Balkan Trafik – les Balkans à Bruxelles

By: Doris Manu

On pourrait penser que si la plupart des pays des Balkans ne sont pas encore dans l’Union européenne et sont géographiquement assez loin du reste de l’Europe occidentale, leur culture reste présente et visible à Bruxelles, la capitale de l’UE. Cela est visible dans une certaine mesure, grâce aux rencontres heureuses ou à des événements culturels organisés qui mettent  l’art et la culture balkanique sous les projecteurs le temps de quelques jours.

Nicolas Wieers, directeur de production du festival Balkan Trafik, le sait très bien. Ce Belge passionné est en charge d’ un projet novateur, visant à faire connaître les Balkans dans son pays. Cette idée lui est venue suite à une rencontre avec un Albanais du Kosovo qui tenait un bar à côté de son ancien lieu de travail. Suite à cette belle rencontre, il s’est décidé à partir dans les Balkans où il fut confronté à la dure réalité des conflits de longue date entre les pays de la région et les traumatismes collectifs de ces sociétés, mais surtout à ses richesses comme la gastronomie, la bonne musique et l’accueil chaleureux de ses habitants. A son retour, il réfléchit à ce qu’il pouvait faire pour mettre en valeur cette région. L’idée brillante  de faire ressortir les choses positives et de surmonter les négatifs lui vint alors.

C’est ainsi qu’il fonda le Balkan Trafik pour célébrer et faire connaître la musique et la cuisine des Balkans et tout ce qui unit ces peuples au delà des différences linguistiques et religieuses.

Cette célébration annuelle fait déjà partie du calendrier du BOZAR – le Palais de Beaux-Arts de Bruxelles – depuis 11 ans et se termine symboliquement avec un grand horo / kolo, une danse en cercle exécutée par un groupe sur la place principale de la ville.

Cette année, le programme de la 11ème édition a été conçu pour satisfaire les exigences d’un public européen qui préfère les grands noms et ce qui est déjà établi comme « bon », mais également pour présenter des artistes célèbres dans leurs pays et moins connus à l’étranger.

Jeudi 20.04

Le festival s’ouvrit sur un concert d’un des plus grands noms de la musique serbe : Goran Bregović. Fort de sa renommée, l’artiste attira un public nombreux et diverses origines. Ainsi dans le public se cotoyaient des fonctionnaires de l’Union européenne, des jeunes expatriés européens et des membres diaspora des Balkans. La soirée fut également dédiée à la nouvelle création du compositeur, Trois Lettres de Sarajevo, une ode à la coexistence pacifique des cultures et des religions.

Marsida Bandili, Albanaise qui vit en Belgique depuis 4 ans, trouva à cet effet le concert de Bregović  brillant. « Tout le monde dansait: les gens de Balkans et de l’Europe, parce que la musique est le langage universel de la joie. Le concert était un mélange de la performance classique du BOZAR et la bande de Goran Bregović. Enfin, une expérience unique, à retenir pour toujours. », A l’image de cette jeune chercheuse de l’Université d’Anvers, tout le monde semblait apprécier le spectacle, le festival annonçait dès son premier jour la couleur : allégresse et fraternité. 

Vendredi 21.04

La journée du vendredi fut l’occasion pour les groupes moins connus de se lancer sur scène.
La Panika, une formation musicale cosmopolite par excellence, a su recréer l’esprit typique de la fanfare de village des Balkans, réussissant à faire en sorte que tout le monde danse dans la plus grande salle de Bozar. Au soir, l’ambiance au BOZAR ressemblait à celle du prestigieux festival serbe de Guča. En effet, il y avait aussi, dans une autre pièce, des Roms qui servaient des spécialités traditionnelles comme les pâtisseries et la viande grillée. Non loin de ce stand, un bar nommé « Balkan Café »  proposait de la rakija de prune tout droit venue de Serbie.

Au même moment, dans un autre coin du même bâtiment, l’ambiance nous emportait vers l’Albanie du Sud, où des hommes en costumes populaires faisaient découvrir aux visiteur le processus de fabrication du qeleshe ou plis (le chapeau blanc traditionnel d’Albanie) alors que Blerta Zhegu et le groupe Aman Duao animaient de leur musique classique avec une pointe folklorique la soirée. 

