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Sazan : l’Ile bunker d’Albanie

By: Elsa Pichon

Base militaire communiste fermée pendant presque 100 ans, Sazan révèle enfin ses secrets. Située dans les eaux turquoises de la baie de Vlora, au sud-ouest de l’Albanie, cette petite ile d’à peine 10 km² a été durant toute son histoire convoitée par les grandes puissances et civilisations. La raison ?

Le Gibraltar de l’Adriatique

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Localisation de l’île de Sazan

Son emplacement stratégique à la sortie du canal d’Ostrante, là où se séparent la mer Adriatique et la mer Ionienne, faisant face à la fois aux ports d’Ostrante en Italie et de Vlora en Albanie, elle permet de contrôler l’espace maritime Adriatique.

D’abord utilisée par les Romains qui s’en servaient d’escale dans les échanges maritimes par cabotage entre Brindisi et Vlora. Briguée tout au long du moyen-âge par la République de Venise dans son objectif de contrôler la mer Adriatique, elle passa sous domination ottomane lors des invasions ottomanes et le resta jusqu’aux Guerres Balkaniques. La Grèce, qui avait déjà tenté de s’approprier Sazan depuis 1864 en avançant de faibles arguments basés sur la géographie antique, occupa l’ile. Mais en 1913, lors de la définition des frontières de l’Albanie, Sazan fit partie du territoire albanais. Cependant, lors de la Première Guerre Mondiale, l’Italie occupa dès 1914 la baie de Vlora et l’île de Sazan. Longtemps présentée comme une volonté de protection de l’Adriatique par l’Italie, l’occupation de Sazan avait pour but la préparation de l’invasion de l’Albanie en 1939. En témoignent les fortifications menées sur l’ile par Mussolini.  Il faudra attendre 1947 pour que l’ile redevienne possession albanaise. Dix ans plus tard, elle devint une sentinelle albano-russe lors de l’installation de la base navale soviétique de Pasha Liman dans la baie de Vlora. Nikita Khrouchtchev aurait déclaré « D’ici je pourrais contrôler toute la méditerranée jusqu’à Gibraltar ».

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Le port de Sazan

Avec la fin des relations albano-russes Sazan fut ensuite une base militaire albano-chinoise, puis lors de son isolement le plus total seulement albanaise. A l’image de l’Albanie, Sazan n’échappa pas à la folie d’Enver Hoxha qui, de peur d’une invasion ennemie, fit construire des bunkers sur tout le territoire dont 3600 sur l’ile. Un vaste système de souterrains, abri antiatomiques, un hôpital et une école, étaient le lieu de vie de 2000 militaires qui vécurent pendant 30 ans dans la peur omniprésente de la guerre.

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Un souterrain antiatomique de la base militaire.

Voyage insolite hors du temps

Abandonnée à la chute du communisme mais restée fermée au public, les bâtiments sur l’ile se sont peu à peu dégradés et la nature a repris ses droits. Si les eaux entourant l’ile étaient protégées depuis 2010, ce n’est qu’en 2014 que l’île a été classée zone naturelle protégée grâce à un partenariat franco-albanais. En effet, depuis 2012, l’Agence nationale du littoral albanais et le Conservatoire du littoral français travaillent en collaboration sur des prospections afin d’étudier la biodiversité de l’ile. Les recherches ont mis au jour la richesse naturelle de Sazan avec notamment 300 espèces pour la flore, 40 au niveau ornithologique et dix nouvelles espèces d’insectes jusqu’ici inconnues en Albanie. La mise en place de ce projet commun fait de Sazan un site unique en Albanie avec une protection des ressources naturelles tant terrestres que maritimes.

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Sazan entre réserve naturelle et historique

Ouvert depuis juillet 2015, tout en restant toutefois une zone militaire, le site permet aux touristes de se perdre dans le temps. Laissée en l’état depuis la chute du communisme, le visiteur navigue entre les carcasses de bâtiments, les bunkers et la végétation exubérante. Les vestiges de la vie quotidienne de l’ile lorsqu’elle était une base militaire qui jonchent le sol apportent une atmosphère particulière à cette ile insolite. Le gouvernement albanais espère que l’argent récolté par les touristes amateurs de lieux inédits permettra de financer un musée et un centre de recherches sur la biodiversité et l’archéologie subaquatique

Elsa Pichon

Je hante les ruines de Butrint l’été. En fourgon, en bus, ou à pieds sur les routes d’Albanie, pour faire découvrir le pays et son histoire en français pour les curieux.


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