Entretien: Center for Intercultural Dialogue de Kumanovo en Macédoine

By: Tristan Trasca

Après la discussion avec l’ONG slovène PiNA, nous avons décidé de mettre un coup de projecteur sur une organisation travaillant en Macédoine. Au coeur de la ville multiethnique de Kumanovo, le Center for Intercultural Dialogue s’évertue à réduire la fracture entre communautés et à développer des projets pour les jeunes.

« Pourriez-vous nous présenter Kumanovo et le Center for Intercultural Dialogue ?

Le Center for Intercultural Dialogue est une organisation de jeunesse non-gouvernementale, active à Kumanovo dans la région nord-est de la Macédoine. Notre organisation développe des activités éducatives de qualité pour un public jeune et offre des services de capacity building et de conseils à divers acteurs de la société civile. La municipalité de Kumanovo est la deuxième plus importante du pays, en prenant en compte la ville et les zones rurales environnantes. En 10 ans d’existence, CID a développé des projets à destination des jeunes de la région (Kumanovo, Lipkovo, Staro Nagoricane, Kriva Palanka, Stip, Sveti Nikole), mais nous concentrons aussi notre attention au niveau national voire sur des partenariats au-delà des frontières.

Quels ont été les principaux projets développés par le CID durant toutes ces années ?

CID travaille à divers niveaux: local, régional, national et international. Notre principale réussite au niveau local est le centre de jeunesse MultiKulti, actif depuis 2010, où sont constamment organisées des activités pour les jeunes gens de diverses religions, ethnicités et cultures. Un projet important organisé à intervalle régulier est la CID Academy, qui prépare les nouveaux leaders amenés à devenir actifs dans notre organisation à travers du coaching et des séminaires. Une belle tradition a également débuté il y a quelques années; cette année sera la 3è édition de la Look Beyond Conference, où divers sujets sont discutés comme la participation de la jeunesse dans les communautés, la qualité du travail dans le secteur jeunesse, le rôle des jeunes pour répondre aux problèmes actuels en Europe et l’impact du programme Youth in Action. A travers le programme Erasmus+/Youth in Action, nous avons organisé des séminaires et des échanges entre groupes de jeunes depuis la première année de notre existence. A côté de cela, chaque année nous travaillons sur le capacity buidling d’autres ONGs et de jeunes gens au niveau national et régional à travers les fonds IPA (Instrument for Pre-Accession). Vous pouvez aussi consulter notre site pour en savoir plus sur les projets actuels.

Le terme « dialogue interculturel » revient fréquemment sur votre site. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi il s’agit d’un enjeu phare pour votre structure ?

Il y a dix ans, quand CID fut fondé, un des problèmes les plus prégnants au sein de la jeunesse de Kumanovo était le manque d’interaction entre les communautés ethniques. La ville est divisée physiquement entre les Albanais et les Macédoniens: les écoles sont mono-linguales, augmentant cette division, et même l’endroit le plus connu pour sortir, appelé la Garnison, a des étages séparés pour les cafés et bars albanais et macédoniens. Ainsi, CID a toujours dévolu une grande énergie à travers ses projets à la création de ponts entre les groupes divers, créer des espaces communs pour l’interaction, la découverte mutuelle et l’acceptation. Nos workshops sont organisés dans les deux langues, nous offrons des classes de langues pour ceux qui voudraient apprendre ou améliorer leurs connaissances dans l’autre langue, et nous avons maintenant deux bureaux, situés dans les deux parties de la ville.

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La production de jeunes Macédoniens, Albanais, Roms et Serbes à Kumanovo en juillet 2007.

Comment est-ce que les problèmes qui ont eu lieu à Kumanovo l’an dernier ont influencé votre travail ? Comment les jeunes ont réagi au sein de CID pendant cette période ?

