1917-2017 : Une simple addition d’instants

By: Rémi Monti

Visite de l'exposition à la Nouvelle Galerie Tretiakov de Moscou, qui compile plus d’une centaine d’œuvres diverses de l’année 1917, entre peinture figurative, abstraite, affiches de propagande et vidéos d’époque. De cette exposition je n’en ai retenu que des instants. L’année 1917 s’est ouverte à moi par les quelques secondes d’un coup de pinceau entrainé par le poignet d’un artiste, d’un message d’une affiche jadis proclamée à une foule, d’un hymne qui a retenti l’espace de quelques minutes. Une année résumée en une addition d’instants. Dans chaque œuvre de 1917 il y a une façon d’être son temps, son moment, alors quoi d’autre de mieux pour exposer la complexité d’une année que ces fragments d’un temps décisif.

La lumière de ces toiles, leurs couleurs, les affiches ont maintenant 100 ans. Années durant lesquelles elles ont gardé ce goût singulier d’une année qui leur a appartenu. Dans une exposition sur ce temps, plus besoin de s’accorder au présent. Tout se conjugue d’un passé qui questionne notre rapport au moment. Où notre temps en tant qu’affaire culturelle est suspendu tant l’on voit l’abondance qu’une seconde a à nous offrir, que cette seconde date de 1917 ou d’aujourd’hui. La seconde où le pinceau de Malevitch, de Chagall ou de Kandinsky a touché la toile avec suffisamment de puissance pour qu’on en ressente aujourd’hui l’écho.

Cette importance soulignée de l’instant doit nous transporter. Une bonne façon de se soustraire à soi-même est de mettre en perspective ce temps que nous avons tant de mal à nous représenter. Du sublime du gigantisme, quand on nous explique que la lumière des étoiles que nous voyons dans le ciel appartient au passé, au sublime de l’instant. Il faut être confronté à ce sublime de l’instant pour comprendre qu’il en faut si peu des secondes pour faire l’Histoire. Qu’il suffit d’être là pour être traversé par la substance de son temps. De créer pour le devenir, jusqu’à colorer ses révoltes, faire rimer ses messages, composer sur une toile ses volontés.

L’année 1917 n’est également qu’un instant, une seconde à l’échelle de l’Histoire mondiale. Mais cette exposition prend en photo l’année la plus importante de l’histoire moderne de la Russie. Les révolutions de février et d’octobre modifièrent le destin du pays et marquèrent le début des grands chamboulements du 20e siècle. Une année où le futur ne semblait pas encore inévitable et les conséquences de la révolution n’étaient pas encore envisagées. Une année durant laquelle certains artistes ont malgré tout souhaité échapper à cette réalité par le biais de créations distantes des problèmes modernes avec des tableaux rétrospectifs, fantastiques, érotiques ou autres portraits, souvent résultant de commandes de clients.

D’autres artistes ont mené une révolution parallèle. Malevitch prônant avec le suprématisme une révolution spirituelle et culturelle faite d’abstraction géométrique. Une volonté de libérer l’art et les esprits des objets et d’une ancienne façon de penser et de voir, outrepassant les arts figuratifs, qui restent majoritaires cette année-là.

Les œuvres présentes dans l’exposition, des affiches révolutionnaires aux portraits d’aristocrates Russes en passant par les représentations de Moscou de Kandinsky, n’ont rien en commun par leur message ou leur réalisation. Elles n’ont en commun que leur année de création.

Retour à ce temps donc, que même ces œuvres ne peuvent suspendre ou déformer, pas plus que créer. Un tableau n’est pas intemporel parce qu’il résiste au temps, il l’est seulement parce que c’est un guide à perceptions. Au-delà de communiquer un message, une façon de peindre ou la vision d’un artiste chaque œuvre est son époque. Tout temps est représenté par son vivant, tout vivant animé par son temps. Rien n’y résiste, pas même les Hommes qui ont tenté de le diviser, le classer, le rationaliser. En voulant l’apprivoiser nous n’avons fait que nous asservir à ce dernier. Nous sommes justes des réceptacles à instants et cette exposition a le pouvoir de nous le faire sentir.

Rémi Monti

Etudiant en deuxième année à Sciences Po Grenoble, actuellement en Erasmus à Moscou.


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