Roumanie : Le pouvoir et l’Eglise en croisade contre le mariage gay

By: Ninnog Louis

Les Roumains sont appelés à se prononcer sur une modification de la Constitution les 6 et 7 octobre prochains, portant sur l’interdiction du mariage entre personnes du même sexe. A l’origine de ce référendum, une coalition menée par l’Eglise orthodoxe, et soutenue par les sociaux-démocrates au pouvoir.

La famille, issue de l’union entre deux époux, ou entre un homme et une femme ? C’est la question à laquelle les roumains sont appelés à répondre les 6 et 7 octobre prochains. Le Sénat roumain a tranché : à une écrasante majorité (107 pour, 13 contre), les élus ont voté la tenue d’un référendum portant sur la modification de la définition constitutionnelle du mariage. Jusqu’ici « l’union de deux personnes », il pourrait devenir « l’union d’un homme et d’une femme », rendant le mariage gay inconstitutionnel. A l’origine de ce référendum, une pétition lancée il y a trois ans par la Coalition pour la famille, un groupement hétéroclite d’associations conservatrices issues de l’extrême-droite et des communautés religieuses de Roumanie. Anti-vaccins, anti-avortement et anti-mariage gay, la coalition a réuni 3 millions de signatures pour réclamer cette révision de la Constitution.

« Faire son coming-out en Roumanie est difficile »

Le soir-même du vote au Sénat, un rassemblement est organisé par l’association de défense des droits LGBT MozaiQ. Ils sont une centaine à se réunir sur la place du 21 décembre 1989 à Bucarest, autour d’une croix blanche plantée en l’honneur des victimes de la révolution. « Nous sommes ici pour défendre nos droits, et réclamer l’égalité devant la loi », déclare Andrei Ion, membre du conseil d’administration de MozaiQ. Derrière lui, trois personnes brandissent une banderole : « Tant que nous ne sommes pas tous libres, nous sommes tous prisonniers ».
L’homophobie, omniprésente en Roumanie ? Andrei éclate d’un rire sans joie. « Oh oui. Une personne transgenre aura beaucoup de mal à trouver un emploi. Si une joueuse de football (sport majoritairement féminin en Roumanie) révèle son homosexualité, elle risque d’être renvoyée de son équipe ». Mihnea, lui aussi membre de MozaiQ, est du même avis.« Faire son coming-out en Roumanie est difficile : il n’y a pas de politiciens, de personnalités ouvertement homosexuels », note le jeune homme. « Depuis le lancement de l’initiative citoyenne contre le mariage gay, en 2015, le climat s’est tendu envers les personnes LGBT. Nous avons remarqué une augmentation des agressions en marge d’événements organisés par la communauté », déplore Mihnea. En février 2018, une projection du film « 120 battements par minute » a été interrompue par une dizaine d’ultraconservateurs, au nom « du caractère hétérosexuel, paysan et orthodoxe » de la nation roumaine.

Un référendum très politique

« Le mariage gay n’est même pas légal, ce référendum ne change rien à la situation actuelle », s’insurge Andrei. Pour Sergiu Miscoiu, professeur de sciences politiques à l’université Babes Bolyai de Cluj-Napoca, « le référendum a pour but de détourner l’attention des affaires de corruption, et de l’échec des promesses faites par le gouvernement. La société roumaine est conservatrice, et la thématique du mariage homosexuel est la seule à même de fédérer les différentes couches de la population ». Les sénateurs du PNL, principal parti d’opposition auquel appartient le président Klaus Iohannis, ont également voté pour l’organisation du référendum. « Ils veulent empêcher le PSD de capitaliser sur les résultats de cette consultation », remarque Sergiu Miscoiu. Les valeurs dites illibérales, en vogue en Europe centrale, sont-elles en train d’atteindre la Roumanie, considérée jusqu’ici comme la bonne élève de l’Est ? « Liviu Dragnea (président du parti social-démocrate au pouvoir) veut suivre la voie tracée par Viktor Orban en Hongrie, mais sans avoir son habileté, ni son intelligence », note Sergiu Miscoiu.« Si la démocratie illibérale en Hongrie et en Pologne conduit au renforcement de l’Etat-nation, ce processus risque de mener en Roumanie à la faillite de l’Etat, et la déliquescence des institutions ».

«Les droits de l’homme ne sont pas négociables»

Face à l’opportunisme des partis politiques, la communauté LGBT se sent bien seule. A peine est-elle soutenue par l’USR, parti de centre-droit qui s’oppose à l’interdiction du mariage gay. A l’extérieur du pays, Amnesty International et la Cour européenne des droits de l’homme ont pris fait et cause contre le référendum. Insuffisant pour faire plier le gouvernement. Une participation de 30% étant requise pour que le résultat du référendum soit valide, les associations de défense des droits des homosexuels et transsexuels appellent désormais au boycott du scrutin.Avec un seul mot d’ordre : « les droits de l’homme ne sont pas négociables, et ne doivent pas être soumis au vote ».

Photo de couverture : Une manifestante brandit un drapeau arc-en-ciel lors d’un rassemblement contre le référendum le 11 septembre à Bucarest (photo Ninnog Louis).

Ninnog Louis
Etudiante à SciencesPo, actuellement en Erasmus en Roumanie à la découverte des Carpates et de l'histoire roumaine.

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