Borders Kill, réflexions en laissant le camp d’Idomeni

By: La famille Hajde

Je l’ai reconnu de loin. Cheveux noirs, yeux bleus, malins et pleins d’énergie. Syrien, 11 ans, dans le Camp de réfugiés d’Idomeni avec sa mère et ses trois petites sœurs depuis presque un mois. Son père a réussi à passer la frontière, quand c’était encore possible. Personne ne sait exactement où il est, mais toute la famille veut le rejoindre et arriver en Allemagne.

Il m’a reconnue aussi, me faisant signe de passer de l’autre côté et continuer à jouer avec lui, comme j’avais fait pendant toute la matinée.

Mais maintenant entre nous il y a un mur. Un haut mur de fils barbelés qui marque la frontière entre la Grèce et la Macédoine. La frontière entre le camp organisé de Gevgelija et celui d’Idomeni, pas prévue ni voulue. Une frontière qui est et restera frontière fermée, frontière que des milliers de personnes espèrent pouvoir passer pour arriver à la « vraie Europe », ou au moins s’approcher d’elle.

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La Frontière

Plus de dix-mille personnes vivent dans le camp d’Idomeni, et ce nombre est destiné à augmenter jour après jour. Principalement Syriens, mais aussi Irakiens, Afghans, Pakistanais qui ont cherché à s’installer sur un territoire qui n’était censé être qu’un passage temporaire.

Des camions pleins de vêtements et matériel en tous genres sont dirigés vers le camp tous les jours. Mais ça ne peut suffire. Le manque d’une gestion centralisée du camp saute immédiatement à l’œil. La présence d’organisations internationales et ONGs est insuffisante (ou tout simplement inefficace). UNHCR, MSF et la Croix-Rouge sont les plus forts sur place, mais ont une portée limitée, en raison du manque de ressources et/ou de soutien. Aucune assistance juridique n’est offerte. Résultat, les besoins ne sont pas adéquatement évalués et une partie considérable de la livraison des articles (nourriture, vêtements, produits d’hygiène, etc.) est prise en charge par des bénévoles individuels et de petites ONGs.

Ce qui est le plus dur à accepter reste le fait que la situation est bloquée, et cela ne changera pas dans un futur proche. Encore plus difficile à digérer, les yeux encore plein d’espoir de ceux qui te demandent « quand », quand est-ce que quelqu’un pourra faire quelque chose ?

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Instantané d’Idomeni

Les jeunes, ou un groupe d’entre eux, sont en train de s’auto-organiser d’une manière potentiellement dangereuse. Conséquence de rage, fatigue, énergies réprimées après des semaines ou des mois de vie impossible. L’envie de tout casser, détruire la frontière, à force de se retrouver face à une police violente, tout en étant conscients de l’échec très probable de leurs actions. Et tu te demandes pourquoi personne ne parle clairement, pourquoi les informations manquent, pourquoi la vérité reste ambiguë ou cachée.

En laissant le camp, les doutes t’attaquent. Les questions sont profondes et compliquées. Les images reviennent et les réponses m’échappent encore. Je partage ma seule certitude : Idomeni (et pas seulement) a besoin de vous, de nous, de tous ceux qui peuvent et veulent. Le blocage politique ne peut pas épuiser la dignité des personnes qui vivent là-bas, forcées à y rester.

Et si vous décidez de partir, n’oubliez pas :

– Ne travaillez pas individuellement. Essayez de rejoindre un groupe et de mettre vos énergies et temps à disposition d’un projet déjà en cours. Soyez prudents, partez de l’expérience de ceux qui ont été dans le camp plus longtemps, agissez en étant informés.

– Apportez votre bon sens avec vous. Restez lucides. Rappelez-vous de ce que la personne devant vous a déjà vécu, ce qu’elle porte sur ses épaules, dans son cœur.

Valentina Pancaldi, responsable de projet dans une ONG au Kosovo

La famille Hajde

Des amis d’Hajde, qui écrivent de temps en temps… Peut-être vous bientôt.


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