Russie

Haïkus d’une année en Russie

Haïkus – Je ne prends jamais de photos. A chaque déclic les monuments rapetissent, la nature s’éloigne et les couleurs ternissent. L’image me fuit. Le Haïku, lui, permet de capter un silence, redonner vie à un mouvement, mettre des mots sur ce qui ne se voit pas et inventer des couleurs. C’est une autre façon de graver ses souvenirs.
Voilà quelques instants d’une année en Russie. Qu’ils en vaillent la peine ou non, ce sont ceux que je partage avec vous.

 

Yuri Simonov
Gesticule, danse et sourit
La musique suit

Moscou. Simonov dirige des ouvertures d’opéra de Rossini et Verdi

 

 

Entendre, voir
Sa langue chanter
Ses lèvres bouger

Moscou. Une belle Russe parle, Schastye.

 

 

Octobre rouge, gris
Attend que le ciel soit noir
Pour se colorer

Moscou. Ballade sur les quais de la Moskva jusqu’au Parc Gorki, longeant la presqu’île d’octobre rouge, celle des boites de nuit et bars.

 

 

Plafonds faits d’or
Colonnes de marbre
Et gueule de bois

Saint-Pétersbourg. Visite de l’Hermitage après une soirée mouvementée.

 

 

Les cris de leurs jeux
Les pleurs de leurs jeux
Les armes de leurs jeux

La mort, la guerre et l’effroi
Miroitent dans le parc d’enfants

Moscou. Enfants déguisés en soldats qui jouent à la guerre le jour de la fête de la victoire de la 2nde Guerre Mondiale.

 

 

Lénine est mort
Un peu trop tard
Et d’autres aussi

Moscou. En sortant du mausolée de Lénine.

 

 

De jolies fleurs
Pour dictateurs
Roses rouge sang

Moscou. À côté du mausolée de Lénine. La seule tombe de couvertes de fleurs, celle de Staline.

 

 

Baiser envoyé
La porte s’est fermée
Quand commencer à l’aimer ?

Moscou. En sortant du métro.

 

 

La voir. Trembler, crier
Frémir, aimer, s’emballer
Pétrir, enlacer

Respirer. Et se calmer
Ne rien faire. Boire ce café

Moscou. Ici aussi certains rêves se finissent trop tôt.

 

 

Loin de l’infini
Ces six-cents-trente kilomètres
… … Et pourtant

Sans voix face au Lac Baïkal.

 

La main repliée
Son annulaire encerclé
Seule sous la pluie

Moscou. Une femme mariée et une averse.

 

 

Sous les aurores
J’aimerais savoir rêver
Peindre l’impossible

Teriberka. Quelques secondes irréelles sous des aurores boréales.

 

 

Début de matin
Ou fin d’une nuit
Ciel rouge à portée de main

Dans l’avion Moscou – Murmansk, lever de soleil.

 

 

Vodka en voiture
Derrière les murs des trésors
Vomi couleur or

Le taxi longe le Kremlin et la Basilique Basile le Bien Heureux en pleine nuit pour nous amener à Octobre Rouge.

 

 

Le train nous vieillit
Une minute, une heure, un jour
Un voyage une vie

Dans le transsibérien.

 

 

Bam ! De la musique
Bam ! Bam ! Mon cœur bat
Bam ! Bam ! Bam ! Nos lèvres tremblent

Moscou. Embrasser une fille au Propaganda.

 

 

Les épaules tombantes
La baguette qui joint ses mains
Puissance en attente

Entrée de Mikhail Pletnev dans la grande salle du conservatoire de Moscou avant de diriger la symphonie Faust de Liszt.

 

 

Ma question
Ses paupières s’ouvrent et se ferment
A une vitesse frénétique

Ses yeux qui s’agitent
Semblent vouloir attraper
Une réponse dans l’air

Moscou. Au Papa’s un lundi, un cocktail acheté, deux cocktails offerts.

 

 

Neige, mon ami
Solitude, mon amour
Silence, mon amant

Kalevala sur un lac gelé. L’idée d’une retraite paisible un jour avec mes trois compagnons.

 

 

La pluie, les visages
Sur les bancs les vieux attendent
La mort et leur train

Station de transit en Sibérie, ligne du transsibérien. Les deux finiront par arriver

 

 

Trois clochers brillants
A la bordure du regard
Font dévier mes pas

Moscou. Un monastère au détour d’une rue.

 

 

Le bruit du stade
Un but marqué
Écrase les vagues

Vladivostok. Le stade de l’équipe de foot est presque sur la plage.

 

 

A la fenêtre un enfant
Une rue sombre, en face une dame

Se dénude chez elle
La lumière, sa peau, ses courbes
Premier idéal

Moscou. Nouvelle Galerie Tretiakov, œuvre de Victor Pivovarov.

 

 

Au-dessus du sol
Il lévite, il vole
Le cou enlacé d’une corde

Moscou. Nouvelle Galerie Tretiakov, œuvre de Geli Korjev.

 

 

 

Monde devenu noir
La couverture craque
Les mots, eux, cherchent la lumière

Moscou. Une nuit dans ma chambre.

 

 

 

Ses doigts figés
Font plus de bruit
Que tous mes cris

Moscou. Sur la tombe de Sviatoslav Richter au cimetière Novodevitchi.

Remi Monti

Recent Posts

Tania Turtureanu à l’Alhambra : Première française réussie pour l’étoile moldave

Samedi, 20h50 à l’Alhambra. Si vous fermez les yeux, vous n'êtes plus à Paris, mais…

3 semaines ago

« 80 mots de Roumanie » : le nouveau voyage littéraire de Sylvain Audet-Găinar

Et si la meilleure façon de comprendre un pays était d'en explorer le vocabulaire ?…

4 semaines ago

Journée de l’Europe à Paris : Une République musicale et sans frontières 

Ce 9 mai 2026, le cœur battant de Paris a vibré au rythme de l’unité…

1 mois ago

DakhaBrakha au Trianon : Le souffle sacré de l’Ukraine libre

Sous les hautes coiffes noires devenues leur signature, DakhaBrakha est revenu à Paris comme on…

1 mois ago

Nuit de la Littérature 2026 à Paris : le programme complet

Avis aux bibliophiles et aux curieux de l'écrit : le rendez-vous littéraire le plus cosmopolite…

2 mois ago

Dagamba : Les lettons qui défient Mozart et Metallica

Parmi les curiosités musicales les plus fascinantes qui émergent de la scène balte, le groupe…

2 mois ago