Sur les rails du Transsibérien – voyage à travers la Sibérie

By: Rémi Monti

Après nous avoir fait découvrir Ekaterinbourg il y a quelques semaines, nous poursuivons avec Rémi notre voyage à travers la Russie par le Transsibérien, ce train légendaire. Son récit nous fera aujourd’hui découvrir la Sibérie, jusqu’à son terminus de Vladivostok

Une ligne de train qui traverse les excès d’un pays entier

Que reste-t-il à écrire sur le Transsibérien, un voyage sur lequel tout a été dit ? Chaque mètre des 9 288 kilomètres a le droit aux mots d’un auteur. Chaque rail a son vers, chaque wagon son poème. Voyage de tous les fantasmes, celui qui en parle le mieux ne l’a d’ailleurs jamais pris. A la question de Pierre Lazareff « Le Transsibérien vous l’avez pris ? » le poète Blaise Cendrars répondait « Mais je vous l’ai fait prendre non ? ».

Voilà le récit d’un voyage démesuré, qui vous enfoncera lentement à travers le plus grand pays du monde, d’un continent vers l’autre. Le voyage de tous les records : plus grande ligne de train du monde, le lac le plus profond du monde (le lac Baïkal), sept fuseaux horaires traversés et la plus grande concentration de ronflement du monde dans mon wagon. L’occasion pour moi de battre quelques records personnels également : nombre de jours sans douche, quinze thés par journée, plus grande dose de nouilles chinoises ingérées sur une durée déterminée.

Une ligne de train qui traverse donc les excès d’un pays entier, tout ce que l’on raconte sur les mystères de la Russie éternelle et ses forces occultes. Dans le wagon du Transsibérien, il ne reste qu’une seule vérité, celle que je vais vous narrer par ces quelques lignes. Celle des caleçons pas lavés, des odeurs, des petits malheurs et des grands bonheurs. Celle des rencontres, des occupations, de la transpiration et des rêves que vous croisez. L’histoire de la couleur du t-shirt du provdonista et de la chaleur du samovar. La compétition de bras de fer, les jeux de cartes, les rires du wagon. Les russes, les ouzbeks, les coréens. Finalement, vous embarquez autant pour les steppes et la taïga que pour la simplicité des relations. La vie calme et lente à bord du Transsibérien. Récit de cette petite vérité temporaire.

Panorama de Ekaterinbourg – Crédit : Pawel Maryanov/ CC 2.0

J’ai choisi cinq escales pour mon voyage : la ville d’Ekaterinbourg, lieu de l’assassinat du dernier tsar et de sa famille. Novosibirsk, troisième ville du pays et capitale de la Sibérie. Le légendaire Baïkal. Oulan-Oude, haut lieu du bouddhisme Russe et Vladivostok, terminus du train à la frontière de la Corée du Nord.

Le ballet incessant des trains de fret nous rappelle que le Transsibérien a d’abord été construit pour des raisons économiques avant d’acquérir une aura romantique qui rayonne bien au-delà de la Russie. Aujourd’hui, c’est pour certains citoyens russes l’unique chose qui les raccroche à leur patrie. Les deux points communs entre un Moscovite et un Bouriate sont un passeport et les trains qu’ils empruntent.

Le train du quotidien

Mon voyage s’effectuera entièrement en platzcart, la troisième classe des trains russes. Les couchettes sont ouvertes, il n’y a pas de murs entre les 54 lits du wagon qui n’a qu’une seule toilette et pas de douche. La seconde classe est le koupé, des compartiments de quatre couchettes fermées. Et la première classe je ne sais pas comment elle s’appelle, il n’a jamais été question de la prendre. Là-bas les gens se douchent, se brossent les dents et tout ça. Enfin plein de trucs chiants. Y’a sûrement personne de bourré et personne à qui parler.

