Klaipėda, la ville objet de toutes les convoitises

By: Charlyne Thiery

Klaipėda, qu’on appelait Memel au début du XIIIe siècle, est la principale station balnéaire de Lituanie, sur les rives de la mer Baltique. Vous avez peut-être entendu parler de cette ville pour ses plages, son décor idyllique et ses dunes (les deuxièmes plus grandes d’Europe). Mais saviez-vous que Klaipėda a pendant longtemps été l’objet de conflits entre Allemands, Polonais, Lituaniens et même Français ?

Memel, une ville convoitée

Illustration de la forteresse de Memel

Les premiers siècles d’existence de la cité allemande furent houleux. Fondée au XIIIe siècle par des chevaliers allemands, Chrétiens de l’ordre Teutonique, Memel fut, tout au long de son existence, l’objet de toutes les convoitises. Situé au nord-ouest de ce qu’est aujourd’hui la Lituanie, le territoire de Memel, où les Teutoniques avaient fondé une forteresse, profite d’une situation idéale, à mi-chemin entre les territoires d’Europe Occidentale et d’Europe du Nord, sur les rives de la mer Baltique. Réel point stratégique, Lituaniens, Polonais, Allemands et plus tard Français se sont longtemps disputé le territoire, à tel point que Memel appartint tantôt aux uns, tantôt aux autres. En effet, dès la construction de la forteresse de Memel au milieu du XIIIe siècle, celle-ci était régulièrement attaquée par le Grand Duché de Lituanie, désireux de se l’approprier. Ce n’est que plus tard, sous le Royaume de Prusse auquel le territoire de Memel fut attaché au début du XVIIIe siècle, que la ville devint une terre prospère, symbole de commerce, de force et de résistance. Et si la ville appartint à l’Empire Allemand de la fin du XIXe siècle jusqu’en 1918, la majorité de sa population demeurait lituanienne et parlait donc lituanien. Ainsi, si Memel fut dirigée par de nombreuses forces politiques différentes, sa population, elle ne changea que peu, et au fil du temps, des désirs d’indépendance se firent de plus en plus sentir.

Et la défaite des allemands à la fin de la première guerre mondiale apporta un profond changement dans Memel, qui sera crucial pour son avenir. Ainsi, en 1918, le Traité de Versailles attribua la gestion des territoires occupés par l’Allemagne aux membres de l’Entente, vainqueurs de la guerre. Memel fut ainsi détachée des Allemands, et dès 1920, des centaines de soldats français s’installèrent dans la ville avec le but de maintenir l’ordre dans la région.

« Nous sommes un peuple, une terre, une Lituanie »

Parade militaire lituanienne dans Klaipeda

Cependant, les habitants de Memel parlant majoritairement lituanien, des envies d’indépendance se firent de plus en plus sentir dès le but du XXe siècle, et l’arrivée des troupes françaises de l’Entente exacerba ces désirs. En effet, des enquêtes datant du début des années 1920 montrent qu’une grande majorité de la population de Memel, plus communément appelée Klaipėda par les lituaniens, était en faveur de la création d’un Etat libre. C’est ainsi qu’en 1921 le territoire acquiert, avec l’accord de l’Entente qui ne peut pas vraiment résister, son titre d’Etat indépendant et se dote d’un drapeau.

Seulement, Polonais et Lituaniens se disputaient toujours la région. Si les Polonais parvinrent à influencer l’écriture des statuts du territoire indépendant en sa faveur, la Lituanie décida d’aller plus loin, et l’annexa peu après l’écriture des statuts : début 1923, la République de Lituanie (toute jeune République fondée en 1919), envoya environ 1500 soldats et, avec l’aval de l’Union soviétique et de l’Allemagne, s’empara sans grande difficulté de Klaipėda. Les forces françaises présentes sur place, alors trop peu importantes pour s’opposer à une telle annexion, accepta ainsi de transférer la gestion de la région de Klaipėda à la Lituanie. D’ailleurs, aujourd’hui, le monument d’Arka, imposante installation de 150 tonnes implantée au coeur de la ville à l’occasion du 80e anniversaire du rattachement de Klaipėda à la Lituanie, rappelle l’importance de la ville et sa région pour le pays. Sur le haut du monument sont inscrites les paroles de la poète lituanienne Ieva Simonaitytė : « Nous sommes un peuple, une terre, une Lituanie ».

La guerre dévastatrice

Hitler arrivant dans Klaipeda

Mais la montée des tensions internationales en 1939 relancèrent la question de Klaipėda : qui devait diriger le territoire ? En 1939, l’Allemagne lança un utlimatum à la Lituanie, le territoire de Memel devait revenir aux Allemands, qui l’avaient fondé, sans quoi le Reich l’envahirait. Trop faible et trop peu soutenue face à la montée en puissance de l’Allemagne, la Lituanie fut obligée de céder Klaipėda et son territoire à Hitler et ses soldats peu après. La Seconde Guerre Mondiale fut dévastatrice pour la ville, la vidant de sa population. Effrayés par les affrontements de plus en plus proches, les habitants de Klaipėda fuirent rapidement après son annexion.

Dès la fin du conflit, Klaipėda, vide de ses habitants (la cinquantaine d’habitants restés furent massacrés pendant la guerre, au milieu des combats entre l’Allemagne nazie et l’armée soviétique, comme le raconte Guy Sajer dans Le soldat oublié)fut annexée par l’URSS. Sous occupation soviétique, Klaipėda développa son commerce et son port, sa population grimpa jusqu’à 200 000 habitants. A cette époque, les habitants de la ville venaient de toutes les régions d’URSS : Lituanie, Russie, Ukraine, Biélorussie… Et si les personnes originaires de Russie étaient dominants tout au long de l’ère soviétique, la mort de Staline encouragea plus de Lituaniens à se déplacer à Klaipėda, en faisant la plus grande communauté de la ville.

Aujourd’hui, la principale station touristique de Lituanie

Klaipėda est à présent la troisième ville de Lituanie, après Vilnius, la capitale, et Kaunas. Très touristique, la ville qui fut longtemps disputée est aujourd’hui jumelée avec plus de vingt villes étrangères, dont quatre sont allemandes. Dotée d’une université à la fin des années 1990, l’activité culturelle de la ville s’est peu à peu développée, avec notamment la création de nombreux festivals, d’institutions germano-lituaniennes ou même anglophones, et le tourisme de la ville s’est étendu en raison de la cohabitation entre ancien et moderne. Des bâtiments d’architecture plutôt allemande et scandinave qui reposent à côté de sculptures monumentales, et de la beauté des paysages de la côte Balte. Récemment, Klaipėda a dépassé Riga, capitale de la Lettonie, en terme de fréquentation de bateaux croisières. Et chaque été, la ville organise au mois de Juillet son Festival de la Mer, fait de concerts, d’évènements culturels et sportifs au tour du thème de la Mer, qui attire toujours plus de visiteurs.

Au fil des siècles, Klaipėda, qui fut aussi appelée Memel ou Memelburg en allemand, est passée sous beaucoup de régimes politiques. Ces nombreuses occupations et les querelles fréquentes entre différents pays à propos de la ville ont fait de cette station balnéaire ce qu’elle est aujourd’hui : une ville multi-culturelle, différente du modèle classique lituanien, riche de son histoire et de sa culture particulière.

Charlyne Thiery
Co-rédactrice en chef
Etudiante à Sciences Po Grenoble après un an à Vilnius, voyageuse en Europe, amoureuse en Turquie.

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