25e anniversaire du Patriarche orthodoxe de Constantinople: Récits du voyage, la Ville et les ‘Roums’

By: La famille Hajde

Nous avons eu l’honneur et la chance d’assister au 25anniversaire de l’accession au trône de Sa Sainteté Bartholomée Ier Archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome et Patriarche Œcuménique. La cérémonie s’est déroulé le 21 et 22 octobre dans cette ville magnifique sur le détroit du Bosphore, connu depuis toujours pour sa grande diversité culturelle et qui a récemment été le théâtre de tensions politiques.

Sa Sainteté le Patriarche ‘Archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome et Patriarche Œcuménique’ Bartholomée Ier pendant la messe célébrant le 25e anniversaire de son accession au trône, tenue le 22 octobre.

Le Patriarcat œcuménique existe depuis dix-sept siècles et puise ses racines dans la tradition chrétienne primitive encore plus ancienne que celles de l’Apôtre André. Il représente indubitablement une institution ancienne et honorable qui a subi de nombreuses modifications depuis 330/331 ap. J-C. Elles ont jeté ses fondements à la suite de l’établissement de la seconde capitale de l’Empire romain : la Nouvelle Rome, Constantinople. Durant la majeure partie du premier millénaire, les deux Rome, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, qui formaient les cinq premières Églises patriarcales, ont traversé des périodes successives d’unité et de schisme, non seulement en raison de la lutte pour la domination sur des questions religieuses, mais également pour le pouvoir politique. Ces tensions ont abouti au Grand Schisme, soit la division des Églises d’Orient et d’Occident. Après la chute de Constantinople en 1453 et sous l’Empire ottoman, le Patriarcat de l’Est était le représentant religieux et politique de tous les sujets ottomans chrétiens orthodoxes, lesquels formaient une communauté semi-autonome dans le système de millets.

L’église du Patriarcat constitue une basilique à trois nefs modeste mais en même temps aimable et mystérieuse. Après la chute de Constantinople, le Patriarcat a changé son siège plusieurs fois jusqu’à s’établir au Phanar (en turc : Fener), sa résidence actuelle. En 1941, un grand incendie a ravagé le Palais Patriarcal et sa restauration n’a pu débuter qu’au milieu des années 80.

 

La relation entre les Ottomans et le Patriarcat se caractérisaient par une certaine ambivalence, qui semble présente encore aujourd’hui dans la Turquie actuelle. Cependant, le Patriarcat de Constantinople a survécu aux 19e et 20e siècles. Cette période a été marquée par des troubles politiques, lesquels ont notamment entraîné la pendaison du Patriarche Grégoire V devant l’entrée du Patriarcat lors de l’insurrection grecque dans le Péloponnèse, ainsi que des vagues d’expulsions massives et mutuelles de populations entre la Turquie et la Grèce, sans oublier la sécularisation. Le Patriarche de Phanar (Tur. Fener Rum Ortodoks Patriği) est aujourd’hui considéré par les autorités turques que comme le chef spirituel de la minorité grecque orthodoxe du pays, devant porter la citoyenneté turque et respectant la juridiction nationale. Néanmoins, les chrétiens orthodoxes du monde entier considèrent encore aujourd’hui le Patriarcat comme le lieu saint et le garant de l’autorité suprême pour les questions religieuses. Ainsi, le Patriarcat de Constantinople et le Patriarche représentent non seulement le primus inter pares par rapport aux Églises autocéphales et autonomes orthodoxes de l’Ancien et du Nouveau Monde (parmi lesquelles figure l’éminente Église orthodoxe de Russie), mais également le chef spirituel de l’orthodoxie dans son ensemble.

La Sainte Messe, qui constituait le point d’orgue de la célébration du 25anniversaire de l’accession au trône du Patriarche Bartholomée (le 270e patriarche), a été célébrée le samedi matin dans la basilique de Saint-Georges. De nombreux dignitaires religieux et dirigeants politiques ont participé à l’événement, ainsi que des «Roums» (grecs orthodoxes) habitants de la ville ou venus spécialement pour l’occasion. La messe a été particulièrement touchante. Elle était plutôt modeste et rythmée par les chants orthodoxes accompagnés du discours éloquent du Patriarche. Sa Sainteté a déclaré : «la guerre dite religieuse ou sainte n’existe pas, car la paix elle-même est notre seul et unique devoir». La cérémonie s’est terminée par un concert de musique classique à la salle de réception ‘Sismanoglio Megaro’ du Consulat grec dans le quartier de Beyoglu à Istanbul.