Une voiture platzkart en Russie – Creédit : supercanard/Flickr/by-nc-sa/2.0/

La première chose qui m’a frappé dans le train est la simplicité et la bienveillance des relations au sein du wagon. Il y a quelque chose d’étrange dans cette fausse pudeur russe. Tout est question de contexte pour eux. Ils peuvent être froids et distants dans la vie de tous les jours où la politesse est absente, mais il existe une culture du train. Le Transsibérien n’est pas une ligne de voyage et d’aventure, c’est avant tout le train du quotidien pour les russes. Ils se parlent avec une telle aisance qu’on pourrait penser qu’ils se connaissent tous depuis des années. Les premiers rires arrivent vite, juste le temps de faire son lit et de prendre ses petites habitudes. Un homme qui finissait son journal a naturellement été interrompu par une dame âgée qui allait se coucher. Brève discussion depuis l’oreiller. Il y a un pied là-haut et une main là-bas. Je suis allongé. Le train part pile à l’heure. 00h43. C’est parti pour traverser un quart de la planète en platzcart.

Avant de monter, mieux vaut faire le deuil de sa pudeur et de sa timidité. Vous voyez les gens tels qu’ils sont vraiment et ils vous voient tel que vous êtes. Vous ne pouvez pas leur échapper et eux ne vous échapperont pas. Mais jamais l’ambiance ne sera pesante, les regards sont doux et les gestes amicaux. Vous mettez simplement en commun quelques jours de votre vie.
Andreï, à quelques couchettes de la mienne, a rapidement fait de moi et sa vodka les deux priorités de son voyage. Il habite à Omsk, à 950 kilomètres d’Ekaterinbourg. Il sait dire quelques mots en français dont « pardon » et « les femmes sont belles ». Puis, naturellement, il s’inquiète de ma vie sexuelle à Moscou. Je lui dis que tout va bien. J’ai du mal à me faire comprendre. Je lui dis donc « Moscou femmes sont belles » en mimant un geste. Certains schémas sont universels. Il en est très heureux et m’offre une vodka.

Des journées agréables, longues et lentes

Il fait noir dehors, les lumières du wagon resteront allumées encore quelques instants. Le temps pour les discussions les plus tardives de s’étouffer dans les oreillers. Les dormeurs dormiront, les ronfleurs ronfleront et les insomniaques attendront.

Rien n’interrompt ma musique et ma lecture dans l’étonnant calme du platzcart le premier jour, seulement troublé par quelques enfants. Ma couchette est à côté de la seule prise du wagon, ça me permet de voir passer du monde. Andreï passe brancher son téléphone. Il prend mon casque audio, le met sur ses oreilles et me dit que c’est très beau. Tout le monde me connait vite comme le petit jeune français, dont la provdonitsa, la responsable de wagon, qui fait régner l’ordre sur son petit royaume.
A 19h les forêts blanches de boulots deviennent rouges, puis grises, puis noires. La luminosité tombe. La nuit, affamée par la journée, croque tout. D’abord les plaines, les quelques villages puis les arbres. On ne distingue rapidement plus que le bas-côté des rails.

Une gare du Transsibérien

Les journées qui suivront seront agréables, longues et lentes. Je me dis parfois que le soleil ne se couchera jamais, que l’on suivra la courbure de la terre toujours sous sa lumière. Peut-être qu’on irait aussi vite que le monde, ou que la rotation du globe ralentira à notre rythme. Et puis c’est la terre qui glissera sous nous. Quelqu’un tirerait le tapis de neige, les forêts, les villages et les rivières pour les faire défiler sous nos yeux. Les continents, les villes et les montagnes fileraient devant nous, sous les wagons qui dandinent leurs carcasses de fer sur les rails. Au son du fracas métallique et des percussions des pistons.

Le Transsibérien est en fait un réseau de trains plus qu’une ligne de train. La plupart des trains empruntent la ligne principale (Moscou – Vladivostok), mais il est possible de bifurquer à Oulan-Oude pour emprunter le Transmongolien puis le Transmandchourien, qui traversera les steppes mongoles pour vous déposer à Oulan-Bator ou jusqu’à Pékin. Il existe également d’autres lignes Russes reliées à la ligne principale, comme celle du Baïkal – Amour, ou un autre itinéraire qui relie Moscou à Ekaterinbourg en passant par Kazan.

Le voyage est fait de surprises

Je m’installe de nuit également dans le train qui reliera Novosibirsk à Irkoutsk (ville la plus proche du Baïkal). Il ne possède pas de climatisation et une famille avec deux chiens est déjà installée dans mon carré. Le voyage est fait de surprises. Je me suis endormi directement, mis K.O par l’uppercut qu’est l’odeur qui règne dans le wagon. Y’avait bien longtemps que je ne m’étais pas douché et j’avais marché toute la journée avec mes sacs dans la poussière de Novosibirsk. Ce long et beau dimanche en Sibérie s’endormait profondément.

