Pusha Petrov

« Soba », espace intime et/ou cérémoniel. Exposition de Pusha Petrov

By: Anouk Lederle

Bonjour Pusha Petrov, vous êtes de retour en France pour quelques jours à l’occasion de votre exposition « Soba » à l’Institut culturel de Roumanie. Pourquoi avoir choisi ce titre « Soba » ? Ce n’est ni un mot roumain, ni un mot bulgare ? Que signifie-t-il ?

Soba - Pusha Petrov

invitation exposition

A l’origine, c’est un mot hongrois « Szoba ». Dans le Banat, tout le monde comprend que « Soba », c’est la chambre, c’est un régionalisme. Je l’ai écrit comme on l’écrit dans la communauté bulgare du banat « Soba ». Ce mot a aussi des racines turques. Je voulais dédier cette série à la communauté bulgare de Dudestii-Vechi, où j’ai vécu, j’ai mes racines, où j’ai passé toute mon enfance. C’est une image qui m’a longtemps accompagnée, j’étais très curieuse d’entrer dans cette pièce chez les voisins. C’était un lieu très mystérieux. J’ai navigué dans plusieurs pièces pour chercher le bon endroit et j’ai choisi « la chambre ».
Dudestii-VecchiC’est un lieu sanctuaire. Ce qui m’interpelait c’était la mise en scène avec l’autel religieux. C’est à partir de ce cadre religieux que j’ai construit la série. Je cherchais à présenter, de l’intérieur, le portrait caché, intime, d’un individu d’où l’idée de m’intéresser à un lieu particulier celui de la chambre. Je voulais aussi raconter l’individu dans une perspective collective, à travers l’esprit d’une communauté.

A travers cette chambre, vous questionnez le rapport, la relation entre espace public et espace privé ? Pouvez-vous nous en dire plus sur cette approche sociologique voire ethnographique ?

En réalité, c’est en faisant des repérages sur une autre série celle des « sacs » que m’est apparue l’idée de travailler sur le religieux ou plutôt la mise en scène du religieux. Quand je travaillais sur cette série, j’ai arrêté un dimanche, une grand-mère, à quatre heures de l’après-midi, qui sortait de la messe et je lui ai demandé de me montrer ce qu’elle avait dans son sac. Le sac était vide. Excepté une image religieuse. J’ai compris que cette image, ce lien au religieux constituait un fil conducteur de la communauté bulgare.
« Soba », c’est la chambre mais c’est aussi le foyer, le cœur de la maison. C’est aussi le cœur de ma série, le cœur de l’individu. Cette « chambre » ou plutôt cette pièce est un espace qui n’est pas vraiment utilisé. En fait, on ne dort pas dans cette chambre. C’est un lieu consacré aux grands événements la naissance, le mariage et spécialement la mort. C’est un lieu avant tout cérémoniel caractéristique de la communauté bulgare. La personne qui la fréquente le plus, c’est le prêtre. Moi, j’étais attiré pour la mise en scène autour du lit une construction qui se fait dans le temps avec des symboles religieux et des portraits de famille. Cette pièce est un sanctuaire qui est amené à disparaître. C’est comme ça que je vois les choses et c’est pour cela que c’est un lieu qui m’intéresse.toujours le même cadre religieux

Toutes vos chambres se ressemblent et pourtant elles sont différentes. Les photographies ont-elles été prises dans un seul endroit ?

Toutes les photos ont été prises, en Roumanie, dans ce même village de la communauté bulgare de Dudestii-Vechi, et elles racontent des intérieurs différents.Cependant, en contre-point de ce travail, j’expose la série « intimité Paris »,fruit d’une recherche menée en 2011, pendant une résidence offerte par l’Institut culturel de Roumanie de Paris. Je voulais naviguer dans l’espace intime et vérifier si les représentations religieuses se trouvaient toujours dans les chambres à coucher. Je voulais voir si, dans une ville cosmopolite comme Paris, il y avait toujours ce besoin de représentation religieuse. Du point de vue photographique, quand j’ai fait le repérage à Dudestii-Vechi, je suivais toujours le même protocole, en face du lit, en face du cadre religieux, une image frontale. Un protocole qui me permettait de prendre du recul.

En FranceEn France, le ressenti était totalement différent. Les appartements étaient beaucoup plus petits. J’ai dû changer mon protocole et mon angle de prise de vue. Dans ces chambres, j’avais l’impression d’être au coeur de l’intimité. J’ai choisi aussi un autre format de présentation plus petit. J’étais fascinée par la diversité et j’ai donc élargi mon domaine de recherche à d’autres nationalités. Ces photos qui composent la série « intimité Paris » ont été réalisées chez des Péruviens, des Africains orthodoxe, des Africains catholiques, des Roumains orthodoxes. Cette série est un contre-point à celle du Banat et la renforce.

Où en est votre recherche aujourd’hui ? Quels sont les derniers travaux que vous explorez ?

En ce moment, je suis toujours interpelée par l’intimité, le mot, ce qu’il représente. Il n’y a rien de plus intime que les cheveux. Je bosse sur les calvities! Vous savez, ce qui m’intéresse, ce sont les portraits cachés ! Cette fois, je travaille sur le corps, avec un angle de vue qui permet de garder l’anonymat. Sur les crânes des hommes, on peut voir des tâches, des formes, lire à travers la maturité de la peau, découvrir d’autres visages. Et pour les femmes ? Je me concentre sur les salons de coiffure mais je ne vous en dirai pas plus ! Rendez-vous dans trois mois, à Anvers, pour découvrir ma nouvelle série chez « Little Shop of Translations » !Ailleurs en France

Timisoara vient juste de recevoir le titre de capitale culturelle européenne pour 2021 ! Comment accueillez-vous cette nouvelle ? Comment voyez-vous l’investissement des artistes de la ville dans ce projet ? Quels sont vos espoirs ? De quoi rêvez-vous pour Timisoara ?

J’étais étonnée dans tous les sens du terme ! Je ne m’y attendais pas du tout ! Si la ville ne profite pas de cet élan alors elle n’y arrivera jamais. C’est une occasion en or pour Timisoara ! C’est unique dans son histoire.Pour les artistes aussi. Pour tous ceux qui sont restés dans leur coin, qui n’appartenaient pas jusqu’ici à un réseau officiel, ils vont pouvoir s’exprimer, montrer leur travail, le rendre accessible au public ! Cela donne vraiment l’envie de faire des choses ! Cela questionne énormément ! On est aussi obligé d’assumer une responsabilité.

L’art ne se réduit pas aux seuls murs d’une galerie ! L’art doit se diffuser partout et développer un public ce qui manque encore à Timisoara même si la Biennale d’Art Encounters en 2015 avait déjà été un grand pas. Préparer et créer un public, c’est selon moi l’enjeu fondamental.

Pusha Petrov

 

Merci Pusha Petrov pour cet entretien. « Soba » à voir à l’Institut culturel de Roumanie jusqu’au 1er novembre 2016. Une approche ethnographique de la communauté bulgare Dudestii-Vechi qui questionne la relation espace public /espace privé à partir d’un lieu emblématique -la chambre- Soba – intime et ou cérémonielle.

Anouk Lederle

De retour en France après un séjour de trois ans dans les Balkans, Anouk reste à l’écoute de ce qui se passe dans la région et depuis Paris. Titulaire d’un Master de Management et politiques culturelles passé à l’Université des arts de Belgrade, elle participe aujourd’hui à différents projets en tant que manager culturel.


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