Mihai Ier de Roumanie : mort d’un roi controversé

By: Ninnog Louis

Le 5 décembre, le roi Mihai de Roumanie est décédé dans sa résidence d’Aubonne en Suisse. Retour sur la vie de ce souverain qui se confond avec l’histoire turbulente de son pays.

Alors que la Roumanie traverse une période de crise politique, le gouvernement et les militants anti-corruption ont annoncé la suspension des manifestations dès que la nouvelle du décès du Roi Mihai est tombée. Le président a annoncé un deuil national de trois jours, du 14 au 16 décembre, tandis que les hommages se multiplient de la part de personnalités roumaines et étrangères. Mais cette unanimité apparente cache une relation complexe et paradoxale entre le peuple roumain et son ex-souverain.

Une période trouble

Mihai de Hohenzollern-Sigmaringen est né en 1921 à Sinaia, résidence d’été des rois de Roumanie. Il est le descendant d’une famille allemande installée à la tête de la principauté de Roumanie en 1866. Désigné héritier du trône suite à la fuite de son père avec sa maîtresse, il devient roi en 1927. Trois ans plus tard, son père Carol rentre en Roumanie et le petit Mihai redevient prince héritier. Carol II suspend le régime parlementaire et instaure la “dictature carliste”. Il mène une véritable guerre contre les légionnaires de la Garde de Fer, un mouvement extrémiste et fasciste. Quand éclate la Seconde guerre mondiale, la Roumanie perd ses alliés français et britannique et se voit contrainte de céder une partie importante de son territoire aux pays membres de l’Axe. De là naît la détestation encore présente du peuple roumain envers Carol II, accusé d’avoir permis le démembrement de la “Grande Roumanie”. Forcé à l’abdication par le maréchal et chef de l’Etat pro-nazi Ion Antonescu qui le soupçonne d’être anti allemand, il cède le trône à son fils.

Sauveur ou pantin ?

A dix-huit ans, Mihai devient un roi privé de tout pouvoir réel. Pendant ces années de guerre, il tient un rôle trouble : tout en protégeant de son mieux les intellectuels critiques envers le régime, il sert de caution en légitimité à Ion Antonescu. Il s’en éloigne peu à peu, jusqu’à le renverser en 1944 alors que l’Armée Rouge occupe déjà l’est du pays. Mihai ramène la Roumanie dans le camp allié et déclare la guerre à l’Allemagne nazie.

Dès l’année suivante, il est contraint par les Soviétiques de nommer un gouvernement à majorité communiste : une nouvelle fois, il apparaît comme le pantin d’une puissance étrangère. En 1947, le roi est contraint à l’abdication par les communistes, qui instaurent la République Socialiste de Roumanie. Privé de sa nationalité roumaine, il fuit le pays et se réfugie avec sa famille au Royaume-Uni puis en Suisse.

Un si long exil

A la chute du régime communiste en décembre 1989, Mihai demande en vain le rétablissement de la monarchie. Un an plus tard, il repose pour la première fois le pied en Roumanie, mais à peine a-t-il atterri à Bucarest qu’il est reconduit à la frontière : le nouvel homme fort du pays Ion Iliescu craint que sa présence ne fragilise le nouveau régime. L’année suivante, Mihai revient à l’occasion des fêtes de Pâques. Plus d’un million de personnes l’attendent à Bucarest et le supplient de rester. Cela suffit à effrayer le gouvernement, qui le prive de séjour pour cinq ans.

Ce n’est qu’en 1997 que le roi déchu se voit restituer sa nationalité roumaine. Quatre ans plus tard, le gouvernement lui restitue les bien de la maison royale dont le palais Elisabeth à Bucarest dont il avait été chassé un demi-siècle plus tôt.

Le dernier roi de Roumanie ?

Mais Mihai est un roi sans trône, qui vit dans un palais transformé en cantine pendant l’époque communiste. Il ne joue aucun rôle politique et les monarchistes roumains se comptent sur les doigts d’une main. Dans l’imaginaire roumain, il est demeuré une figure ambivalente : admiré pour sa dignité, sa résilience et son courage dans l’exil, il est aussi accusé d’avoir livré et abandonné son pays aux communistes.

Maintenant qu’il n’est plus, la question de la longévité de la maison royale roumaine se pose : le titre revient à sa fille Margareta qui n’a jamais vécu en Roumanie et est peu connue des roumains. La Casa Regală, institution récente et sans rôle officiel, survivra-t-elle à la mort de son roi déchu, dont le drame personnel a si bien reflété celui du pays ?

Ninnog Louis

Etudiante à SciencesPo, actuellement en Erasmus en Roumanie à la découverte des Carpates et de l’histoire roumaine.


1 Comment

  • Moldovan:

    Dans la photo que vous avez présenté c »est son père, le roi Carol II avec sa metresse,Elena Lupescu….

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