Macédoine : Un référendum pour rien ?

By: Thibaut Boudaud

Hier, les habitants de l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine ont voté pour donner un nouveau nom à leur pays, dans un référendum important pour l’avenir de la nouvelle République de Macédoine du Nord. C’est en tout cas tout l’enjeu qu’a voulu imposer Zoran Zaev, le Président du Gouvernement à ce scrutin. Une participation faible autour de 37%, avec pourtant plus de 91% de votes en faveur de ce référendum, la Macédoine se dirige vers une nouvelle crise politique. Revenons en quelques lignes sur ces derniers mois forts politiquement et sur ce que veut dire ce résultat…

 

Un renouveau après les législatives de 2016

Le 11 décembre 2016 aura marqué le renouveau de la Macédoine. Ce jour-là, les macédoniens ont alors décidé de changer de majorité. Exit le VMRO-DPMNE, parti du dirigeant conservateur Nicolas Gruevski (proche du PPE), après plus de 10 ans de règne sans partage sur le pays.

J’écris que le renouveau date du 11 décembre 2016, mais ce n’est pas tout à fait exact. Effectivement, ces élections législatives n’ont alors fait qu’accroître l’instabilité politique du pays. Le Président Gjorge Ivanov (VMRO-DPMNE) ne permettra à Zoran Zaev, dirigeant du parti d’opposition SDSM de former un nouveau gouvernement que 6 mois après les élections. Zoran Zaev étant investi au pouvoir le 31 mai 2017, après d’intenses négociations avec les partis albanais, et une majorité d’une courte tête : 62 voix pour sur 120 députés.

 

Un référendum et des promesses

Après des années d’inertie, l’Union Européenne s’est enfin décidée ces derniers mois à proposer une stratégie d’adhésion aux pays des Balkans. D’une part, cette stratégie arrive très tard, peut-être même trop tard, après des années de promesses faites envers ces pays. D’autre part, certaines grandes puissances ont mis en place des stratégies de soft power assez efficaces dans les pays des Balkans. Ajoutées aux discours nationalistes, elles ne mettent aujourd’hui plus l’Union Européenne comme la puissance moteur pour la région. Les peuples n’ont aujourd’hui plus confiance aux grands discours des dirigeants occidentaux.

Le résultat de ce référendum consultatif est-il pour autant un échec retentissant pour Zoran Zaev comme nous pouvons le lire dans certains médias ?

Non. Tout d’abord car les listes électorales ne sont pas à jour depuis des années. On ne connait donc pas le nombre précis de votants dans le pays, d’autant plus pour un pays qui compte quasiment 600 000 émigrés et environ 2 millions d’habitants.

1,8 millions d’habitants ont le droit de vote et il fallait à Zoran Zaev pour réussir son pari au moins 50% +1 de participation afin de valider ce référendum, soit 903 169 votants. Le chiffre de 50% de participation n’a pas été atteint avec seulement 36,91% de macédoniens s’étant déplacés vers les urnes, soit 666 743 votants (Chiffres de la commission électorale). Pour autant, 91,46% des votants ont répondu oui à la question posée : « Êtes-vous favorable à une adhésion à l’Union européenne et à l’Otan, en acceptant l’accord passé entre la République de Macédoine et la République de Grèce ? » Soit 609 813 votants, ce qui en fait le score le plus large à une élection en Macédoine depuis 1991.

La vraie question autour de ce référendum sera à se poser dans 10 ans, ce référendum aura-t-il servi à être la première pierre pour faire entrer la Macédoine dans l’Union Européenne et dans l’OTAN ?

 

Zoran Zaev, un réformiste au pouvoir

En moins d’un an et demi au pouvoir, Zoran Zaev aura redonné confiance aux macédoniens en une réelle démocratie, et surtout, avec ce référendum, il permet à la Macédoine de croire en une adhésion prochaine à l’OTAN et à l’Union Européenne. Effectivement, il a annoncé après le scrutin être déterminé à faire valider les accords de Prespa à l’Assemblée de Macédoine. Il appelle d’ailleurs l’opposition du VRMO-DPMNE à voter pour le changement de constitution et écouter la voix du peuple, ou bien il convoquera des élections législatives anticipées en novembre prochain, car il pense pouvoir les gagner, et ne veut pas perdre plus de temps. « Je continuerai à faire avancer le pays, la Macédoine sera membre de l’OTAN et de l’UE« , a notamment déclaré M. Zaev.

