragée.

Elsa Pichon

Je hante les ruines de Butrint l’été. En fourgon, en bus, ou à pieds sur les routes d’Albanie, pour faire découvrir le pays et son histoire en français pour les curieux.


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