Musique

Željko Bebek : L’icône du rock ex-yougoslave s’offre le faste d’Abbey Road dans « Made in London »

Sorti le 12 juin dernier chez Croatia Records, le nouvel opus live de Željko Bebek marque un tournant inattendu. Enregistré au légendaire Studio Two d’Abbey Road, Made in London délaisse la ferveur des stades pour une relecture épurée et élégante de ses plus grands classiques dans une veine rock intacte.

Pour les observateurs de la scène musicale des Balkans, Željko Bebek n’est rien de moins qu’une légende vivante. Première voix et leader charismatique de Bijelo Dugme de 1974 à 1984, le natif de Sarajevo a façonné l’âge d’or du rock ex-yougoslave (le fameux Ex-YU rock). C’est lui qui a porté les hymnes d’un groupe qui fusionnait le hard rock anglo-saxon avec les racines folkloriques des Balkans. Après son départ, Bebek a su bâtir une carrière solo monumentale, s’imposant comme une figure incontournable de la variété-rock en Croatie et dans l’ensemble de la région.

Pas plus tard qu’en 2025, l’artiste célébrait ses noces d’or avec le public avec le pharaonique Live @ Arena – 50 godina karijere. Un double album live capturé devant une Arena de Zagreb comble et survoltée. Ce projet XXL agissait comme une communion d’énergie brute, portée par des orchestrations massives, des cuivres, des invités de renom (comme Halid Bešlić) et les riffs électriques de son propre fils, Zvone Bebek. C’était le point d’orgue d’un demi-siècle de grandiloquence scénique.

Željko Bebek se réinvente avec Made in London

On pensait la messe dite mais c’était sans compter sur la sortie surprise, ce 12 juin 2026, de Made in London. Ce voyage transmanche s’inscrit d’ailleurs dans une véritable stratégie de prestige pour Croatia Records, dont le lien avec Abbey Road commence à dessiner une collection remarquable. L’an dernier, en 2025, c’est le guitar hero macédonien Vlatko Stefanovski qui avait ouvert la voie avec son Live in London. Un double album en trio où l’ancien leader de Leb i Sol réarrangeait de fond en comble ses morceaux solos et ses succès de groupe à grand renfort de solos époustouflants.

Le Studio Two d’Abbey Road (le temple des Beatles et de Pink Floyd) impose sa signature sonore dès les premières secondes de ce Made in London. Sous la houlette de l’ingénieur du son attitré de Croatia Records, Goran Martinac, le mixage de ces 20 titres délaisse la réverbération géante et le grondement de la foule pour une clarté absolue. À 80 ans, le grain de voix de Bebek — ce timbre rauque, éraillé et profondément habité qui a défini le rock balkanique — est capté ici sans le moindre artifice. On passe du cri rock à une interprétation intimiste, d’une grande vulnérabilité émotionnelle.

Là où les lives précédents misaient sur la puissance de feu de la section rythmique, Made in London redonne de l’espace aux instruments. Les guitares de Zvone Bebek se font plus feutrées et texturées, les claviers de Fran Šokić gagnent en rondeur chaleureuse. Une porte d’entrée parfaite pour redécouvrir les tubes incontournables de Bebek comme Tijana, Da je sreće bilo, Gdje sam bio, Oprosti mi što te volim, Sinoć sam pola kafane popio, Žuta ruža, ou encore le chef-d’œuvre de sa discographie récente, Ono nešto naše, qui se parent de nouveaux arrangements qui s’éloignent volontairement des codes de la variété croate traditionnelle pour tirer vers le rock et un blues-rock élégant. 

Mais la force de ce disque est aussi de ranimer la puissance rock originelle de sa période au sein de Bijelo Dugme. Les reprises des mythiques tubes Ne spavaj mala moja muzika dok svira ou de Tako ti je mala moja kad ljubi Bosanac offrent de sublimes moments d’électricité pure, rappelant sans fard les grandes heures du Bebek des années 70 et 80.

Si Live @ Arena était le testament de la puissance scénique de Bebek, Made in London en est la version haute couture. Un disque de rock pur qui prouve que la nostalgie de l’Est peut parfaitement s’habiller du chic britannique.

A écouter sur toutes les plateformes légales comme Deezer ou Spotify

QuentinprodPhotos

Co rédacteur en chef

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