Mais une surprise ne vient jamais seule dans le transsibérien. Je me suis endormi comme un sac à patates dans ma puanteur et les poils de bichons puis je me suis réveillé comme une fleur, vers midi. La famille était partie dans la nuit, laissant la place à trois belles filles. Elles parlent un peu anglais, sont cavalières et vont à Irkutsk pour une compétition ou un gala je ne sais plus.
Au revoir la transpiration, l’absence de climatisation et les bichons, j’étais une fleur ce matin. Mes cheveux ébouriffés sont des pétales, la bave sur mon oreiller est un nectar. Mon odeur corporelle était délicieuse, j’avais l’haleine fraîche et le pistil tendu au matin, prêt à être butiné par mes abeilles. Il y a des matins où l’on s’aime bien. Comme ça, sans raison…

Dans un platzkart – Crédit : a.fiedler/CC 2.0

Je suis descendu de ma couchette en hauteur avec une élégance féline et j’ai déplacé mon corps athlétique jusqu’au samovar pour me servir un thé. La couleur de l’eau était pure, mes nouilles chinoises presque aussi succulentes que moi. J’ai oublié ma fourchette mais qu’importe, je lapais l’eau avec une langue agile, une langue de velours.

Je me suis brulé les doigts mais pfff, qu’à cela ne tienne, mes mains puissantes n’ont pas tressailli. Le liquide brûlant agite les nerfs de ma peau. D’un geste, le doigt collé aux lèvres pour l’introduire progressivement afin d’apaiser la brûlure. Brûlure d’un corps. A chaque phalange, les lèvres se contractent sur la peau chaude.

Une des cavalières, sûrement émue de voir mes beaux doigts abimés de la sorte, me propose une serviette. J’accepte. Nos mains se touchent. Nous continuons notre repas. Toutes les jambes sont nues. Les sens se bousculent, les fibres sont tendues, les muscles s’affolent.

 

Des tasses de thé des chemins de fer russes – Crédit : MaxPixel / CC0

La discussion s’étale sur le début de l’après-midi. Les langues se lient, se mélangent. Ma langue française manie le désir et les gémissements des rires. De leur côté, l’inconnu va et vient d’une bouche à l’autre lors de leurs discussions russes. Peu de temps après, j’avais épuisé mon russe et elles leur anglais.
Je me suis trouvé incroyablement désirable ce matin-là. J’étais mister wagon 16. L’apollon du platzcart. Les paysages sont infinis, le soleil brille. Je sentais l’homme mais l’homme qui s’aime. Mon corps pas lavé depuis trois jours était un sanctuaire. La journée serait agréable aujourd’hui, je changerais juste de caleçon pour que cette lumière soit éternelle.

Dans ce voyage lent, où regarder le temps qui passe vous prend du temps. La musique, la lecture, l’écriture et faire du thé sont mes quatre activités principales. Mes playlists Spotify sont pleines de Russie. Pleine de la musique de Chostakovitch, dont le génie fut freiné par le régime communiste.

En résulte une musique qui traduit une véritable oppression physique et mentale. Une angoisse. Une musique violente.
Chostakovitch nous fait passer par toutes les émotions, depuis le tendre mouvement lent du second concerto pour piano, jusqu’à sa neuvième symphonie qu’il compose pour prendre à contre-pied le régime communiste.

Lui qui vient d’écrire deux symphonies grandiloquentes et « patriotiques » décide d’écrire une œuvre relativement courte, joyeuse et pleine d’humour au sortir de la guerre. Elle sera contrebalancée par le sommet de violence qu’est sa dixième symphonie, composée huit ans plus tard, juste après la mort de Staline.

Mes soirées se poursuivent par quelques œuvres pour piano seul de Rachmaninov, jouées par Lugansky. Aujourd’hui ce sera quelques préludes et moments musicaux. Le 4e de ses moments musicaux, une œuvre en ébullition. Le prélude op 23 no 5, un des points culminants du piano romantique et la fantaisie Op 3 no 2, qui passe d’un air de trois accords à un morceau d’une intensité exceptionnelle.