Quand le public eut quitté le hall après ce concert de musique classique, il fut accueilli par les groupes roumains de danse folklorique Codrii Neamtului et Floare de Colt, qui ont fait un spectacle fantastique sur la musique de Brussels Balkan Orchestra.

Si cette journée fut riche,  la nuit fut également magistrale grâce aux New York Gypsy All Stars. Ces derniers remplirent la grande salle du BOZAR, la clarinette macédonienne d’Ismail Lumanovski faisant danser frénétiquement la salle pendant plus d’une heure et ce malgré une température très élevée.

 

Le point culminant et la grande surprise de ce jour fut les turcs de BaBa ZuLa. BaBa ZuLa est passé maître dans le rock psychédélique d’Istanbul. Ce genre si particulier hérité du rock-folk turc des années 60, mêle musique anatolienne traditionnelle, Jazz, Reggae et sonorités électroniques. Non seulement ils ont créé une atmosphère formidable et une musique envoutante, mais ils ont aussi fait plusieurs déclarations politiques tout au long du concert.

Dans un coin de la salle ou BaBa ZuLa mettait en scène un véritable show, le public pouvait acheter du baklava turc et du lokum, ou boire une tasse de thé turc pour renforcer cette immersion culturelle complète.

 Après une courte performance des Albanais de Grupi Rinia, le concert de Zdob & Zdub mis fin à la nuit. Ce groupe moldave (http://hajde.fr/2016/02/19/le-son-de-la-semaine-5-zdob-si-zdub-videli-noch/) qui combine le hardcore et le folklore d’une manière unique et élégante a fait beaucoup plaisir aux Moldaves et Roumains présents à l’occasion car elle rappelle leur enfance.

(foto 8)

Un d’entre eux, Costin Miglan, a attendu avec impatience ce concert tout la journée et le spectacle a été, à son avis, « la cerise sur le gâteau ».

Samedi 22.04

Après cette longue nuit, la fête recommença au BOZAR le samedi après-midi. Ce jour-là, une autre opportunité d’écouter Aman Duo feat Blerta Zhegu et Brussels Balkan Orchestra se présenta, ravivant ceux qui n’avaient pu se rendre au au festival vendredi.
De plus, l’esprit de Guča pu être ressenti à nouveau grâce aux Macédoniens Nino Velickovski & Kumanovski Tamburasi, et l’Orchestre Kristijan Azimirovic de Serbie.

Finalement, les concerts de Mahala Rai Banda et de Taraf de Haidouks ont ressemblé encore une fois les roumains de Bruxelles et leurs amis qui ont dansé jusqu’à l’aube sur un mélange de Folk avec du Dub, Reggae et Soul.

Dimanche 23.04

La Grande Place de Bruxelles se remplis dimanche vers midi, car le Balkan Trafik sorti du BOZAR pour célébrer la diversité bruxelloise.

Les jeunes, les vieux, les touristes, les expatriés et les habitants vinrent observer et danser le horo / kolo.  Le terme «kolo» qui signifie «roue» et «horo» est dérivé du mot grec «horos», qui se réfère à une danse accompagnée de chansons, réalisée par un groupe.

Cette ancienne tradition commune à tous les pays des Balkans fut placée sous le signe de l’Union européenne et de la diversité. Toutes les variations régionales de horo /kolo y furent représentées.


Avec ce horo géant sur la Grande Place, cette édition des Balkans Trafik arriva à la fin. Riche, ambitieux et extrêmement bien réussi, le festival su mettre à l’honneur avec brio la culture de ces régions trop souvent méconnues dans nos régions. Loin de vouloir s’arrêter là, les organisateurs ont annoncé qu’une édition similaire se tiendrait à Paris les 2 et 3 Juin de cette année. De quoi prolonger le plaisir pour certain et de découvrir le festival pour les autres !

Toutes les informations sur le programme sont sur le site Balkan Trafik http://www.balkantrafik.com/fr/ et sur la page Facebook : https://www.facebook.com/events/1883660275249205/

Doris Manu
Doris est diplômée du Collège d`Europe à Bruges. Elle est également titulaire d'un Master en études sud-est européennes de l`Université de Belgrad. Elle a fait plusieurs stages au Kosovo, en Roumanie, en Serbie et en Croatie. Actuellement elle travaille à Bruxelles.

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