La ville par les Autochtones : Pogradec par Frosa

By: Elsa Pichon

A quelques kilomètres de la Macédoine, Pogradec est souvent oubliée des grands circuits touristiques; pourtant la petite ville balnéaire regorge de richesses tant naturelles qu’historiques.

L'ancien quartier de Pogradec

L’ancien quartier de Pogradec

Occupée depuis le néolithique, la région fut l’épicentre du Royaume Illyrien durant les VIe et IVe siècle av. J-C, avec certainement Selca comme capitale. Sous l’Empire Romain, avec la construction de la via Egnatia (la route reliant Durrës à Byzance, en passant par la Macédoine) la ville conserve une influence importante. A la chute de l’Empire Romain, le développement du christianisme laissa de nombreux témoignages dans la région notamment la basilique de Lin. Envahie de nombreuses fois, la cité passant sous différentes dominations, la ville fut l’un des lieux de lutte de Skanderbeg contre les Ottomans. Sous l’Empire ottoman jusqu’en 1913, l’indépendance de Pogradec est de courte durée, elle retombe aux mains des Serbes et des Austro-Hongrois en 1914, puis en 1917 elle fait partie de la République indépendante de Korça.

Statue de Lasgush Poradeci

Statue de Lasgush Poradeci

A ce passé riche s’ajoute une nature unique. En effet, la ville se situe au bord du lac d’Ohrid, le lac le plus profond des Balkans (environ 288 m) et l’un des plus anciens au monde avec le lac de Titicaca et Baikal. Le lac héberge une biodiversité exceptionnelle, environ 350 espèces endémiques, dont certaines ne se trouvent nulle part ailleurs au monde. La proximité du lac d’Ohrid fait de Pogradec une ville idéale lors des jours de chaleur étouffante, elle est d’ailleurs l’une des destinations favorites estivales des Albanais, Kosovars et Macédoniens. Mais le lac n’est pas le seul joyau naturel de la région, la montagne « sèche » Mali i thatë abrite une faune et une flore abondante et demeure un lieu privilégié pour les amateurs des randonnées et de la nature.

Enfin, la ville de Pogradec est le berceau de grandes figures littéraires d’Albanie du XXe siècle, les poètes et écrivains Mitrush Kuteli et Lasgush Poradeci à qui l’on doit pléthore d’écrits sur la région en autres.

 

Froseda Angjellari

Froseda Angjellari

Directrice du musée d’archéologie et d’ethnographie de Pogradec, Froseda Angjellari aka Frosa a abandonné les fastes de la capitale après ses études pour retrouver les allées bordées de tilleuls de sa ville natale. Docteure en archéologie, passionnée d’histoire et téméraire comme Cadmos elle connait plus sur la région que n’importe quel livre d’histoire ou guide touristique. Elle partage avec nous sa vision authentique et enthousiaste de la ville :

Salut Frosa, pourrais tu nous dire pourquoi faut-il vraiment visiter Pogradec ?

Pogradec est l’un des plus belles régions d’Albanie. Cela semble un peu cliché comme phrase mais c’est vraiment une région unique du pays. Je la considère comme un « musée naturel » ou une époustouflante nature (que ce soit les paysages mais aussi la faune et la flore) est associée à un vaste patrimoine culturel (qu’il soit archéologique, historique, folklorique ou culinaire). Si vous avez la chance d’expérimenter tous ces aspects lors de votre visite de la ville alors vous ne voudrez plus jamais la quitter.

Quels sont selon toi les trois choses qu’un touriste doit absolument voir ?

La première chose à voir est la forteresse de Pogradec qui se trouve au sommet de la montagne à l’entrée ouest de la ville. En plus des quelques vestiges du château, de là il y a une vue magnifique sur toute la ville et le lac d’Ohrid.  La seconde est de se rendre en bateau au milieu du lac pour être au centre de ce lieu naturel unique, entouré de montagnes, sur l’un des plus anciens lacs du monde. Enfin, le musée de Pogradec (Rruga Reshit Collaku) pour comprendre et appréhender l’histoire de la région mais aussi les traditions des habitants de la région.

La vue d'ensemble de la région du château de Pogradec

La vue d’ensemble de la région du château de Pogradec

Y a-t-il un endroit caché que seuls les habitants de Pogradec connaissent ?   

Il y a de nombreux endroits comme cela, par exemple la côte Est de la péninsule de Lin, qui est très isolée et magnifique ou encore les hauteurs derrière le village de Tushemisht et le parc de Drilon.

Quel est le meilleur endroit pour embrasser quelqu’un ?

Sur la plage, quand la lune vient à peine apparaître au-dessus de Mali i thatë.

Quel serait l’endroit le plus calme pour se relaxer ?

Le village de Tushemisht, près du lac et de la frontière avec la Macédoine. Même s’il est peuplé l’été, il reste très calme et relaxant grâce à l’ambiance romantique qui émane du paysage environnant.

Aurais-tu un endroit à conseiller pour goûter la cuisine typique de la région ?

Le restaurant « Poradeci » le long de la route Naim Frasheri dans la ville de Pogradec propose des plats que peu de visiteurs ont eu l’occasion de goûter.

La côte est de Lin

La côte Est de Lin

Quel est le meilleur endroit pour sortir ?

En été « Blanche lounge » est mon bar préféré de la ville. Si vous trouvez de la place vous pourrez goûter à leurs excellents cocktails en profitant de la bonne musique.

Quel est l’œuvre d’art ou culturelle de la région qui devrait être vue, ou lue ou écoutée ?

Il ne faut absolument pas manquer les tombes monumentales de Selca e Poshtme. Situées à environ 45 minutes au nord-ouest de Pogradec, ces tombes du IVe-IIIe av. J-C creusées directement dans la roche sont uniques non seulement en Albanie mais aussi dans les Balkans.

Est-ce que tu connais une anecdote à propos de Pogradec ?

Il y a une légende célèbre à propos de la création du lac. Mali i thatë, la montagne « sèche », était amoureux de la lune, mais elle ne l’aimait pas, elle était amoureuse du soleil. Toutes les nuits il lui proposait d’être son amant, mais elle refusait, elle l’embrassait seulement puis partait rejoindre le soleil. Mali i thatë fut tellement triste qu’il pleura toutes les larmes de son corps qui formèrent le lac d’Ohrid, jusqu’à devenir totalement et éternellement sec.

Elsa Pichon

Je hante les ruines de Butrint l’été. En fourgon, en bus, ou à pieds sur les routes d’Albanie, pour faire découvrir le pays et son histoire en français pour les curieux.


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