Des notes qui relient la taïga et les steppes

Les trains se ressemblent, les paysages défilent et changent, les livres lus s’entassent. De Lugansky à Pogorelich, de Rachmaninov à la sixième sonate de Prokofiev, une de ses sonates de guerre, en passant par d’autres pianistes, surtout des Russes. Les légendes du pays que sont Richter ou Gilels puis Ashkenazy, Pletnev, Sokolov, Rudenko, Matsuev et Trifonov me réveillent, m’occupent et m’accompagnent jusqu’au coucher. Leurs doigts jouent les notes qui relient la taïga et les steppes, les accords qui nous mènent de l’Oural à la Sibérie, de l’Europe à l’Asie. Ils font la liaison entre le premier et le second train, puis le troisième et me voilà dans le quatrième, trois jours de train entre Oulan-Oude et Vladivostok.

Crédit : Bernt Rostad/ CC/BY/2.0

Ce quatrième et dernier train est rempli de coréens et de quelques ouzbeks, pas de trace de russes dans le wagon, à part le provdonitsa (qui est un homme, ce qui est assez rare. Il est chauve et a un gros bidon en avant. Il a l’air drôle, enfin quand il parle les ouzbeks rigolent, c’est sûrement le signe qu’il est drôle), ni de trace de gens qui parlent anglais, ce qui ne va pas faciliter la communication.

La collaboration entre un Ouzbek et Patrick Modiano

Les coréens viennent bien plus vers vous. Ils semblent être pour la plupart d’origine modeste. Ils découvrent les instruments électroniques que j’ai sur moi, dont ce téléphone d’une marque étrange avec une pomme croquée dessus.

J’ai été le témoin de la naissance de la collaboration entre un ouzbek et Patrick Modiano. Parti lui aussi à la recherche de Dora Bruder dans les rues de Paris l’espace de quelques pages qu’il lisait avec une certaine aisance.

Un des coréens, lui, a préféré Gainsbourg, il s’est endormi en écoutant les « Variations sur Marilou ». Sa pupille s’absente et son iris absinthe, peu à peu se résorbent, et son coma l’absorbe. Il dormira alors qu’elle se coca-colle un doigt, poussant le vice dans la nuit bleue lavasse de sa paire de Levi’s.

Je le laissais avec Marilou. Quelques minutes plus tard, j’étais au wagon-restaurant où les vodkas s’enchainaient avec un groupe de trois russes. Un homme bedonnant très sympathique d’une quarantaine d’années, un homme en tenue de chantier qui ressemblait fort à un ami à moi, et un autre qui ressemblait à rien de connu et d’identifié. Débardeur, claquette, chaussette, cheveux plaqués sur le front, chaîne argentée, dentition entièrement en or, tatouages partout sur le corps, bras musclés. Je n’ai pas bien compris leurs prénoms, parmi eux trois deux semblent s’appeler Liera.

Une voiture restaurant du transsibérien, il y a longtemps – Crédit : Smiley.toerist / CC BY-SA 3.0

Ils continuent à m’offrir des vodkas, et puis des vodkas et des vodkas. Les serveuses boivent avec nous. Elles ont l’air de bien m’aimer. Il y en a une qui m’offre des raffaeollos par dizaine et qui m’a pincé les fesses quand je me suis levé pour aller aux toilettes. J’ai peut-être ma chance. Il est sexy ce petit français qui s’empiffre de rafaellos pour faire passer sa vodka.

Un petit tournoi de bras de fer s’organise. Nous sommes quatre, l’organisation est facile, il y aura des demi-finales puis la grande finale. Je gagne facilement contre celui qui ressemble à un ami à moi. Je mange un raffaello, celui aux dents en or éclate l’autre. Nous voilà donc en finale. La foule est hystérique. Je résiste, je résiste, je prends l’avantage, nous forçons comme des bœufs, nos visages deviennent rouges, il me contre, je commence à lâcher, il casse la symétrie de nos bras, reprend un léger avantage. Des veines lui sortent du front, les miennes me sortent des avant-bras. Il me postillonne dessus, se rapproche de la victoire, toujours plus près. Ça y est, il a gagné. Il crie, éructe, tape trois fois sur la table puis me tape dans la main. Russia Ura !