Pendant quelques jours, il y a eu un état général d’alerte parmi les citoyens, à cause des tirs occassionnels. Malgré toute l’attention que cet incident a reçu au niveau national et européen, il n’y a pas eu d’escalade et les citoyens n’ont pas été impliqué. CID a réagi à travers une campagne sur Facebook appelée #Sëbashku #Zaedno #Together, visant à mettre en exergue que Kumanovo est une communauté pacifiée; et malgré les interactions limitées, les gens font partie d’une même réalité et partagent les mêmes besoins. Nous avons aussi organisé un camp quelques mois après cet incident avec de jeunes gens des quartiers en questions, afin de promouvoir l’amitié et le dialogue interculturel.

Comment est-ce que le secteur de la jeunesse se finance en Macédoine ? Bénéficiez-vous d’un soutien important de la part du gouvernement ou des autorités locales ?

Notre soutien financier provient principalement de partenaires de la société civile: le Conseil National de la Jeunesse de Macédoine, la mission de l’OSCE à Skopje, UNDP, Civica Mobilitas, le programme Erasmus+ de la Commission Européenne, les ambassades américaine et française, etc. Les autorités locales de Kumanovo nous offrent l’espace que nous utilisons pour le centre MultiKulti. La tendance générale est de coopérer avec d’autres organisations non-gouvernementales, le soutien du gouvernement étant limité.

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Avec un groupe de Kosovars à l’été 2015 au centre MultiKulti

En travaillant au quotidien avec de jeunes Macédoniens, comment décririez-vous cette génération ? En quoi sont-ils différents des générations précédentes ? 

Cette génération est pleine d’idées et a un niveau d’accès à l’information et des opportunités sans précédent; néanmoins le niveau d’apathie dans la société est élevé. Nos projets cherchent à augmenter le niveau de participation de la jeunesse dans divers processus dans la société actuelle. Avec la situation politique instable dans notre pays, nous avons besoin que les jeunes gens prennent position et sachent quels droits ne sont fournis ou respectés par le gouvernement. La Macédoine a vécu de grandes manifestations étudiantes l’an dernier, et la contestation est encore vive dans certains groupes, à cause du peu d’évolution concernant les multiples problèmes que les jeunes rencontrent (chômage élevé, manque d’investissement en campagne, discrimination, etc.). CID travaille pour donner une voix aux jeunes qui veulent accomplir quelque chose, mais essaye aussi de toucher une jeunesse inactive ou qui n’a pas les mêmes opportunités pour jouer un rôle dans cette société.

Quelles sont les difficultés principales que les jeunes Macédoniens rencontrent aujourd’hui ?

Notre étude conduite dans quelques villes de Macédoine montre que les jeunes se plaignent principalement du manque d’emploi et du peu d’options pour trouver une activité pérenne. D’où la fuite des cerveaux et l’émigration massive. Un autre problème est le manque d’espace public pour le développement d’activités culturelles, comme des centres de jeunesse ou des centres culturels. Hormis Skopje, peu de villes ont un programme culturel varié (cinéma, théâtre, parcs, cafés culturels, etc.). Dernier point, les jeunes mettent en exergue les défauts du système éducatif (que ce soit l’école ou l’université), qui conduisent certains à quitter le système scolaire sans diplôme ou à ne pas trouver de chemin pour arriver à la profession de leur rêve.

Vous avez développé de nombreuses initiatives avec des ONGs des Balkans. Pensez-vous que ces projets transfrontaliers sont la meilleure option pour créer un futur plus harmonieux entre pays de la région ?

L’histoire nous dira s’il s’agit ou non de la meilleure option. Cependant, nous croyons que la société civile doit développer des initiatives pour promouvoir une meilleure coopération, car les gouvernements et leurs programmes sont soumis à des changements systémiques. En développant des projets avec l’Albanie, la Grèce, la Bulgarie, la Serbie, la Croatie et la Roumanie, nous établissons des partenariats sur le long terme et construisons les capacités de jeunes gens qui ont le potentiel pour devenir les futurs leaders dont nous avons tous besoin. »

Merci à Elena pour ces réponses, vous pouvez suivre l’actualité de cette organisation sur son site Internet.

Tristan Trasca

Jamais aussi à l’aise que dans un bus ou un train. De Prishtina à Riga.


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