Il convient de souligner le programme humanitaire international chargé du Patriarche. Le Patriarche Bartholomé 1er a notamment endossé un rôle important dans la lutte contre la xénophobie et en faveur des droits sociaux. Il a également œuvré pour la protection de l’environnement grâce à des discours prônant l’écologie, lesquels ont fait date parmi les dirigeants de ce monde. Même lors d’une conversation en face à face, il se distingue des autres dignitaires religieux voire des dirigeants politiques en ce que ses initiatives et ses discours encouragent à prendre des décisions positives au-delà du monde orthodoxe. À titre d’exemple, le Patriarche Bartholomée 1er s’est récemment rendu sur l’île de Lesbos, accompagné de son homologue catholique. À bien des égards, le Pape François et lui-même ont exprimé leur soutien inconditionnel aux réfugiés. En outre, il est connu pour être en faveur du dialogue interreligieux et interculturel pour le bien des peuples et au-delà des États-nations. Il a en ce sens œuvré aux bonnes relations de voisinage entre la Turquie et la Grèce.

«Phanarion», autrefois siège des puissants Grecs «Phanariotes», aujourd’hui en décrépitude.

Après la messe, notre groupe a été guidé dans les ruelles, ou «sokaks», du quartier de Phanar, qui était autrefois le quartier grec de «Phanarion» ( soit «le quartier du phare»). Nous y avons découvert l’histoire des origines de la communauté phanariote grecque, autrefois puissante et prospère, des fondations historiques comme le ‘Rum Fener Lisesi’ (Lycée grec de Phanar), ainsi que le destin des Roums d’Istanbul. Depuis la montée du ressentiment à l’égard des Grecs et du nationalisme turc moderne, la majorité des quelques 1,5 million de Roums a été «échangée» contre 500.000 Turcs habitant aux lieux du territoire grec moderne, ou a simplement été expulsée ou forcée à émigrer lors des vagues de violence interethnique. Par conséquent, le quartier de Phanarion, autrefois très vivant, s’est retrouvé abandonné, laissant ainsi le Patriarcat et le Patriarche dénués de ses anciens fidèles locaux. Aujourd’hui, la diversité règne dans le quartier. Ce que nous avons entendu et ressenti était tout simplement un respect parfait de cette diversité. Nous avons été particulièrement intéressés et intrigués par le quartier de Phanar, qui n’a plus rien de la ville fantôme d’autrefois. Il s’agit aujourd’hui d’un quartier plein de vie où les bâtiments délabrés et imposants du passé forment une mahallah des temps modernes, qui se transforme petit à petit en un quartier accueillant et convoité par les Turcs hipsters et alternatifs.

Fener Rum Lisesi (la plus ancienne institution pédagogique de l’hellénisme encore active aujourd’hui)

 

Les Grecs d’Istanbul, de l’île d’Imbros (le nom turc actuel officiel est «Gökçeada»), d’où est originaire le Patriarche, de l’île de Ténédos (en turc: «Bozcaada») située à proximité et, de l’autre côté, la population musulmane de Thrace occidentale en Grèce, auraient dû être une exception de l’«échange de population» mutuel entre la Turquie et la Grèce dans le cadre du Traité de Lausanne toujours en vigueur. ‘Panagiotatos’ Vartholomeos né Dimitrios Archontonis est originaire du petit village de Agioi Theodoroi sur Imvros, une île considérée comme périphérique par les Phanariotes qui régnaient traditionnellement sur le Patriarcat. Toutefois, grâce à ses études au sein du séminaire de Heybeliada (île de Chalki) et des institutions religieuses à Rome, en Suisse et à Munich ainsi qu’à son travail au service de la hiérarchie orthodoxe, il a accédé au trône de Constantinople, à l’instar du Patriarche Bartholomée Ier. Grâce au soutien et aux diverses initiatives du Patriarche, la communauté grecque orthodoxe, qui disparaissait rapidement, est de nouveau florissante depuis quelques années. Les Grecs originaires d’Imbros retournent sur leur île, bien que ces retours soient encore faibles. Les possibilités économiques sont envisagées, notamment le tourisme. Le plus surprenant est l’ouverture d’écoles pour la minorité grecque afin de contrer le recul de l’hellénisme sur l’île.

L’île d’Imvros ou Gökçeada : foyer de la petite et néanmoins vivante communauté hellénique.

 

Daniel Heler et Katerina Asanaki.

Les photographies ont été prises par Vasso Kseinou.

La famille Hajde

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