A la découverte de l’association PiNA à Koper en Slovénie

By: Tristan Trasca

Dans tous les pays d’Hajde, des organisations, des associations, des individus développent des projets, lancent des initiatives, font bouger les lignes. Souvent cantonnées à l’obscurité, ces organisations sont aussi le socle des sociétés civiles de nos pays. Aujourd’hui, direction la Slovénie où l’ONG PiNA opère depuis quasiment 20 ans. Les membres de l’association nous dévoilent les projets de PiNA, son essence et au-delà livre un portrait de la jeunesse slovène actuelle.

« Pour débuter, pourriez-vous présenter l’ONG PiNA ?

L’association pour la Culture et l’Education PiNA est une organisation non-gouvernementale (à but non lucratif) basée à Koper en Slovénie. Notre objectif est de faciliter le développement de la société civile et du dialogue démocratique. Nous sommes actifs depuis plus de 18 ans et comptons aujourd’hui 11 employés; de plus nous accueillons des volontaires étrangers qui opèrent sur diverses thématiques.

Nous sommes une organisation pour le développement social basé sur le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques tels que la participation active des individus dans la communauté. Nous nous concentrons principalement sur le développement durable, la pensée critique et l’éthique, l’apprentissage continu et une approche intégrée de l’éducation. Notre travail se compose de séminaires basés sur les méthodes d’éducation non-formelle, nous organisons des événements et des campagnes d’éducation et de sensibilisation, publions des matériaux éducatifs et de plaidoyer, développons des activités multimédia et favorisons la participation publique dans les débats et les prises de décision concernant des problématiques publiques. Nous travaillons aussi sur le plaidoyer et des activités pour des groupes spécifiques, que ce soit des ONGs, des minorités, des migrants ou des groupes de jeunes.

about youth active citizenship and participation

Projet EU ARE YOU. Conférence nationale à Ljubljana sur la citoyenneté et la participation active de la jeunesse.

En janvier 2013, nous avons été choisis comme Centre d’Information Europe Direct et la même année, le ministère de l’Education de Slovénie nous a remis le prix Charlemagne pour la Jeunesse Européenne pour le projet «Youth Vote », en tant que meilleure initiative pour la jeunesse. PiNA détient aussi le statut d’« organisation oeuvrant dans l’intérêt public », décerné par le ministère de l’Education slovène en 2013. De plus en 2016, PiNA est devenue une plateforme d’ONG pour les régions d’Istrie et d’Obalno-kraška.

Votre histoire a débuté avec l’ouverture du premier cybercafé en Slovénie, pouvez-vous nous en dire plus sur cette époque et ce que cela a pu représenter en Slovénie ?

Oui, PiNA a ouvert ce premier cybercafé en 1998. En 2004, nous avons changé de locaux pour nous installer ailleurs dans Koper, dans un endroit connu sous le nom d’eKavarna (eCafé). A l’époque, PiNA collaborait avec les associations Kibla de Maribor et Ljudmila de Ljubljana pour jeter les bases d’un réseau de centres multimédia en Slovénie. En 2008, PiNA a subi une réforme totale; la société ayant changé, de grandes évolutions ont vu le jour dans le domaine de l’information qui devenait accessible à tous, ainsi nous nous sommes concentrés sur les besoins naissants dans d’autres domaines. Aujourd’hui eKavarna n’est plus un cybercafé, il s’agit d’un lieu qui héberge des événements très fréquemment. L’endroit est devenu un point de référence pour les activités culturelles de la ville; les gens s’étant rencontrés au café ont commencé à créer divers projets et PiNA est devenue la plateforme qui aide des individus et des organisations à mettre en branle leurs projets.

« La géographie de notre pays est un excellent point de départ pour bâtir plus de conscience sur l’importance d’une société ouverte d’esprit et la chance que peut constituer le multiculturalisme, à notre sens un moteur vital dans le développement global de la société. »

Votre ONG implémente de nombreux projets dans des domaines très divers: l’art, la communication, la citoyenneté, la production alimentaire, l’entrepreneuriat, etc. Quels sont les 2-3 projets qui symbolisent le mieux le travail effectué par PiNA ?

