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Hipodrom (Live 2025) : l’album monumental de Marko Perković Thompson, icône de la scène croate et figure controversée de la musique balkanique

Figure incontournable de la scène musicale croate depuis plus de trois décennies, Marko Perković Thompson confirme avec la sortie du triple album live THOMPSON – 504 027 (Hipodrom, Live) chez Croatia Records son statut d’icône nationale — tout en réactivant les lignes de fracture qui entourent sa figure. Enregistré lors du concert géant du 5 juillet 2025 à l’hippodrome de Zagreb, l’album documente un événement d’une ampleur exceptionnelle, symbole à la fois de ferveur populaire et de polarisation persistante.

Au-delà du record d’affluence et de la dimension spectaculaire du live, Thompson apparaît ici comme ce qu’il est devenu au fil des décennies : un artiste central de l’imaginaire musical croate, capable de mobiliser des foules massives autour de son répertoire. Mais cette consécration nationale s’accompagne d’une réception beaucoup plus ambivalente à l’échelle internationale, où son œuvre et son univers restent régulièrement associés à des controverses politiques et mémorielles, faisant de chaque événement majeur le lieu d’une double lecture, entre célébration culturelle et débat idéologique.

Hipodrom Live, Thompson au sommet

Le concert du 5 juillet 2025 a marqué un tournant par son échelle. Selon les organisateurs et Croatia Records, plus de 450 000 spectateurs auraient assisté à l’événement, tandis que plus de 500 000 billets auraient été écoulés, faisant de cette soirée le plus grand concert de l’histoire croate.

L’événement a été présenté comme l’un des plus grands concerts payants au monde, une qualification reprise dans la communication officielle autour du projet, mais qui relève toutefois davantage d’une revendication médiatique que d’une certification internationale unanimement reconnue.

Au-delà des chiffres et de la charge symbolique, Hipodrom (Live 2025) fonctionne avant tout comme un album de rock massif, pensé pour l’impact scénique. La production privilégie une esthétique directe, où guitares saturées, rythmiques martiales et refrains fédérateurs structurent un ensemble taillé pour les grandes foules. Le mixage laisse volontairement une large place au public, transformant certaines séquences en véritables chœurs collectifs, au cœur d’une dynamique qui relève autant du concert rock que du rituel partagé. Un triple album live où l’on retrouve les plus grands succès de l’icône croate le temps d’un concert fleuve de 3h absolument triomphal.

Une figure majeure de la culture croate contemporaine

Depuis les années 1990, Marko Perković Thompson occupe une place singulière dans le paysage musical croate, après avoir combattu dans l’armée croate. Révélé dans le contexte de la guerre d’indépendance et des années de recomposition nationale, notamment par son premier succès Bojna Čavoglave dans lequel il glorifie la lutte pour l’indépendance de son pays, il s’impose rapidement comme l’une des figures majeures du rock patriotique local, construisant une œuvre où se mêlent références historiques, spiritualité catholique, récits de guerre et imaginaires nationaux.

Après une dizaine d’années de pause discographique, marquée par une focalisation sur les tournées et les concerts, Thompson signe en 2025 un retour particulièrement commenté avec son huitième album studio, Hodočasnik. Dans son pays, Thompson dépasse largement le statut de chanteur : il incarne un marqueur générationnel, un vecteur de mémoire collective et une figure de continuité culturelle pour une large partie du public.

Une réception internationale profondément clivée

Hors de Croatie, l’image de Thompson est nettement plus controversée. Plusieurs de ses concerts ont été annulés ou interdits dans différents pays européens, en raison de polémiques récurrentes liées à des symboles ou références historiques associés à l’idéologie oustachie, accusations que l’artiste conteste, ainsi qu’à des lectures jugées radicales de son univers artistique. Cette tension nourrit une lecture duale de l’artiste : symbole national pour certains, figure problématique pour d’autres, inscrite dans les débats européens sur les usages politiques de la mémoire.

Cette ambivalence dépasse le cas individuel de Thompson et renvoie à une dynamique plus large dans les Balkans occidentaux : celle d’une identité post-conflit encore en construction, où culture, mémoire et politique restent étroitement entremêlées.

Une icône nationale face aux lectures européennes

Avec Hipodrom (Live 2025), Marko Perković Thompson confirme son statut d’artiste majeur de la scène croate, capable de mobiliser des foules comparables aux plus grands événements musicaux européens.

Mais ce succès massif s’accompagne d’une lecture internationale fragmentée, où l’icône nationale devient objet de controverse. Entre reconnaissance populaire et contestation politique, Thompson incarne l’une des figures culturelles les plus révélatrices des tensions mémorielles contemporaines en Europe de l’Est.

Vu depuis l’Europe occidentale, une question demeure : peut-on écouter Marko Perković Thompson comme un simple artiste de rock, ou son univers rend-il toute réception musicale indissociable d’une lecture politique ? La question dépasse largement le seul cas individuel pour toucher à un problème plus général de circulation des œuvres dans des espaces européens traversés par des mémoires historiques différentes. Là où une partie du public croate perçoit avant tout un artiste de stade, porteur d’un répertoire ancré dans la culture populaire nationale, une partie des observateurs étrangers lit immédiatement ses chansons à travers le prisme de l’histoire politique des Balkans et des symboles qui lui sont associés.

Cette dissonance produit un effet paradoxal : la musique, pensée localement comme un vecteur d’unité ou de continuité culturelle, devient à l’extérieur un objet de suspicion ou de relecture idéologique permanente. Dans ce décalage, l’écoute elle-même n’est jamais totalement neutre, et l’expérience musicale se trouve prise dans des cadres d’interprétation qui la dépassent. Reste alors une zone grise, où l’auditeur choisit — ou non — de suspendre ces lectures pour revenir à la seule dimension sonore : celle d’un rock de masse conçu pour les grandes foules, ses refrains, son énergie live et sa puissance collective.

Ce disque live est disponible à l’écoute sur les plateformes légales, mais aussi en vidéo en intégralité sur Youtube

QuentinprodPhotos

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