Escapades dans le Nord albanais

By: Elsa Pichon

Si le nord de l’Albanie est encore préservé et assez méconnu du tourisme de masse, il n’en est pas moins gorgé de merveilles offrant des possibilités infinies pour les amoureux de la nature, d’histoire et de folklore.

La ville de Shkodra a toujours joué un rôle important en Albanie, notamment par son emplacement. Bordée par le lac de Shkodra, le plus grand des Balkans, et entourée de plusieurs cours d’eau (la Buna, le Kir, et le Drin, qui se jette dans l’adriatique), elle est un point stratégique. Capitale du royaume illyrien, elle devint un centre administratif et commercial très tôt, dès -260 avant notre ère, époque à laquelle elle frappait déjà sa propre monnaie.

Tout au long de son histoire, elle garda son importance économique et culturelle, devenant tantôt un centre religieux pour les Catholiques sous l’occupation vénitienne, puis un important chef-lieu sous l’Empire ottoman.

A la fin du XIXe siècle, elle devint l’un des points forts de la résistance contre l’Empire ottoman et de la renaissance albanaise. Plusieurs intellectuels de la région, notamment Pasko Vasa et Gergji Fishta, vont prendre part à la création de l’Albanie indépendante. Cependant, le communisme a contribué a dévaloriser la ville de Shkodra, comme tout le nord de l’Albanie. Enver Hoxha étant du sud de l’Albanie, il a toujours considéré les albanais du nord comme étant des « brutes » et des « montagnards ». C’est surtout l’importance du Catholicisme dans la région qui dérangeait le dictateur, et suite à une loi interdisant la pratique de ce culte, de nombreux membres du clergés furent persécutés, voire tués.

Shkodra a aujourd’hui perdu de sa superbe, mais est toujours une charmante petite ville dont l’absence de demande immobilière a permis de conserver l’urbanisme traditionnel des XIXe et XXe siècles ; avec ses maisons colorées aux façades soignées et ses cours remplies de vignes. A l’instar de Tirana, le centre de Shkodra a su garder son cachet et s’illustre par la facilité de se déplacer en vélo. Mais ce sont surtout les alentours de la ville qui méritent le détour.

Le château de Rozafa :

Le remparts du château de Rozafa surplombant le lac de Shkodra

Le château est établi sur une colline un peu excentrée de la ville actuelle, faisant face au lac et à la Buna. La forteresse témoigne des occupations passées de la région. Sa situation stratégique permettait de contrôler le lac, la Buna et l’arrière pays, de la vallée du Kir jusqu’aux montagnes lointaines. La ville ancienne, depuis l’époque illyrienne, devait se trouver sur le versant du château, en contrebas, vers les rives de la Buna.
C’est le changement du cours du la rivière qui a modifié plus tardivement l’implantation de la ville. Des périodes illyriennes et antiques il ne reste presque rien au château, les vestiges visibles datent de l’époque vénitienne puis de l’époque ottomane (du XVe siècle jusqu’au XXe siècle).

Au-delà des vestiges et du témoignage de l’histoire de la région, le château est célèbre pour une tragique légende. Au moment de sa mise en place, une malédiction empêcha l’équipe de finir sa construction. Le seul moyen de lutter contre cette malédiction fut d’y emmurer un être vivant. On raconte que Rozafa, la femme de l’ouvrier le plus honnête, y fût emmurée partiellement, laissant sortir de la muraille une partie de son corps pour prendre soin de son nouveau-né. La légende dit qu’elle s’est fossilisée et qu’elle est visible au sein de l’édifice. Une quête enivrante et un peu effrayante a mener dans le château à la tombée de la nuit.

Shiroke, balade sereine au bord du lac :

Shirokë et son panorama

L’un des avantages de Shkodër est qu’il possible de choisir entre la randonnée en montagne ou la plage ! Shiroka se trouve à quelques minutes en voiture et une heure et demi à pieds de Shkodër. Shiroka et Zogaj sont les derniers villages albanais avant la frontière avec le Monténégro, et ils rivalisent avec la quiétude de Pogradec. Ils permettent d’échapper au tumulte urbain et, selon la saison, de flâner ou de se rafraîchir dans le lac. Pour les curieux, ils offrent aussi la possibilité de se faire une idée de la vie loin des centres touristiques et de découvrir quelques trésors insolites. A Shikora, par exemple, on peut voir la villa abandonnée du Roi Zog, construite dans un style néoclassique au début du XXe siècle.
Enfin, si vous n’avez pas encore dégusté de la carpe lors de votre séjour sur la côte, Shiroka est rempli de petits restaurants au bord du lac qui en proposent, fraîchement pêchée, cuisinée soit au barbecue soit au four, avec une sauce de légumes.

Les alpes Albanaises

Le parc de Maranai dans la vallée du Kir.

Si vous n’aimez pas la plage et cherchez la fraîcheur, rien de tel qu’une balade dans les montagnes autour de Shkodër. Les alpinistes et randonneurs les plus expérimentés s’orienteront vers Theth et Valbona au nord, avec le second point le plus haut d’Albanie ; le mont Jezercë qui culmine à 2694 m d’altitude.
Pour les promeneurs plus paisibles qui veulent simplement découvrir des paysages à couper le souffle et des petits villages de montagnes, nul besoin d’aller bien loin, la vallée du Kir à l’est de Shkodra offre un véritable dépaysement ! Outre les balades dans le parc naturel de Maranai, ne manquez pas l’occasion d’admirer la rivière du Kir et l’ancien pont « ura e mesit » à Boks. Et peut-être y croiserez-vous Lord Voldemort, car les hautes montagnes albanaises ont longtemps été son refuge privilégié.

« Ura e mesit » à Boks

Elsa Pichon
Je hante les ruines de Butrint l'été. En fourgon, en bus, ou à pieds sur les routes d'Albanie, pour faire découvrir le pays et son histoire en français pour les curieux.
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