PiNA est active dans de nombreux champs (citoyenneté active, éducation non-formelle, jeunesse, culture, art, droits de l’homme, égalité des genres, développement durable, entrepreneuriat social, apprentissage et mobilité) et développe de nombreux projets et activités, parmi lesquels nous pourrions mettre en avant la campagne nationale « Nous sommes tous migrants », « ISKRA- plateforme d’ONGs d’Istrie et d’Obalno-kraška » et l’incubateur culturel.

Nous sommes tous migrants fut une réponse à la problématique de l’immigration, le multiculturalisme de notre société et la rhétorique inappropriée en relation avec ce sujet. Notre but était de sensibiliser concernant la possibilité d’une vie commune de qualité entre des personnes de cultures et langues différentes, en contribuant au développement d’un environnement propice à l’intégration des migrants à la société slovène.

ISKRA – plateforme d’ONGs d’Istrie et d’Obalno-kraška est un projet en cours qui vise à établir un réseau d’ONGs professionnelles et pérennes à travers le lobbying, l’intégration multisectorielle et le soutien mutuel. Les activités se concentrent sur le développement des capacités des ONGs et la mise en exergue de leur rôle en tant que partenaires dans l’élaboration des politiques publiques, tout en conservant une perspective internationale.

L’incubateur culturel visait à accroître l’employabilité d’individus issus de nations de l’ex-Yougoslavie dans la région d’Obalno-kraška dans le domaine de la culture, pour permettre la préservation de leurs identités culturelles et pour accroître leur inclusion dans la société slovène. Le projet visait à promouvoir la préservation, l’expression et l’utilisation de l’héritage culturel chez les Slovènes et les membres d’anciens pays d’ex-Yougoslavie, tout en soutenant ces derniers dans leurs démarches professionnelles.

Comment est-ce que les organisations du domaine de la jeunesse vivent en Slovénie ? Est-ce que vous bénéficiez principalement d’aides financières de collectivités locales, de ministères slovènes ou bien d’ambassades, voire de programmes européens ?

Selon nous, la situation des organisations de jeunesse est bonne en Slovénie. Nous disposons de l’office pour la jeunesse de la République de Slovénie, par exemple. C’est une institution publique responsable du domaine de la jeunesse et de la satisfaction de l’intérêt public dans ce domaine au niveau national. C’est un corps indépendant au sein du Ministère de l’éducation et des sports depuis 1991. Il promeut les méthodes d’éducation non-formelle pour accroître les compétences des jeunes dans leur transition de l’enfance vers l’âge adulte. Il développe des mécanismes pérennes pour soutenir les organisations de jeunesse qui sont d’importance première pour promouvoir la participation active de la jeunesse.

Monitoring the situation and the safety of bicicle routes in Slovenian Istria

Sur les routes d’Istrie pour tester la sécurité des pistes cyclables.

Les projets et programmes de PiNA sont créés avec le soutien d’Erasmus+, Europe for Citizens, CreativeEurope, le fonds social européen, des appels à projets de la Commission Européenne, le mécanisme de financement de la Norvège, l’ambassade des Etats-Unis et la fondation Anne Lindh. Nous crééons une part importante de nos revenus en développant des services éducatifs à destination d’autres organisations et institutions, ce qui nous offre une meilleure visibilité et une dépendance moindre vis-à-vis des appels à projets.

Comment est-ce que le secteur de la jeunesse et au-delà le monde des ONGs sont considérés dans la société slovène ? Etes-vous perçus comme un atout ou laissés de côté ? 

Le travail et les efforts des ONGs dans divers domaines sont importants pour mobiliser le public contre certaines décisions. Cependant le rôle et l’engagement des ONGs dans le processus d’écriture et de développement de stratégies importantes avec les autorités n’est pas perceptible, et c’est regrettable.

