Découverte de la mosaïque paléochrétienne de Butrint

By: Elsa Pichon

Butrint, merveille de sud-ouest de l'Albanie est le site archéologique le plus visité du pays et pour cause : outre son cadre naturel exceptionnel, le parc est un microcosme de l'histoire de la Méditerranée, couvrant les périodes hellénistique, romaine, byzantine, vénitienne et enfin ottomane.

Fouillé pour la première fois en 1928 par des équipes italiennes, il fut pendant un temps convoité par Khrouchtchev pour en faire une base militaire avant que la fin des relations URSS-albanaises ne contredise ses projets en 1961. Il fut classé au patrimoine de l'UNESCO en 1992 et zone RAMSAR en 2003.

Naissance de l'iconographie chrétienne

L'une des pièce maîtresse de la ville antique est la mosaïque paléochrétienne du baptistère. En effet, le Ve siècle ap. J-C. voit le développement du christianisme dans la région. C'est à cette période que Butrint devient centre épiscopal et se dote des institutions religieuses.

Le baptistère est un bâtiment lié au début du christianisme et à la volonté de l'église de baptiser en masse l'ensemble de la population encore païenne. De plan centré il est munit d'une cuve baptismale dans laquelle les futurs chrétiens (enfants et adultes) devaient s'immerger entièrement pour être baptisés. La coupole qui couvrait le monument ainsi que les fresques sur les murs ont disparu.

Cependant, la mosaïque au sol est, quant à elle, dans un très bon état de conversation. Quasiment complète, elle est composée de cercles qui représentent des motifs végétaux, animaux et géométriques (entrelacs). Si l'iconographie paléochrétienne utilise encore des images païennes, elles sont bien souvent chargées d'une symbolique chrétienne.
Ainsi les sept cercles de la mosaïques qui mènent à la cuve peuvent être interprétés comme les sept sacrements du christianisme (le baptême, l'eucharistie, la confirmation, la réconciliation, l'onction des malades, le mariage et l'ordination) qui mènent à Dieu. Les motifs végétaux et animaux représentent l'ensemble de la création divine mais peuvent être lus séparément. Le lierre est le symbole de la vie éternelle alors que chaque médaillon animal est une métaphore. On retrouve souvent le poisson comme la figuration paléochrétienne du Christ car l'acronyme ichthus formé par les initiales des mots en grec ancien « Jesus Christ, fils du Sauveur » signifie le poisson en grec ancien. Le lièvre qui mange une grappe raisin évoque l'eucharistie.
Enfin sur le chemin pour aller à la cuve se démarquent deux scènes. La première, deux paons qui mangent des grappes de raisin sortant d'une coupe évoque l'eucharistie. Les paons, longtemps considérés à la chair imputrescible, symbolisent la vie éternelle.

La seconde, deux cerfs qui boivent dans une source divine, est la représentation du Psaume 41 de Saint-Augustin qui débute par « Comme un cerf altéré cherche l'eau vive, ainsi mon âme te cherche toi mon Dieu (...) », symbole du baptême. Deux des Sacrements majeurs de l'initiation au christianisme figurent donc sur la mosaïque. Enfin, les entrelacs sont la représentation de la vie éternelle et de l'infini.

Si la construction de l'édifice à été réalisée à la fin du Ve siècle ap. J-C, la mosaïque a été mise en place au VIe siècle. Cette véritable illustration de la Bible, pour une population majoritairement illettrée à l'époque, est composée de différents matériaux apportant différentes couleurs. Ainsi le blanc et le noir viennent de pierres provenant de la région, le rouge de la brique et le vert, le bleu et le jaune de la pâte de verre.

La finesse de sa mise en œuvre montre la dure labeur d'une véritable équipe d’artisans spécialisés. Bien que ce véritable chef d'oeuvre ait été conservé à travers les âges, il est la plupart du temps invisible. En effet, pour la protéger des UV du soleil qui détruisent les couleurs et de l'humidité du sol qui fragilisent la mosaïque, elle est couverte par une épaisse couche de sable dans l'attente d'une solution plus adéquate. La mosaïque est découverte seulement quelques jours dans l'année, comme c'est le cas jusqu'à la mi septembre. Une occasion de plus de découvrir le site unique de Butrint

Elsa Pichon

Je hante les ruines de Butrint l’été. En fourgon, en bus, ou à pieds sur les routes d’Albanie, pour faire découvrir le pays et son histoire en français pour les curieux.


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