Hip Hop en Serbie (1ère partie): Les racines d’un mouvement de la culture urbaine (1980-1995)

By: Thibaut Boudaud

La Serbie n’est pas seulement spécialiste du Turbo-Folk (promis on vous en parle bientôt), le hip hop fait aussi partie du paysage musical serbe. Hajde vous emmène dans une odyssée extraordinaire à travers l’univers de cette culture urbaine hip hop serbe des années 80 à nos jours en 4 épisodes. Pour cette première partie, nous allons nous aventurer dans une période assez instable politiquement dans les Balkans après la mort de Tito, du début des années 80 au début des années 90, aux origines du hip hop en Yougoslavie.

Le hip hop est un genre musical apparu au début des années 70 dans le quartier du Bronx, à New-York (Etats-Unis). Ce genre s’est développé en un mouvement culturel et artistique autour de plusieurs disciplines : le rap, le DJing, le break dancing, le graffiti et le beatboxing. Aujourd’hui reconnu comme une culture urbaine importante, ce style est apparu dans les Balkans dès le début des années 80. Le hip hop est arrivé dans les ghettos, les banlieues des grandes villes, d’abord à travers le break dance chez les jeunes, puis rapidement, ce fut au tour de la musique.

Jugoton, la plus grande maison de disque des Balkans, créée en 1947 et basée à Zagreb (Croatie), est connue pour avoir lancé et produit les plus importants artistes musicaux en l’ex-Yougoslavie. On peut par exemple nommer le groupe de Zadar (Croatie) : Riva, vainqueur de l’Eurovision en 1989 avec le titre « Rock Me ». La concurrence à cette époque entre maisons de disques est rude avec entre autres PGP-RTB et Jugodisk basés à Belgrade (Serbie), Suzy à Zagreb (Croatie), Diskoton à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) ou encore ZKP RTLJ à Ljubljana (Slovénie). Jugoton était, elle, plutôt spécialisée dans la distribution d’albums Pop et Rock. Pourtant, en 1984, la maison de disque décide de produire le groupe The Master Scratch Band, et son EP « Degout », un mini-album de 5 titres. Cette production signera les débuts du hip hop yougoslave. Un album aux sonorités électro sur du rap anglais et serbe. Le groupe qui propose alors un nouveau style musical, s’était à l’époque vu offrir les heures d’enregistrement de l’album dans le fameux studio Druga Maca de Belgrade, propriété de Enco Lesić, claviériste, décédé en 2013.
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D’autres groupes s’essaieront à ce style quelques années plus tard. C’est après avoir passé deux ans en échange aux Etats-Unis que Bane Bojović découvre alors le rap lors d’un concert du groupe N.W.A. et lors de son retour en Serbie, il fonde en 1988 le groupe Green Cool Posse, qui se sépare rapidement. En 1993 il fonde le groupe Sunshine, produit pour son premier album par la maison de disque belgradoise Jugodisk. « Ljubavna likvefakcija », nom du premier album du groupe, est un mélange de Rap et de Punk hardcore, et sortira en 1995.

En 1988, Aleksandar Džankić aka MC Best fondera le groupe Who Is The Best. Ce dernier sera d’ailleurs à l’origine en 1992 de l’émission « Geto », diffusée sur la radio « Radio Politicu », où il vantait la culture underground urbaine qu’est le hip hop.

Le groupe fondé en 1987 Badvajzer, ou Budweiser, du nom de la célèbre bière américaine et sa reprise plutôt rock du God Save the Queen des Sex Pistols transformé alors en un God Save the Rap fera parler de lui pour ses mélanges de styles musicaux.

D’autres groupes comme Robin Hood, Bez kaucije, Crno-bela veza ou encore Jedva smo se skupili (JSSS) ont participé aux prémices du hip hop en Serbie.

Comme nous pouvons le constater à travers ces quelques lignes, les débuts du hip hop en Serbie se font en groupe. Mais surtout, le genre hip hop n’est pas encore totalement défini, et les différents groupes ne s’enferment pas dans un style. Ils mélangent différents styles musicaux pour produire un son qui leur plaît. Enfin à cette époque, il n’est que peu fait référence aux problèmes politiques que traversent le pays, bien que Kiza du groupe Robin Hood écrivait des textes décrivant la vie dans les rues de Belgrade, à l’instar d’autres groupes et artistes, que nous découvrirons notamment à travers la première vague du hip hop.

Pour retrouver les autres épisodes : 2e partie, 3e partie, 4e partie.

Thibaut Boudaud

Transclasse à Sciences Po Grenoble, Master Direction de Projets Culturels. Soon to be acteur culturel, et surtout amoureux des Balkans.


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