« Ces facteurs empêchent ces jeunes de devenir indépendants de leurs parents, de construire leurs propres familles et de devenir des membres responsables et actifs de la société. »

En travaillant quotidiennement avec la jeunesse slovène, comment décririez-vous cette génération des 15-25 ans ? En quoi est-elle différente des générations précédentes ?

C’est une génération qui est différente de bien des manières, par rapport à la génération actuelle d’adultes en position de pouvoir et de prise de décisions. Seuls les plus vieux parmi nous ont quelques souvenirs fugaces de jeunesse dans notre ancienne république et son ordre social. Nous avons vécu toute notre scolarité dans la Slovénie indépendante, celle de la démocratie et du capitalisme. Nous avons été des pionniers, les premiers à rencontrer des termes comme l’autonomie locale et ce fut un bout de notre histoire collective, pas simplement personnelle. Cela est aussi vrai pour le processus d’indépendance et la formation de l’état de Slovénie actuel. Notre génération a grandi avec les ordinateurs, les téléphones mobiles, Internet. Les générations plus anciennes voient cette nouvelle technologie comme une simple addition au monde comme il est. Ils sont capables de distinguer la vie réelle de la vie absorbée par la technologie. D’un autre côté, notre génération perçoit ces objets (téléphones, ordinateurs, etc.) comme une partie indissociable du monde réel, comme les anciens percevaient l’éléctricité, les voitures ou les machines à laver. Cet accès à la connaissance et à un monde globalement connecté est quasiment une chose normale pour nous.

« Cette problématique concerne toute la société et la structure globale de l’état. C’est un problème de coopération entre générations, avec deux systèmes qui s’émancipent dans le même état: un mené par une génération qui combat logiquement pour préserver ses droits acquis liés au travail, l’autre par des jeunes prêts à renoncer à tous leurs droits du fait de la situation sur le marché du travail et ce uniquement pour s’assurer l’obtention d’un travail rémunéré. »

Quels sont les défis que la jeunesse slovène doit surmonter aujourd’hui ?

Notre génération sait qu’elle porte le fardeau des erreurs commises bien avant nous et pour lesquelles nous n’avons pas de responsabilité. Mais nous devons en supporter les conséquences. Sans doute à cause d’une avidité excessive, les générations antérieures nous ont légué d’énormes dettes sociales, sans nous laisser assez de ressources pour s’en acquitter. Ils nous ont aussi transmis une situation environnementale alarmante. Nous sommes au fait de ces problèmes et souhaitons une autre attitude vis-à-vis de l’environnement. Nous réalisons aussi petit à petit qu’un niveau de technologie et de savoir qui nous permettrait de conserver notre niveau de vie actuel sans détruire l’environnement n’existe pas à l’heure actuelle. Bien que la société entière soit au fait de ces choses, les jeunes sont ceux qui auront à solutionner une grande partie de ces problèmes et à supporter les pires des conséquences.

Project Digging Deep, urban gardening in Koper, Slovenia

Projet « Digging Deep ». Jardins urbains à Koper.

Notre génération a grandi avec une abondance de biens matériels, la liberté de parole, l’éducation gratuite, des droits et la liberté. En même temps, au niveau global, nous sommes nés à la fin du siècle le plus meurtrier de notre civilisation – un siècle de guerres et de massacres qui ne sont malheureusement pas terminés. Notre génération a grandi en voyant le terrorisme, la montée des fondamentalismes et des extrémismes, de même que l’aggravation des inégalités et de la pauvreté. Une génération qui a vu le printemps arabe en Egypte – lancé par les jeunes avec l’aide d’Internet – et comment cette révolution a été volée dans les mains de cette jeunesse. Nous sommes aussi la génération des réformes de Bologne, la vision européenne d’une société basée sur la connaissance, la crise financière et la récession économique. Une génération de promesses non tenues. Guidés par des promesses sociales d’une vie belle et confortable, nous avons décidé de passer des années à étudier, pour nous retrouver quelques années plus tard dans un grand vide où il n’y a pas assez de travail pour nous tous. Avoir un travail est devenu un privilège. Nous ne comptons pas sur les retraites et les autres avantages sociaux garantis pour les autres générations. Nous comprenons à peine les batailles menées par les syndicats de travailleurs et d’employés, puisque nos jobs sont globalement précaires. Seuls quelques-uns d’entre nous ont un contrat à durée indéterminée, bien que nous sachions que ces contrats ne garantissent rien si l’entreprise est liquidée. C’est probablement dû à tous ces facteurs que notre génération ne croit plus dans les institutions publiques, les partis politiques, le parlement et la politique et voici pourquoi cette génération ne vote pas.

