Les Îles des Princes, paradis d’un autre siècle à quelques kilomètres d’Istanbul

By: Charlyne Thiery

Des joyaux qui semblent encrés dans une autre siècle, c’est ainsi que l’on pourrait décrire les Îles des Princes (Prens Adaları en turc). Visiter cet archipel, c’est vivre au son des sabots des chevaux qui trainent de lourdes calèches, c’est en prendre plein la vue avec des couchers de soleil exceptionnels et des paysages à en couper le souffle, c’est plonger au coeur de l’histoire de la Turquie et des différents empires qui se sont approprié les neufs îles qui le composent…

C’est à une vingtaine de kilomètre au sud d’Istanbul, dans la mer de Marmara, que se situent les Îles des Princes. Point stratégique proche du Bosphore qui sépare Istanbul en deux et délimite la frontière euro-asiatique, l’archipel est composé de neuf îles, dont quatre sont actuellement habitées. Si ces îles accessibles en ferry depuis Istanbul sont un incontournable pour les centaines de milliers de touristes qui visitent la plus grande ville de Turquie chaque été, au printemps, elles montrent un tout autre visage. Pas ou peu de touristes, climat idéal et paysages hors du temps : c’est un vrai paradis que l’on découvre en arrivant sur les légendaires Îles des Princes.

Des Îles ancrées dans l'histoire ottomane

Les Îles des Princes tiennent leur nom d’une tradition byzantine : l’archipel était un lieu d’exil des aristocrates disgraciés, ceux dont l’Empire ne voulait pas et qu’on envoyait en isolement sur ces îles. Büyükada, la plus grande île de l’archipel dont le nom signifie littéralement « grande île », a accueilli au sein d’un couvent de nombreuses impératrices, femmes, soeurs, mères ou filles d’empereurs déchus, princes et princesses que l’on ne voulait pas près de l’empereur, ceux que le pouvoir craignaient.

A partir du XIXe siècle les Îles des Princes devinrent une tendance, un lieu privilégié de villégiature pour de riches familles ottomanes qui y firent construire d’imposantes résidences. Arméniens Grecs ou Ottoman, on affluait de tout l’empire et ses environs pour s’installer sur les célèbres îles le temps d’un été. Parmi toutes les personnalités qui ont séjourné sur Büyükada depuis l’empire Ottoman, entre les empereurs et les familles turques, grecques ou encore arméniennes, on trouve Léon Trotski. Le révolutionnaire bolchévique a en effet vécu les premières années de son exil de l’Union Soviétique sur l’île ; quatre ans pendant lesquels il a écrit son ouvrage, Histoire de la révolution russe.

Des Îles au patrimoine multiculturel

Toutes ces visites ont laissé aux îles ce qu’elles ont de plus précieux : une architecture incroyable, des demeures et bâtiments imposants sortis tout droit d’un autre siècle, mélangeant cultures et styles. Chaque île a d’ailleurs plus ou moins son style, influencé par une histoire bien particulière, par les différentes cultures qui ont intégré les îles. On peut visiter sur l’île de Büyükada un monastère datant du VIe siècle, Aghia Yorgi, ou même une mosquée construite au XIXe, qu’on appelle Hamidiye. L’île d’Heybeliada quant à elle a accueilli la première école de commerce ottomane privée ainsi que l’Académie Navale Ottomane. Enfin, sur Burgazada, la troisième île en termes de taille, se trouve un monastère dont la légende dit qu’il a été construit sur les ruines d’un ancien temple grec.

Aujourd’hui, les habitants de l’archipel font tout pour conserver son authenticité et son héritage historique et culturel. Beaucoup de Grecs vivent encore sur l’archipel en raison de ses forts liens avec le pays d’Hercule, et la langue Hellénique est encore pratiquée dans certaines familles, c’est pourquoi il est tout à fait plausible d’être accueilli sur l’île par un « Kalimera! » [« bonjour » en grec], aussi bien que par un « Merhaba! » [« bonjour » en turc].

Et pour tout le brassage culturel que les Îles des Princes ont vu passer, de nombreuses églises, mosquées et synagogues cohabitent et sont encore en activité. Pour préserver une petit côté historique, exit les voitures : sur les Îles des Princes on ne circule qu’en vélo, en mobylette ou mieux, en calèche. En effet, il est possible de se déplacer à bord des Fayton, ces calèches qu’on dirait sorties de films anciens, pour le bonheur des touristes.

Des Îles victimes de leur succès

Et justement, des touristes, sur les Îles des Princes, il y en a beaucoup. Surtout l’été, dès mi-juillet et jusqu’à fin-août, des centaines de milliers de stambouliotes et de touristes étrangers débarquent sur les îles, souvent pour des tours d’une journée en raison de la proximité de l’archipel avec Istanbul. Au départ des quartiers d’Eminönü, de Kabataş ou de Kadıköy, deux heures de ferry suffisent pour rejoindre la première île, la plus proche des côtes turques, Kınalıada (l’île « du henné » pour la couleur sombre de ses terres). Outre ces visites journalières, les Îles des Princes sont toujours un lieu de villégiature estivale pour de nombreuses familles turques, et la population de l’archipel, qui est d’environ 7 000 habitants en période creuse, grimpe jusqu’à 40 000 habitants en été.

Malgré tout, en évitant les périodes d’affluence, les Îles des Princes restent un vrai joyaux posé dans la mer de Marmara. Un bijou que le temps semble n’avoir presque pas touché et qui vaut vraiment le détour.

Charlyne Thiery
Co-rédactrice en chef

Master Communication Politique et Institutionnelle à Sciences Po Grenoble. Ex-Erasmus à Vilnius, amoureuse du voyage et de la Turquie.


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