Dans un climat de méfiance, les Moldaves vont élire leur président

By: La famille Hajde

La République de Moldavie s’apprête à élire son président, ce dimanche 30 octobre, au terme d’une campagne âpre et à rebondissements, où le scandale du milliard de dollars disparu a éclipsé la division traditionnelle entre candidats pro-européens et pro-russes.

Ce dimanche 30 octobre, les citoyens moldaves se rendent aux urnes pour élire leur président. Une première depuis 1996, puisque le chef de l’Etat, dont les prérogatives restent davantage protocolaires dans cette république parlementaire, était choisi par une majorité qualifiée des députés par la suite. La décision de repasser au suffrage universel cette année procède de deux principaux facteurs : éviter la crise institutionnelle qui avait miné la Moldavie entre 2009 et 2012 – trois présidents intérimaires s’étaient alors succédé avant la nomination de Nicolae Timofti, et accorder à la population la possibilité d’élire elle-même son président suite aux manifestations qui ont secoué le pays depuis l’année dernière.

Dès le processus qui a mené à son indépendance, et du fait de sa démographie et de son histoire récente, la République de Moldavie a toujours été très polarisée, entre forces roumanistes et moldovénistes, entre partis pro-européens et pro-russes. Cette situation tendue a abouti, dans les soubresauts de la chute de l’Union soviétique, au conflit transnistrien et à l’autonomie, de facto mais non de jure, de cette petite bande de territoire située sur la rive gauche du Dniestr.

En 2009, après huit années de gouvernement communiste, les élections d’avril ont une nouvelle fois montré le potentiel explosif de la jeune république puisque de violentes manifestations (mise à sac du parlement et de la présidence, arrestations arbitraires, vandalisme) ont éclaté. La jeunesse, soutenue par les partis d’opposition, protestait alors contre les fraudes électorales qui auraient permis la victoire du parti communiste, et accusait ce dernier d’avoir provoqué une agitation démesurée. De nouvelles élections ont eu lieu deux mois plus tard et ont renversé le pôle d’attraction du gouvernement, puisque la coalition pro-européenne (appelée « Alliance pour l’Intégration Européenne ») parvenait au pouvoir. L’impasse institutionnelle débute alors jusqu’à de nouvelles élections, en novembre 2010, et au compromis survenu en 2012 quant à l’élection, par le parlement, du président Timofti, sans altérer pour autant les efforts d’un gouvernement à la poursuite de la direction européenne qu’il s’est fixé.

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Victime d’un pillage organisé

Malgré certaines avancées sur le plan de son rapprochement avec l’UE (libéralisation des visas, accord d’association), les partis pro-européens semblent aujourd’hui en bout de course, inspirant déception et méfiance. Déjà lors des dernières élections législatives, en 2014, ces derniers n’avaient dépassé les partis pro-russes que d’une courte tête. Cependant, si le clivage gauche-droite n’a que peu de relevance dans le pays, le clivage pro-UE/pro-Russie s’est également dissipé dans cette campagne électorale. La polarisation se cristallise autour du plus grand scandale financier que le pays ait connu, lorsque plus d’un milliard de dollars (équivalent à 12% du PIB national) se sont évaporés de trois banques du pays en novembre 2014. La découverte de ce pot aux roses a déclenché l’incrédulité puis la fureur d’une population face à un gouvernement considéré comme complice de ce braquage en règle, qui suit un schéma ô combien complexe empêchant de retrouver la trace des sommes enfuies. Les manifestations ont débuté au printemps 2015, et les tentes d’occuper l’espace public du centre de la capitale Chişinău dès l’automne, indiquant la volonté de leurs propriétaires de faire durer le mouvement jusqu’à ce qu’un changement significatif s’opère du côté du pouvoir.

Derrière ce scandale financier, outre certaines élites politiques déjà désignées et sous le coup d’un procès (Vlad Filat, Ilan Shor), les manifestants soupçonnent l’action d’un oligarque, qui contrôlerait le jeu politique, économique, judiciaire et médiatique du pays : Vlad Plahotniuc. Officiellement vice-président du Parti Démocrate de Moldavie, il est accusé d’être le principal « marionnettiste » d’un État « capturé », c’est-à-dire d’une corruption politique systémique, à tous les niveaux d’un Etat faible, afin de faire primer ses intérêts privés sur l’intérêt général. Un rôle opaque que le président Timofti lui-même a insinué lorsqu’il a refusé sa candidature pour le poste de premier ministre, au motif qu’il « existe des suspicions raisonnables que Monsieur Plahotniuc ne satisfait pas aux critères d’intégrité nécessaires à sa désignation ».

Les forces en présence

Ainsi, les élections de ce dimanche sont, sans surprise, extrêmement polarisées entre les partis au gouvernement et les partis d’opposition. Ces derniers ont décidé d’unir leurs forces sous la candidature commune de Maia Sandu, ancienne ministre de l’Éducation et dont la candidature a récemment reçu le soutien du Parti Populaire Européen. Elle est créditée par la majorité des sondages d’intentions de vote d’une place au second tour, face à celui qui caracole en tête de ceux-ci : Igor Dodon, candidat du Parti Socialiste de la République de Moldavie et soutenu par l’électorat communiste. Son parti avait réalisé une percée historique lors des dernières élections législatives de novembre 2014, mais reste cantonné à l’opposition car son orientation pro-russe est incompatible avec les aspirations européennes de la majorité en place.

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Derrière le duo de tête, figurait le candidat du Parti Démocrate de Moldavie (PDM), Marian Lupu, cristallisant les craintes de l’opposition tant il symbolisait le candidat « du pouvoir », avec toutes les implications que cela renferme en termes de campagne, de présence médiatique, voire de fraudes. Mais le PDM a surpris son monde en annonçant, ce mercredi, le retrait de son candidat à la course présidentielle, officiellement pour « soutenir la seule candidate pro-européenne qui a des chances de battre le candidat pro-russe au second tour ». Une stratégie confuse tant Maia Sandu, de par son obstination à se dresser contre les « oligarques au pouvoir », était la principale cible des attaques du PDM durant la campagne. La candidate n’hésite pas à affirmer que « le cirque continue » et que cette décision a été prise par le vice-président du PDM, pour la « discréditer » et pour faire élire le candidat socialiste, « qui aboie fort mais ne mord pas », dès le premier tour. D’aucuns y voient également une manière d’éviter une défaite électorale inéluctable qui entamerait l’image, et la légitimité, du parti du gouvernement.

Difficile de prédire si ces élections vont changer grand-chose à la situation actuelle de la République de Moldavie, empêtrée qu’elle est dans une série de problèmes (précarité, crise migratoire, faiblesse institutionnelle, corruption, sans oublier la présence d’une république sécessionniste autonome à sa frontière) qu’un président seul ne pourrait résoudre d’un tour de main. Toutefois, dans ce contexte anxiogène, où la méfiance de la population envers sa classe politique atteint des records et où le changement des dirigeants du pays et la lutte contre la corruption sont ses principales préoccupations, les résultats qui sortiront des urnes ce dimanche, à commencer par le taux de participation, donneront une indication claire quant à la matérialisation, ou non, de ces aspirations et quant à la direction que celles-ci pourraient prendre à l’avenir.

Par Mathias Solnigh

Crédits photo : © Robin Koskas

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