Des taux de chômage élevés, la précarité ainsi que des crédits bâtards et les prix élevés de l’immobilier sont des facteurs qui ont bloqué toute une génération dans leur chemin vers l’autonomie de l’âge adulte. Ces facteurs empêchent ces jeunes de devenir indépendants de leurs parents, de construire leurs propres familles et de devenir des membres responsables et actifs de la société. Certes, ces jeunes ont aussi leurs responsabilités mais cela ne peut pas et ne devrait pas être la seule réponse à la situation actuelle. Il s’agit d’un problème structurel et d’une situation qui est passée de maladie aiguë à maladie chronique. Du fait du nombre incertain d’étudiants, les dimensions réelles de ce problème restent inconnues, mais elles sont certainement énormes et vont bien au-delà d’un problème circonscrit à la jeunesse actuelle. Cette problématique concerne toute la société et la structure globale de l’état. C’est un problème de coopération entre générations, avec deux systèmes qui s’émancipent dans le même état: un mené par une génération qui combat logiquement pour préserver ses droits acquis liés au travail, l’autre par des jeunes prêts à renoncer à tous leurs droits du fait de la situation sur le marché du travail et ce uniquement pour s’assurer l’obtention d’un travail rémunéré. Ce problème inclut les difficultés pour financer le système des retraites, ainsi que le manque d’innovation et de créativité au sein des entreprises. Un problème qui doit être pris au sérieux de manière globale.

Pour les personnes vivant en dehors de la Slovénie, il semble que votre pays possède une situation incroyable, étant à la fois une ancienne république de Yougoslavie mais aussi un pays frontalier de l’Italie et l’Autriche. Comment cette situation particulière se reflète dans la vie quotidienne en Slovénie et votre travail au sein de PiNA ?

La région d’Istrie où se situe Koper a toujours été le carrefour de différentes cultures. Il y a deux minorités reconnues par la constitution en Slovénie, les Italiens et les Hongrois. Mais après que la Slovénie ait gagné son indépendance, les membres de groupes nationaux de l’ex-Yougoslavie ont dû faire face à une conjoncture où leur statut n’était pas régulé par le système. Comme ils ne sont pas reconnus comme des minorités officielles, ils font face à des situations qui empêchent leur participation proactive au processus de décision dans la société slovène et leur participation à la vie civile plus généralement. Voilà pourquoi PiNA travaille aussi à l’empowerment des membres de ces communautés, en développant la sensibilisation au sein de ces communautés et au-delà sur les problèmes et les droits de ces communautés, tout en travaillant au changement de paradigme au sein des institutions locales concernant ces groupes de personnes, pour promouvoir un respect mutuel et un dialogue interculturel (le projet Equality of national communities of the nations of the former Yugoslavia and their members in the Slovenian Istra).

De plus, nous travaillons beaucoup avec la communauté italienne en Slovénie et avec des partenaires basés en Italie. La géographie de notre pays est un excellent point de départ pour bâtir plus de conscience sur l’importance d’une société ouverte d’esprit et la chance que peut constituer le multiculturalisme, à notre sens un moteur vital dans le développement global de la société. »

Tristan Trasca

Jamais aussi à l’aise que dans un bus ou un train. De Prishtina à Riga.


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