Visages d’Ukraine, le blog qui vous fait découvrir l’Ukraine actuelle

By: Tristan Trasca

Naturellement curieuse, notamment quand il s’agit de l’Europe de l’Est, la jeune Clara s’est lancée dans une aventure en Ukraine grâce à une bourse de la Fondation Zellidja. Ce voyage en Ukraine lui a permis de faire de nombreuses rencontres et découvertes qu’elle conte sur son blog Visages d’Ukraine. Rencontre avec une future journaliste.

Salut Clara, tout d’abord, peux-tu te présenter brièvement ?

Je suis étudiante en deuxième année au campus Europe Centrale et Orientale de Sciences Po Paris. Je suis partie en juin dernier en Ukraine grâce à la Fondation Zellidja qui finance des voyages en solitaire pour des jeunes de 16 à 20 ans. C’était mon premier voyage avec eux. Je veux être journaliste donc c’était aussi pour moi une bonne entrée en matière. Un départ à l’aventure.

Comment est née ton appétence pour l’Europe de l’Est ?

Un peu par hasard. J’ai eu l’occasion en 6ème de partir une semaine à Riga lors d’un projet Comenius (équivalent d’Erasmus pour le collège et le lycée) sur la citoyenneté européenne. C’était le premier contact. À 14 ans, je suis partie en échange Comenius à Riga pour trois mois dans une famille russophone après avoir reçu une jeune Lettonne. La famille qui m’a accueilli est devenue comme une seconde famille et j’y suis retournée un mois tous les étés depuis jusqu’à mon entrée à Sciences Po. J’essaye de les voir une fois par an.

Qu’as-tu découvert en vivant dans une famille russe en Lettonie ?

Ils étaient russophones, la différence est très importante. C’est cela qui m’a marqué. La famille était un patchwork soviétique typique. La mère est née au Kazakhstan, sa mère est non-citoyenne. Du côté du père, le grand-père était un juif engagé dans l’armée rouge qui a libéré Riga de l’occupation allemande. Son père était né en Lettonie. Je voyais mon amie qui parlait russe dans sa famille et letton ailleurs et je me demandais comment elle trouvait sa place entre deux langues et deux pays dont un où elle n’avait jamais vécu. C’était vraiment fascinant pour moi car je suis française et il n’y a aucun étranger dans ma famille aussi loin que l’on puisse remonter le fil des générations.

As-tu voyagé dans d’autres pays d’ex-URSS ?

Je suis allée en Estonie plusieurs fois. C’était intéressant de voir l’autre pays balte avec une grosse communauté russe et russophone. Je suis également allée à Saint-Pétersbourg en échange dans une famille d’accueil au lycée. C’est un voyage qui m’a permis de voir la Russie de mes propres yeux, alors que j’avais peut-être encore une vision biaisée à cause des médias. Maintenant, j’essaye de comprendre l’ancien espace soviétique plutôt que de le juger.

Peux-tu nous dévoiler l’essence de Visages d’Ukraine ?

C’est dans cette même optique que je suis partie un mois en Ukraine, à la rencontre de ses habitants. Le but pour moi était de comprendre le pays au-delà des médias après avoir vu beaucoup d’images de la révolution et de la guerre et de le montrer à un public francophone souvent rempli de clichés. Comprendre l’Ukraine et les Ukrainiens sans les juger.

Quelles ont été les rencontres les plus mémorables ?

La rencontre la plus marquante a certainement été à Lviv,  une ville à l’Ouest de l’Ukraine, avec une réfugiée dont je n’ai pas encore écrit le portrait. Cette femme avait fuit Lougansk et la guerre avec son fils autiste avec seulement deux valises. Elle m’a raconté les temps difficiles sans ressources. Les temps où ils vivaient dans des minuscules chambres universitaires alors que sa fille était restée avec son ex-mari dans la zone séparatiste. Elle a fait une dépression lorsque son appartement a été détruit. Elle n’avait jamais travaillé de sa vie avant d’arriver à Lviv, elle prenait seulement quelques photos pour le plaisir. Un jour, on lui a proposé de lui payer des tirages d’une série sur l’autisme qu’elle avait réalisé. Elle a accepté et elle s’en est sortie.

Quels seraient les points communs que tu as pu cerner dans les divers pays ex-soviétiques où tu as pu aller ?

Le patriotisme, le « sens de la nation » est présent dans tous les pays que j’ai visité mais de manières différentes. De manière moins récente pour les pays baltes, dont la renaissance avait déjà débuté avant même la chute de l’URSS. En Ukraine, le patriotisme est marqué par une menace immédiate. C’est un patriotisme nécessaire, un patriotisme de guerre. En Russie, il est empreint de l’esprit de sacrifice typiquement russe, le sacrifice pour une idée, avant pour l’idéal socialiste et aujourd’hui pour celui de la nation.

Comment définirais-tu l’Ukraine (ou les Ukraine) actuelle après avoir longuement voyagé dans le pays et rencontré de nombreux autochtones ?

Je ne pense pas que l’on peut parler de plusieurs Ukraines. Il existe bien sûr des différences fortes entre l’Ouest et l’Est, différences qui peuvent se transformer en fractures mais cela reste le même pays. L’Ukraine est aujourd’hui un pays plein de divisions comme peut en avoir n’importe quel pays. La différence avec la période avant la guerre, c’est qu’aujourd’hui, le pays est obligé de les surmonter. Les Ukrainiens ont compris qu’ils devaient être plus tolérants.

Qu’est-ce qui t’a particulièrement marqué pendant ces semaines passées à explorer l’Ukraine ?

Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est le tiraillement entre l’héritage des habitudes et de la mentalité soviétiques et la volonté d’avancer vers plus de démocratie, d’égalité. La corruption est comme l’alcoolisme, une maladie dont le fantôme plane et qui peut venir à tout instant. L’Ukraine est toujours en sevrage. La deuxième chose qui m’a marqué, c’est (à de rares exceptions près) l’optimisme de la plupart des personnes interviewées. L’Ukraine espère et semble avoir une furieuse envie de prouver à l’Europe et au monde son existence.

Tristan Trasca

Jamais aussi à l’aise que dans un bus ou un train. De Prishtina à Riga.


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