Référendum en Roumanie : et à la fin, c’est l’abstention qui gagne

By: Ninnog Louis

Des opposants au référendum manifestent lors d’un rassemblement de défense des droits LGBT à Bucarest, le 11 septembre.

Le référendum pour la redéfinition constitutionnelle du mariage, organisé les 6 et 7 octobre, n’a pas atteint les 30% nécessaires à la validation de son résultat. Un échec cuisant pour le gouvernement et l’Eglise orthodoxe.

Aller voter, ou rester chez soi ? Les électeurs roumains ont choisi : appelés à se prononcer les 6 et 7 octobre sur la définition constitutionnelle du mariage et de la famille, ils ne sont que 21% à s’être rendus aux urnes. Bien que 92% des votants aient voté pour le “oui”, le résultat du référendum est invalide. Dans la Constitution, la famille reste “issue de l’union de deux époux”, et non “d’un homme et d’une femme”.

Ce référendum a été largement critiqué pour son coût : alors que la Roumanie est régulièrement touchée par des inondations, le gouvernement débloque 40 millions d’euros, issus du fonds d’urgence pour les intempéries, pour l’organiser. La nécessité d’une telle consultation a aussi posé question : puisque le mariage gay n’est pas légal en Roumanie, et qu’aucun parti ne revendique un changement de législation, quelle est l’urgence de changer la Constitution ?

« L’amour ne se vote pas, les 6 et 7 octobre, reste chez toi ». Le référendum est invalide, seuls 21% des électeurs se sont déplacés.

“Autoriser l’union d’un homme et d’un animal”

Aucune, ce référendum n’est rien d’autre qu’une manoeuvre politique, avancent ses opposants. Le Parti social-démocrate, majoritaire dans la coalition gouvernementale au pouvoir, a en effet vu dans cette initiative un moyen de détourner l’attention de l’opinion des affaires de corruption auxquelles certains de ses membres sont mêlés, de faire oublier ses promesses électorales non tenues, et de rassembler son électorat en vue de l’échéance présidentielle de 2019.

Le gouvernement a tout fait pour favoriser la victoire du “oui” : abaissement du taux minimal de participation de 50% à 30%, un vote organisé sur deux jours, pas de vidéosurveillance des bureaux de vote ni de comptage électronique des votes. Liviu Dragnea, président de la chambre des députés et du PSD, a affiché ouvertement son soutien à la redéfinition constitutionnelle du mariage et de la famille, allant jusqu’à affirmer qu’il ne “les Roumains craignent que, comme dans d’autres pays, on autorise l’union d’un homme et d’un animal”. 

L’association MozaiQ fête l’échec du référendum dans une boîte de nuit de Bucarest, le 7 octobre.

Malgré ça, les Roumains n’ont pas été dupes du jeu du PSD, et sont restés chez eux.
Cette abstention massive sonne comme un désaveu de la politique menée par le gouvernement ces derniers mois. Le faible taux de participation s’explique aussi par l’appel au boycott lancé par plusieurs associations de défense des droits des LGBT comme MozaiQ et ACCEPT. A coup de vidéos décalées – comme celle invitant les Roumains “à faire l’amour tout le weekend au lieu d’aller voter”, ou celle inspirée de la Servante écarlate imaginant un futur post-référendum terrifiant- et de nombreuses interventions télévisées, les partisans du boycott ont réussi à faire passer leur message : “l’amour ne se vote pas.”
 


La vidéo « Les enfants du référendum », produite pour les associations ACCEPT et Déclic, a été vue plus de 800 000 fois sur Facebook. 

 

Les partis politiques et l’Eglise ébranlés

Passée la surprise de cette faible participation, une première constatation s’impose dans la presse roumaine : le poids politique de l’Eglise orthodoxe a été largement surestimé ces dernières années. Malgré une campagne agressive en faveur du “oui”, le clergé orthodoxe n’a pas réussi à mobiliser ses ouailles.  

L’échec du référendum secoue sévèrement le PSD, déjà affaibli par des tensions internes. Liviu Dragnea a fait de cette consultation “son” référendum, une sorte de plébiscite. Or, il est crédité de 7% d’opinions positives. La Coalition pour la famille le considère désormais comme le responsable de l’abstention à  “son” référendum. “Nous avons perdu parce que nous nous sommes alliés au PSD”, a-t-elle déclaré. Au sein du parti, ses soutiens fondent à vue d’oeil, et il se pourrait que ses jours politiques soient comptés

Autre perdant : la parti libéral PNL, qui a voté pour l’organisation du référendum. Son électorat libéral a largement boudé la consultation, et pourrait maintenant se tourner vers l’Union Sauvez la Roumanie (USR, centre-droite), seul parti politique ouvertement opposé au référendum depuis le début. Au sein du PNL, la fronde a commencé dès la fermeture des bureaux de vote. Une douzaine d’élus ont publié sur Facebook un message très critique envers la direction du parti, l’accusant de “dérives conservatrices qui font fuir 70% de l’électorat libéral”.

Les opposants à la consultation ont décrié “un référendum pour rien”. Il s’est en fait retourné contre ses organisateurs, et risque d’avoir des conséquences durables et inattendues sur la vie politique roumaine.

Ninnog Louis
Etudiante à SciencesPo, actuellement en Erasmus en Roumanie à la découverte des Carpates et de l'histoire roumaine.

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