Dans les lagons de Divjaka, jumelles à la main

By: Louis Seiller

Texte et photos : Louis S.

Les différents lagons sont les joyaux de Divjaka, l’un des principaux parcs nationaux du pays. Entre forêts de pins et zones humides, le site abrite une biodiversité exceptionnelle. Depuis 1994, ce riche complexe lagunaire est reconnu à l’international par la convention Ramsar. Plus de deux cents oiseaux différents y sont recensés dont de nombreuses espèces menacées. La magie du site opère particulièrement en hiver, lorsque les populations du Nord de l’Europe viennent profiter du soleil et de la clémence du climat albanais.

Le professeur Taulant Bino connait bien la lagune de Karavasta. Depuis plus de vingt ans, il se rend plusieurs fois par mois sur le site et réalise ainsi un suivi des populations d’oiseaux. Ces journées internationales d’observation sont primordiales pour enrichir les connaissances sur le patrimoine naturel du pays. « La côte nord du pays est très appréciée des oiseaux d’eau avec de nombreux lagunes et marais. Cette année, nos différentes équipes sont plutôt bien organisées et nous allons observer les principales zones humides de tout le pays. » Pionnier et expert en la matière, Taulant coordonne ces journées qui ont pour principal objectif de mieux connaitre les populations d’oiseaux d’eau du pays. A peine plus grande que la Bretagne, l’Albanie compte néanmoins dix-huit zones d’importance.

L’observation débute tôt le matin, le gel est encore là.

Dès les premiers rayons du jour, les longues-vue et jumelles sont de sortie à Divjaka. D’une superficie équivalente à plus de 6 000 terrains de football, le site est immense et, pour mener à bien ces observations, il ne faut pas trainer. La méthode est bien rodée et malgré des températures fraîches, le comptage va durer jusqu’à la tombée de la nuit.

Le pélican frisé, symbole du parc – Ce pélican frisé (Pelecanus Crispus) a été blessé à l’aile l’an passé, il garde des soins reçus une familiarité déconcertante. Comme lui, ils sont nombreux à se plaire dans l’étonnant complexe lagunaire de Divjaka. Le site héberge ainsi la plus grande colonie d’Albanie, ce qui représente 5 % de la population mondiale. Ce large oiseau listé comme espèce vulnérable est particulièrement sensible aux dérangements et aux pollutions.

Taulant se montre plutôt satisfait des premiers résultats. « Cette année, les oiseaux sont disséminés à travers tout le parc, alors qu’auparavant ils étaient concentrés essentiellement dans quelques zones. En plus, les groupes sont très mélangés. » Le difficile travail mené avec les gardes régionaux porte ses fruits, les oiseaux semblent de nouveau à leur aise.

Rien qu’à Divjaka, ce sont près de 40 000 oiseaux qui seront observés ce dimanche. Et au niveau national, « c’est au moins 50,000 de plus par rapport à l’an passé! », s’enthousiasme Taulant. Près de 160 000 oiseaux sont ainsi recensés à travers les différentes zones humides du pays. Parmi eux, beaucoup d’espèces en danger. Ces chiffres devraient rassurer les différents acteurs et associations environnementales qui œuvrent à protéger et mettre en valeur les zones naturelles albanaises les plus en vue.

Observation de la lagune.

Le parc de Divjaka comme tous les autres espaces naturels albanais a été particulièrement affecté par l’instabilité politique et la perte d’autorité de l’État lors des deux dernières décennies. Pêche à la dynamite, coupes de bois effrénées, constructions illégales, pollutions diverses, … La situation globale s’est nettement améliorée, la chasse reste néanmoins une menace majeure, particulièrement pour les populations d’oiseaux qui viennent hiverner dans le pays. L’interdiction totale d’abord mise en place pour deux ans a été prolongé de cinq ans. Malheureusement, les coups de feu sont encore fréquents, même à Divjaka, l’un des endroits les plus protégés.

Plus de 1 500 flamants roses ont été comptés ce dimanche.

Malgré les résultats positifs de ces journées d’observation, beaucoup d’acteurs environnementaux se désolent de la persistance de ces pratiques. Tous travaillent à faire comprendre que ce n’est pas seulement la survie des populations d’oiseaux qui est en jeu. La sauvegarde de la biodiversité et des ressources que la nature apporte à tous les être vivants concerne en premier lieu les habitants de la région. Cette mission de sensibilisation est délicate, les personnes, souvent très pauvres, trouvent dans ces espaces naturels un simple moyen de survie. À Divjaka, les eaux poissonneuses de la lagune sont pour beaucoup la principale source de revenus.

Malgré l’interdiction, la chasse bat son plein.

En première ligne face au problème de la chasse, les gardes régionaux apparaissent quelque peu démunis. Très peu payés et mal équipés, ils ne disposent même pas d’uniformes, difficiles dans ces conditions de faire respecter les lois. La situation évolue toutefois de façon positive, ils ont par exemple été associé à ces journées internationales d’observation. Les former à la connaissance naturaliste est une première étape vers une meilleure protection du patrimoine naturel albanais. Mieux préparés, ils contribueront ainsi à préserver la diversité des espèces animales et végétales présentes dans le pays. Ils pourront également partager leurs connaissance, lorsque les touristes arrivent aux beaux jours.

Premières victimes : les canards nordiques qui viennent passer l’hiver en Albanie, comme ces canards siffleurs.

Louis Seiller

Après quelques années à enseigner le français ici et là, je me suis installé en Albanie, un pays à part, beau et attachant, sur lequel j’écris.


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