Art urbain en Russie (2è partie): le hip-hop soviétique et la communauté du street art russe (1980-2008)

By: La famille Hajde

La version américaine du graffiti arriva en URSS dans les années 1980, au même moment que la mode du break dance, où les danseurs étaient les guides dans la culture hip-hop et adoptaient des techniques de danse et des effets scéniques pour leurs performances.

Le pic d’intérêt pour la culture hip-hop fut dans les années 80; à cette époque, la première vague de festivals de break dance furent organisés, principalement dans les villes des pays baltes, où le hip-hop s’était développé de manière plus impressionnante à cause de la proximité avec l’Europe. Au milieu des années 1980, une communauté de b-boys se forma à Moscou, qui devint par la suite un lieu de rassemblements et de compétitions.

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Max Navigator. Années 1990.

Les premiers graffeurs locaux, principalement issus de la culture hip-hop, furent Krys (de « krysa » – rat en russe) de Riga, Basket de Moscou et Max Navigator de Kaliningrad. Riga avait une vie culturelle riche à cette époque, notamment dans la sphère de la contre culture; à Kaliningrad, la télévision polonaise était accessible, proposant de voir des représentants du hip-hop de l’Ouest alors qu’à Moscou, l’information arrivait grâce à quelques intellectuels et non-conformistes voyageant à l’étranger.

Des années 80 au milieu des 90’s, le graffiti en Russie n’apparaissait que sporadiquement; ce n’est que vers la fin des années 90 qu’il devint un phénomène de masse. Ceci fut rendu possible par l’accès à l’information, facilité par la popularisation d’Internet, mais aussi par l’usage du graf dans le domaine du divertissement et pour des raisons commerciales (notamment des publicités à la télé ou dans les magazines).

Un rôle majeur dans cette popularisation du graffiti dans les années 90 fut joué par le crew russe de break dance Da Boogie Crew. Alors qu’ils allaient à l’étranger pour des festivals, ces danseurs ramenaient toujours des magazines et des vidéos de hip-hop. Plus tard, ils devinrent journalistes pour des magazines, à la télé et à la radio. Les festivals commencèrent à se tenir de manière régulière dès 1999 jusqu’à 2010 et eurent une vaste influence sur le développement du graffiti en Russie – ils devinrent des lieux de rencontres pour la communauté du graffiti.

Au début des années 2000, les premières tentatives de découverte de nouvelles formes de graffiti étaient visibles. Le fond, en tant qu’élément fondamental, manquait ou était submergé dans ces nouvelles formes. Les pionniers furent Make, Kirill KTO (kto – « qui » en russe), Code et Fet One. Ces artistes se concentrèrent sur la storyline et la construction d’une image reconnaissable pouvant leur être associé. Bien que fondamentalement différents du graffiti traditionnel, nombre de ces oeuvres fonctionnaient également sur la base des jeux de la sous-culture sans élément de contexte et sans communication avec le public.

Dans leurs expérimentations, certains artistes aboutirent à des instruments absolument atypiques. Par exemple, en 2006, étant en recherche permanente de sens et de nouvelles formes d’expression, le street artiste Pasha 1983 ouvrit une nouvelle forme d’art telle que l’Underground Light Art (U.L.A.), où il projetait des images fixes dans des mines souterraines ou des tunnels. Dans ce projet qui dura de multiples années, l’artiste combina ses deux passions: l’art et l’exploration des espaces souterrains.

D’autres artistes essayèrent d’évoluer loin des standards du graffiti et se tournèrent vers des formes différentes d’art urbain: plus contextuelles, composant avec l’espace et axées sur la performance. Par exemple, au milieu des années 2000, de nombreux crews de Moscou travaillant dans un format figuratif et expérimental émergèrent tels Zukclub, Sicksystems, Influx, Style Konstruktor, 310 Squad, Nëk et No Future Forever. En plus du spray, des stickers, des posters et pochoirs furent utilisés activement.

A cette époque, il était fréquent d’observer le détournement des publicités en ville. Cette technique fut utilisée par le groupe Search & Upgrade dont les membres ont changé des douzaines de panneaux publicitaires à Saint Pétersbourg.

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Le développement des médias locaux liés à la sous-culture ont grandement contribué à des phénomènes de recherche et d’activation d’artistes. Les premiers de ces médias furent publiés en 2002 et 2003, contenant principalement des oeuvres de maitres du graffiti. Cependant, les magazines qui sont apparus quelques années plus tard devinrent plus importants pour comprendre la culture underground du graffiti. Par exemple, le Code Red magazine – datant de 2005 – débarqua avec un niveau jamais vu de contenu visuel et conceptuel. Les premières tentatives pour attirer l’attention du lecteur sur des formes plus figuratives de street art, de même que l’agrégation de participants de la communauté du graffiti, se retrouvent dans ces pages.

En 2005, j’ai essayé de lancer une nouvelle réflexion pour avoir une vision alternative sur la créativité dans la rue, en lançant le site Visualartifacts.ru et en publiant Objects, qui n’était pas seulement destiné à refléter les tendances actuelles du street art, mais aussi pour développer de nouveaux standards élevés pour la pratique. Durant ces 4 années, les personnalités principales et les projets de Moscou et Saint Pétersbourg mais aussi des régions et des pays issus de l’URSS furent montrés. La préférence alla vers les nouvelles formes de pratique expérimentale, et les font compositions n’étaient quasiment pas traitées.

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310 squad. Exposition au centre M’ARS.

La période de 2005 à 2008 fut celle du grand intérêt pour le street art, que ce soit de la part des médias ou des institutions de l’art. De nombreuses expositions de groupe eurent lieu avec en point d’orgue l’exposition « Graffiti-Winzavod » en 2006 dans les lieux abandonnés de Winzavod (« établissement vinicole » en russe), qui devint par la suite un centre d’art contemporain. Cette exposition présenta une collection complète de formes de street art, de même que les travaux de tous les artistes les plus actifs de l’époque: du bombing aux peintures murales monumentales. En plus des oeuvres spécialement réalisées pour l’occasion, de nombreuses vidéos et photographies étaient accessibles pour documenter le street art.

Les magazines, les expositions et l’intérêt des médias firent du street art une tendance à succès dans l’art. Néanmoins, dès 2008, une certaine stagnation se fit sentir. De nombreux artistes devinrent moins actifs et l’intérêt des institutions d’art diminua en conséquence. En travaillant sur le troisième livre d’Objects, j’ai noté le nombre peu élevé d’oeuvres de street art et le contenu généralement trivial de celles-ci. Après avoir littéralement collecté chaque oeuvre marquante du street art, j’ai clos le projet Objects en tenant une exposition au centre d’art contemporain M’ARS, où des archives du projet et des oeuvres spécialement créés sur les graffeurs les plus actifs furent présentées. Intitulé « Le street art russe est mort », le show fut le point final de la période tumultueuse des années 2000 dans le milieu du street art russe et aboutit à une discussion générale sur le sujet du street art.

Cet article fait partie d’une série de 4 articles sur l’art urbain en Russie. Igor Ponosov, artiste et membre du collectif Partizaning, nous a gracieusement autorisé à traduire ces articles. Si vous souhaitez en savoir plus sur le collectif d’activistes et d’artistes Partizaning, on vous conseille de lire ces deux articles en français chez Russie Info et Russia Beyond the Headlines.
La famille Hajde

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