Mes pensées s’accrochent et se décrochent

Le vainqueur a eu droit à un shot de vodka. Moi, deuxième, j’ai eu droit à un shot de vodka. L’homme bedonnant sympathique, troisième, a droit à un shot de vodka en consolante. Et celui qui ressemble à un ami à moi, bon dernier, a eu droit à un shot de vodka mais en a bu deux. Je ne sais pas pourquoi.

J’ai continué à écrire dans mon carnet en buvant les verres qu’on pose devant moi et en mangeant les sucreries que la serveuse continue de m’offrir.

Mes pensées s’accrochent et se décrochent. Nous nous comprenons tous bien mieux maintenant qu’avant les pichets de vodka. Le monde est bien simple. Le train avance, les paysages tournent, mon stylo écrit seul.

Sur le quai d’une gare du transsibérien – Crédit : Peter Kersten / CC BY-SA 4.0

Un des Russes le prendra pour écrire un mot dans mon carnet. Je le traduirais seulement bien plus tard :
круче нас только горы выше нас только звезды. « Plus raide que nous seulement des montagnes au-dessus de nous seulement des étoiles », une chanson de l’armée Rouge.

Prendre la tangente. Partir dans l’autre sens

Les surprises des nuits succèdent aux imprévus des jours. Les jours qui se suivent laissent la place aux nuits des jours qui viennent. En pleine nuit le train s’arrête à une gare sans nom. Une poignée de minutes seulement. Quelques instants pour prendre une décision. Des secondes d’éveils accrochés au sommeil. J’ai voulu laisser mes sacs. Sortir du wagon sur la pointe des pieds sans attirer l’attention du provdonitsa, ouvrir la porte discrètement pour ne réveiller personne. Prendre la tangente. Partir dans l’autre sens, me glisser dans l’un de ces trains stationnés. Ceux qui s’en iraient par les chemins de fer qui se perdaient dans la nuit, s’écartant de la ligne principale pour percer les secrets du territoire russe et toutes ses puissances occultes. Voyage dans le voyage. La gare sans nom, point de départ jusqu’aux paysages oubliés et les villes abandonnées. Vers tout ce qui est absent à l’étranger, irrévélé, méconnu. Perdu.

La gare de Khabarovsk – Crédit : Andshel / CC BY-SA 4.0

Je me suis rendormi, pour la dernière fois, dans le transsibérien. Jusqu’à Khabarovsk, 4h du matin, heure locale. Le moment où une quinzaine de coréens décident de briser le silence de la nuit. Du bruit d’abord, beaucoup de bruit. Ils cherchent leur place en se gueulant dessus. J’ai mis mes écouteurs en me disant qu’ils seraient bientôt installés. Et puis il y a eu leurs sacs ensuite. Beaucoup de sacs. Toujours plus de sacs. L’équivalent d’une entière entreprise de bâtiment peut-être, ou leurs maisons en kit. Avec les grues et les tractopelles pour pouvoir les construire. Une demi-douzaine de sacs par tête, d’une vingtaine de kilos chacun, du matériel et encore des valises, des besaces …

Dormir n’est plus une option

Rapidement, plus personne ne peut circuler ni s’allonger nulle part dans le wagon. Il est 4h, dormir n’est plus une option. Le provdonitsa arrive pour remettre un peu d’ordre dans ce bazar, il faut libérer les couloirs pour permettre la circulation. Tout est donc entreposé sur les couchettes inférieures. Il est 4h30, s’asseoir n’est plus une option. C’est la dernière nuit du voyage, debout à côté de ma banquette, entouré de coréens qui crient et qui s’agitent. C’est en nous regardant tous, en sentant leurs haleines et en les aidant à mettre leur valise dégueu sur mon lit que je me suis senti complice des Ouzbeks, nous étions tous habitants de ce grand pays qui n’est pas la Corée. Nous les détestions, mais tous ensemble, main dans la main, Ouzbeks et français. Et je me suis rappelé une phrase lue dans un guide, quelque chose comme « à ne pas oublier : une bonne dose de votre sens de l’humour, vous pourriez en avoir besoin »

Rémi Monti
Etudiant en deuxième année à Sciences Po Grenoble, actuellement en Erasmus à Moscou.

1 Comment

  • Margaux:

    Jolie plume 🙂 Un beau récit qui capture bien l’ambiance du transsibérien !

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