Effectivement, avant ce référendum, les négociations pour une adhésion du pays à l’Union Européenne et à l’OTAN étaient au point mort à cause de conflits avec la Bulgarie et la Grèce. Alors que le gouvernement précédent souhaitait réécrire l’histoire macédonienne afin de se créer une nouvelle identité, avec des projets comme Skopje 2014, Zoran Zaev a lui les yeux rivés vers l’occident afin de faire avancer son pays. Il aura d’ailleurs battu la campagne à travers tout le pays afin de faire comprendre aux macédoniens l’importance de ce scrutin, mettant sa démission dans la balance si le référendum n’étais pas un succès. Et ce malgré la campagne pour le boycott de ce vote de toute l’opposition, avec en tête le Président Gjorge Ivanov, qui avait lui même annoncé ne pas vouloir aller voter.

La plupart des dirigeants européens progressistes ont d’ailleurs appelés les macédoniens à voter pour le oui, dont Angela Merkel qui s’est déplacée à Skopje au début du mois, et même Emmanuel Macron à travers une vidéo, alors que le Président de la République française s’exprime pourtant peu sur les pays des Balkans.

Dès l’arrivée au pouvoir de Zoran Zaev, commencent alors des négociations avec la Bulgarie et la Grèce afin de sortir de l’impasse d’où les gouvernements précédents n’ont pas souhaité sortir.

Le mardi 1er août 2017 scelle l’accord d’amitié, de bon voisinage et de coopération avec la Bulgarie.

Puis le dimanche 17 juin 2018, sur les bords du lac Prespa (situé entre la Macédoine, l’Albanie et la Grèce), Zoran Zaev et Alexis Tsipras signent un accord historique pour le deux pays, le changement de nom de la Macédoine. Ce référendum devait mettre fin à plus de 27 ans de querelles entre les deux pays à cause du nom Macédoine, qui est le nom revendiqué d’une région grecque dont la capitale est Thessalonique. Un premier pas avait était fait par Zoran Zaev en début d’année, en débaptisant l’aéroport de Skopje et l’autoroute Alexandre Le Grand (personnage historique lui aussi revendiqué par la Grèce).

La République de Macédoine deviendrait alors la République de Macédoine du Nord. Mais cet accord dépendait du résultat du référendum d’hier. La révision constitutionnelle du parlement macédonien (devant se faire aux 2/3 du parlement, majorité que n’a pas pour le moment Zoran Zaev, il lui manque une dizaine de voix de l’opposition) suivi ensuite de la ratification du parlement grec. De longues batailles attendent encore Zoran Zaev.

Alexis Tsipras et Zoran Zaev à Prespa.

 

Quelle date pour une adhésion à l’UE ?

Peut-on avec ce résultat au référendum et la détermination de Zoran Zaev, considérer aujourd’hui la Macédoine comme futur pays de l’Union Européenne dans les prochaines années ?

La question mérite d’être posée et la réponse n’est pas si simple.

Après avoir déposé sa candidature en mars 2004, le statut officiel de candidat est accordé au pays en décembre 2005 par la Commission Européenne et le Conseil de l’Europe. A l’heure actuelle, faire adhérer rapidement la Macédoine du Nord à l’Union Européenne n’est pas dans les plans de la Commission Européenne. Le processus de Berlin de 2004 ainsi que la nouvelle stratégie d’adhésion ne met pas en avant une intégration rapide pour la Macédoine, malgré son statut précoce de candidat par rapport à la Serbie et au Monténégro, qui ont eux une longueur d’avance pour Bruxelles.

Certains critères de Copenhague, obligatoires pour ouvrir des chapitres de négociations ne permettent pas encore au pays de voir une date d’adhésion à l’UE pour le pays dans les prochaines années. Et même si ce gouvernement et les futurs gouvernements de la Macédoine du Nord continuent les efforts et mettent en place les réformes voulues par la Commission Européenne, ils ne seront pas les seuls décideurs. La route est donc encore longue avant que la jeunesse de Macédoine du Nord ne voie un avenir à long terme et une forte envie de rester dans son pays, l’un des plus pauvres en Europe…

Thibaut Boudaud
Co-fondateur de Hajde, amoureux de l'Est, entrepreneur dans la culture.
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