Rila, le cœur religieux de la Bulgarie

By: Adrienne Charmet

Pour atteindre le monastère de Rila, il faut quitter Sofia par le sud, rouler une centaine de kilomètres et bifurquer à gauche, un peu avant la ville de Blagoevgrad, sur une petite route. Après une quinzaine de kilomètres de lacets, la route bute sur un ensemble compact de hauts murs : c’est le monastère de Rila. Austère vu de l’extérieur, posé au milieu des montagnes boisées du massif du Rila, il faut passer à pied la porte Est de l’enceinte, pour découvrir la beauté splendide du gardien, depuis le Xe siècle, de l’identité des traditions et de la culture de la Bulgarie.

Ivan Rilski et la fondation du monastère

Dans la grotte de Saint Jean de Rila – Adrienne Charmet

Le monastère de Saint-Jean de Rila a été fondé au Xe siècle. L’Histoire veut que Ivan Rilski (mort en 946) y ait installé une communautés d’ermites, après avoir lui-même passé des années comme ermite dans une grotte toute voisine, dans la montagne. C’est d’ailleurs là que le premier monastère a été construit, avant de déménager au XIVe siècle à l’emplacement actuel. On peut encore, en marchant quelques kilomètres dans les bois, grimper au milieu de la montagne par un sentier sinueux en forêt, et se rendre dans la grotte de saint-Jean, passer dans l’interstice entre deux rochers et se plonger dans le noir de l’ermitage ancien où brûlent quelques cierges, tandis que les murs autour sont remplis de vœux écrits sur des morceaux de papier insérés entre les pierres.

La religion chrétienne a été introduite en Bulgarie au IXe siècle, lorsque le roi des Bulgares Boris Ier «le Baptiseur» se convertit au christianisme sous l’influence de ses voisins byzantins. Ivan Rilski fut donc un des premiers chefs de communauté monastique en Bulgarie. Le monastère a été développé par des jeunes moines qui sont venus s’installer autour de l’ermitage et ont progressivement construit des bâtiments.

Au XIVe siècle, lorsque le premier monastère est détruit, un nouvel emplacement est choisi, dans un site plus accessible et impressionnant : les gorges de la rivière Rilski. Construit comme une forteresse, enrichi pendant tout le Moyen-Âge de dons des différents seigneurs et rois bulgares, Rila est un symbole de résistance et d’identité culturelle et religieuse contre l’Empire ottoman, qui conquiert la Bulgarie à la fin du XIVe siècle.

Le monastère de Rila, un joyau architectural et culturel

Les bâtiments actuels du monastère datent pour la plupart du XIXe siècle. Le monastère ayant brûlé en 1833, il a été reconstruit selon le style de la Renaissance bulgare, mouvement culturel, politique et architectural ayant marqué le renouveau du sentiment national bulgare (contre les Ottomans) de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XIXe siècle.

Le monastère est construit sur un plan de quadrilatère, avec l’église en son milieu, dans un espace intérieur de 8800 mètres carrés. Autour, les bâtiments monastiques ont très peu d’ouverture sur l’extérieur, mais offrent sur la cour intérieure une multitude de fenêtres, de galeries couvertes et d’escaliers extérieurs. Le monastère surplombe la rivière Rilski.

tour Hrelja – Mark Ahsmann (CC-BY-SA)

Le plus ancien monument du monastère, qui a survécu à l’incendie de 1833, est la tour Hrelja qui se dresse au milieu de la cour intérieure. Elle a été construite au XIVe siècle sous l’ordre d’Hrelja, aussi connu sous le nom de Stefan Dragovol, un seigneur de guerre d’origine serbe qui avait en possession les monts du Rila. La tour compte cinq étages et a été augmentée d’un vestibule au XIXe siècle. Sa vocation défensive est évidente, et il semble qu’elle ait pu servir de refuge aux moines lors des différents conflits de la fin du Moyen-Âge.

L’église a été construite par l’architecte Pavel Ioanov entre 1834 et 1837. Elle compte cinq dômes et deux chapelles adjacentes. Les murs extérieurs présentent des alternances de briques et de pierres blanches et noires, qui rappellent fortement l’influence mamelouk de l’Empire Ottoman. Les corridors extérieurs sont ornés de fresques religieuses. À l’intérieur de l’église, de nombreuses icônes et l’iconostase sont les œuvres des grands artistes de l’époque de la construction.

Les bâtiments conventuels du monastère sont construits avec une très grande unité de style, eux aussi dans une alternance de briques et de pierres blanches, avec des escaliers en bois qui mènent aux différents bâtiments. L’ensemble est d’une grande unité et d’une grande beauté, ce qui explique probablement, outre l’intérêt historique et symbolique du monastère, qu’il soit classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Rila, symbole et centre de l’identité bulgare

Le musée du monastère est une plongée dans l’histoire bulgare médiévale et moderne, avec notamment une série de manuscrits anciens et de matériel liturgique impressionnante. La bibliothèque compte plus de 116 000 livres, dont des dizaines de manuscrits médiévaux, certains en glagolitique (bulgare ancien). Rila est un haut-lieu de la langue bulgare contemporaine : un des higoumènes (supérieurs) du monastère de Rilan au XIXe siècle, Neofit Rilski (1793-1881) est en effet considéré comme le père du bulgare moderne : en 1835, il a publié la première grammaire bulgare moderne, et est également l’auteur de la première Bible en langue bulgare moderne (auparavant les Bibles étaient uniquement distribuées en slavon d’église, la langue liturgique ancienne du monde orthodoxe). Il a passé presque toute sa vie au monastère de Rila et y est enterré.

Neofit Rilski – Archives nationales bulgares

Une autre figure, plus inattendue, est enterrée à Rila : James David Bourchier (1850-1920). Ce journaliste irlandais, correspondant du Times dans les Balkans, a servi d’intermédiaire lors des guerres balkaniques de 1912-1913. Grand amoureux de la Bulgarie (malgré ses dénonciations des exactions contre les bulgares musulmans), il a défendu ardemment la cause bulgare lors des différents traités avant la Première guerre mondiale. Lors de sa mort en 1920, son corps a été exposé à la cathédrale de Sofia puis, grâce à l’autorisation du roi Boris III, enterré selon sa volonté à Rila.

Dans la culture bulgare, le monastère de Rila est à la fois un lieu central de foi, un condensé de l’histoire nationale et le symbole de la richesse culturelle et religieuse orthodoxe bulgare, notamment face aux Ottomans. Le monastère tient donc une place essentielle dans l’histoire et les représentations nationales du pays. La chapelle construite sur l’unique base bulgare en Antarctique est d’ailleurs dédiée à Saint-Jean-de-Rila.

Vigile pascale à Rila – Adrienne Charmet

Le monastère de Rila est aujourd’hui un des sites majeurs du tourisme en Bulgarie. Pourtant, on y est frappé par l’ambiance religieuse qui y règne, la population importante qui y vient pour les fêtes religieuses malgré l’isolement du lieu, et l’austère beauté de l’ensemble du site. La dizaine de moines qui vit encore au monastère entretient l’ambiance de piété sévère du lieu, et héberge les touristes ou pèlerins qui se satisfont du confort très spartiate du monastère.

Adrienne Charmet

Slavophile amateure et autodidacte, vadrouillant dans l’Est depuis une vingtaine d’années à intervalles irréguliers. Je me nourris de musique et de littérature le reste du temps, et d’Internet aussi.


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