Simon Pitaqaj

Nous, les petits enfants de Tito

By: Anouk Lederle

À voir d’urgence jusqu’au 26 mars au Théâtre Le Colombier – Bagnolet – Métro Gallieni

Ecriture – mise en scène – jeu : Simon Pitaqaj /Collaboration artistique :Cinzia Menga et Samuel Albaric / Création sonore : Cyrille Métivier / Création lunimère : Franz Lainé

Simont Pitaqaj : auteur, metteur en scène et comédien

Kosovar de langue maternelle albanaise, Simon Pitaqaj est le fondateur de la Compagnie LIRIA (« liberté » en albanais), compagnie qu’il a créée au lendemain de la guerre d’indépendance du Kosovo en 2008. Depuis 2001, avec son frère, Nikson, il questionne ses origines et travaille sur la culture et l’histoire de ses racines les Balkans.

Simon Pitaqaj a fui son pays à l’âge de 15 ans. Contraint à l’exil, il s’est réfugié en France en 1989 pour échapper aux massacres qui ont endeuillé pendant de longues années l’ex-Yougoslavie. Il puise aux sources des origines historiques et mythiques de ce conflit déchirant.

Simon Pitaqaj a grandi dans une banlieue parisienne à Saint-Denis, où il a découvert le théâtre et est devenu comédien-conteur. Il parle à la première personne. Il se raconte et raconte l’histoire de son pays, celles des réfugiés, de tous les migrants d’aujourd’hui. Il expérimente le jeu et la lecture dans l’espace public. Simon Pitaqaj est aujourd’hui auteur, metteur en scène et comédien.

Récit de vie, récit d’exil

Théâtre Le Colombier

Théâtre Le Colombier

« Nous, les petits enfants de Tito » raconte l’histoire de Simon et l’histoire de l’ex-Yougoslavie, l’histoire singulière et l’histoire collective. C’est un travail sur la dualité, leitmotiv de la Compagnie LIRIA. Le moi et son double, entre raison et passion, entre les fantômes et les vivants, le rêve et la réalité, la mémoire et l’oubli.

« Nous, les petits enfants de Tito », c’est l’histoire d’un adolescent qui quitte son pays, son village natal, qui connaît l’exil et qui s’installe en France, dans la banlieue parisienne. C’est l’histoire d’un pays qui a implosé dans un conflit désastreux, une guerre civile et fratricide. Ce pays, c’est l’ex-Yougoslavie.

L’adolescent, c’est le comédien devenu adulte. Ce récit raconte la nécessaire adaptation, la confrontation à une autre culture, une autre langue, un autre rythme de vie. Ce sont des moments de bonheur intenses conjugués à de véritables cauchemars.

L’histoire de l’ex-Yougoslavie, Simon la porte avec lui, en lui. Ce sont ses racines, son héritage. C’est une histoire de violences, de conflits ethniques et religieux, de guerre ! Simon va tout faire pour s’en sortir et vivre une autre vie.

Accepter sa différence et combattre la malédiction

Simon est seul en scène. Il occupe tout l’espace. Le plateau est nu. Le dispositif est brut, minimaliste sans artifice. Les changements de tableau s’opèrent par les jeux de lumière et la musique. Simon incarne tous les personnages. Il se raconte à la première personne. À travers le récit de son enfance, il décrit son parcours initiatique. Il revendique sa culture qui est aussi sa différence. En ce sens, il combat ainsi la malédiction des légendes qui l’ont construit.

Le premier tableau s’ouvre dans la brume, la fumée du passé. Un faisceau vert scintille comme une source d’espoir. La silhouette du comédien se dessine. Il avance sur le devant de la scène et fait face au public. Survêtement blanc, lunettes de soleil : « Je suis un mafieux, je suis un mafieux comme tous les Albanais ».

Simon nous embarque dans son histoire, celle du jeune adolescent qui rêve d’aller à Paris, de quitter son village, son Kosovo natal. Il aspire à un monde meilleur. Simon nous bouleverse et nous impressionne. Il nous fait peur et nous fait rire. Il nous plonge au cœur de son univers baigné par les légendes des Balkans. Il raconte son identité, sa différence dans la plaine de Saint-Denis. Pour ses copains, Ahmed, Moussa, Rachid, Simon est à la fois serbe, croate, macédonien, bosniaque, monténégrin mais ni Kosovar et encore moins albanais. Simon, c’est le « Yugo » ou « Puska » le fusil. « À Saint-Ouen, c’est bien d’avoir un ami albanais. »

2e tableau. Flash back sur l’enfance où il est question de la promesse, de « besa » la parole donnée. Simon retrace sa traversée de l’Europe de Pristina jusqu’à Saint-Denis en passant par Belgrade. Il croit y voir des Tchetniks et tué Tito. Rêv ou réalité ?

3e tableau. Il s’ouvre sur un fond de musique rap. Une nouvelle légende un des mythes fondateurs le sacrifice du pont qui engendre une malédiction « Que tremble ce pont comme je tremble en ce mur ». Le sang, la boue, la guerre de merde, la guerre entre deux frères.

4e tableau. Le départ au ski à Val Thorens. Retour à la fumée, à la brume. Nouvelle lumière. Simon est coincé, piégé. « J’aime pas quand tout va bien. J’ai peur qu’il arrive quelque chose. »

5e tableau. La vision du grand père, le partisan qui lui offre son étoile. Les deux destins croisés, les destins des pères, des grands pères, les histoires qui semblent être les mêmes et qui peuvent pourtant être si différentes. Comme une litanie et comme un refrain, Simon repasse en boucle la scène du drame comme pour exorciser la malédiction.

Nous, les petits enfants de Tito

« Nous, les petits enfants de Tito » au Théâtre Le Colombier – Bagnolet

La pièce s’achève comme elle a commencé, retour sur la figure du conteur qui est aussi le comédien. Simon chausse à nouveau ses lunettes de soleil. « Je suis un mafieux, je suis un mafieux comme tous les Albanais ».

La lumière s’éteint. Nous quittons le conte pour retrouver la réalité. Et nous reviens en mémoire ce que dit Simon « Mon verbe est celui d’un étranger qui tente de franchir une frontière, celle des apparences. »

 

Anouk Lederle

De retour en France après un séjour de trois ans dans les Balkans, Anouk reste à l’écoute de ce qui se passe dans la région et depuis Paris. Titulaire d’un Master de Management et politiques culturelles passé à l’Université des arts de Belgrade, elle participe aujourd’hui à différents projets en tant que manager culturel.


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