Le docu/film de la semaine #6: Enklava (Goran Radovanovic – Serbie)

By: Tristan Trasca

Dans une salle de classe déserte, une institutrice écoute un enfant lire une histoire en serbe. Ce dernier rentre chez lui à bord d’un blindé de la KFOR avec un prêtre orthodoxe. Dehors, des enfants albanais leur lancent des pierres. A première vue, cette histoire située en 2004 n’est qu’une de plus pour célébrer la perte du Kosovo côté serbe et condamner les actes albanais.

Mais peu à peu, l’histoire prend forme et s’épaissit. Sur un sujet aussi complexe que la guerre du Kosovo et les années qui ont suivi, le biais du spectateur est toujours le même: compter les points, voir qui est le plus stigmatisé pour comprendre quel est le message ultime du réalisateur. Et c’est là où Goran Radovanovic maitrise son sujet: il laisse son histoire se développer sans prendre parti. Les bons ne sont pas d’un côté, les mauvais ne sont pas de l’autre. Pas de vision manichéenne, la vie est bien plus complexe, le Kosovo est bien plus complexe.

A l’instar de Shok (court métrage présent aux Oscars 2016 qui conte une histoire du Kosovo de la fin des années 1990), l’intrigue d’Enklava tourne principalement autour d’un groupe d’enfants dont Bashkim, interprété par Denis Muric et Nenad, interprété par Filip Subaric. Ces deux-là ne peuvent pas se comprendre, l’un ne parle qu’albanais, l’autre uniquement serbe. L’un a cet aspect ingénu de l’enfance ancré en lui, l’autre vit déjà les événements avec une grande intensité que son regard trahit.

Goran Radovanovic utilise également sa caméra pour célébrer les traditions des deux peuples et les mettre en valeur: le mariage chez les Albanais, le deuil chez les Serbes. A travers la rencontre de quatre enfants des deux groupes ethniques, Radovanovic raconte l’histoire de ce qui fut et de ce qui eut pu être. Le tout magnifié par la musique d’Eleni Karaindrou. Un film où certains silences et regards en disent autant que de longues tirades. Et une conclusion pleine d’amertume qui laisse songeur…

Le film est disponible avec des sous-titres français si vous cherchez bien.

Tristan Trasca

Jamais aussi à l’aise que dans un bus ou un train. De Prishtina à Riga.


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