Galeria Calina, Timisoara

Galerie Calina : exploratrice d’art contemporain

By: Anouk Lederle
Alina Cristescu

Portrait de la Galerie Calina, Timisoara

A.L : Bonjour Alina Cristescu. Merci de me recevoir. J’ai lu dans un article que le nom de votre galerie d’art contemporain est issu d’un jeu de mot « C.Alina ». En roumain, ce prénom n’existe pas au féminin et pourtant il vous définit comme une femme de tempérament. « Calina » donne le ton de la galerie : une vitrine de l’art contemporain ouverte à l’expérimentation.

La Galerie Calina existe depuis 2006. Dix ans déjà ! Essayons de revenir en arrière. Pouvez-vous nous parler de vos premiers projets ? Quand avez-vous pensé diriger une galerie d’art ?

A.C : Déjà quand j’étais étudiante en journalisme, je m’intéressais à l’art et je me disais peut-être un jour, j’aurai ma propre galerie. L’idée que je me faisais alors d’une galerie est totalement différente de ce qu’est « Calina » aujourd’hui ! J’ai d’abord commencé par collectionner petit à petit. Puis j’ai eu la chance de rencontrer et de devenir l’amie de Romul Nuţiu. J’adorais son travail et j’ai beaucoup aimé l’homme. Puis, un jour il m’a dit « Maintenant, tu es prête pour ouvrir une galerie d’art ! » Il était à mes côtés, il m’a épaulée. C’était un visionnaire. Il savait que Timisoara avait besoin de nouveaux espaces, d’un tremplin pour donner plus de visibilité à l’art contemporain. Nous avons commencé. Dans les premières années, c’était un programme « classique » avec des peintres, des sculpteurs, des céramistes. Nous avons pensé également à avoir Peter Jecza, un artiste emblématique de Timisoara.

À cette époque, la galerie Jecza était le seul espace de la ville ouvert à l’art contemporain. Peter et Sorina Jecza ont été très bienveillants et ils m’ont beaucoup aidés. Ils m’ont donné toutes les informations nécessaires. J’ai également eu la chance de travailler avec Ileana Pintilie (initiatrice et directrice du festival de performances Zone Est de Timisoara ) et Alexandra Titu, deux professeurs, deux curatrices très actives dans le domaine de la promotion de l’art contemporain.

À la même époque, j’ai suivi un cours de Master de management culturel. Après quelques années, j’étais devenue une galeriste ! De plus en plus « en phase » avec l’art contemporain, j’ai commencé à aller vers des territoires moins explorés comme les performances, l’art conceptuel, l’art expérimental. Et tout doucement, j’ai glissé dans cette direction pour finir par l’épouser complètement.

A.L : Dix ans, c’est une somme de projets. Quels sont les plus importants pour vous, ceux qui ont compté ? Les projets dont vous êtes fière. Ceux dont vous pouvez dire : «  Je suis galeriste depuis dix ans et oui je sais pourquoi j’ai choisi ce métier ! »

Galeria Calina, Timisoara

Portrait de la Galerie Clina, Timisoara

A.C : Je suis reconnaissante envers chacun des artistes avec qui j’ai travaillé. Je suis fière de tous les projets que j’ai menés. Et aussi quand je vois Diana Marincu, curatrice qui a travaillé pour la galerie Plan B de Cluj et dernièrement pour la Biennale de Venise, venir dans ma galerie. Parce que nous avons commencé ensemble. Nous nous sommes lancées dans l’aventure la même année.

Une des personnes les plus extraordinaires, je dirais même providentielle, que j’ai rencontrée c’est Liviana Dan. Il y a eu comme une alchimie. C’était une étape essentielle. Je dois dire que de toute façon j’ai la chance de travailler avec des gens formidables.

Dix ans déjà ! C’est curieux, j’ai l’impression que c’était hier. Chaque projet est comme un nouveau défi, une nouvelle histoire. Ce qui compte, ce qui est vraiment important c’est que chaque artiste travaille de manière différente, avec ses propres codes. Pour chaque exposition, il y a toujours deux phases essentielles : la rencontre, le tâtonnement, la discussion puis le jour où le projet a pris forme, qu’il existe. C’est toujours nouveau, motivant et stimulant ! Pour chaque nouveau projet, je cherche à découvrir, à expérimenter, à apprendre. Je travaille avec un esprit d’exploratrice (-radieuse-).

A.L : Comment pourriez définir votre galerie ? Est-ce que vous avez un motto, un slogan ? Qu’est-ce qui différencie votre galerie des autres espaces ?

Je n’ai pas de motto, ni de slogan. Je n’ai jamais pensé à cela ? Est-ce qu’il faut que j’en ai un ? (étonnée) Il faut être flexible, ouverte d’esprit ! Les choses changent, évoluent rapidement. Un projet peut démarrer avec une idée puis se transforme totalement. Il faut savoir s’adapter, ne pas se bloquer sur une idée. Lâcher-prise !

Je défends la diversité. Ce qui créée la différence, c’est ma programmation et mes choix personnels. Avec le temps, je me suis identifiée avec la galerie ! Mes enfants me disent que sur les réseaux sociaux, je ne peux pas répondre comme galeriste. Au contraire, je crois que si. Je suis ma galerie ! (-sourire malicieux-) J’ai toujours eu le désir et le courage de soutenir de jeunes artistes. Ma galerie a souvent été pour eux le lieu de leur première exposition. J’ai parié et j’ai gagné !

A.L : Parlons maintenant du présent. Que pouvez-vous nous dire à propos de votre exposition en cours du 23 janvier au 26 février 2016 « Une archive de la nostalgie » -chapitre 1- J’ai lu un article passionnant concernant le groupe « Apparatus 22 » et leur approche singulière de la notion d’installation. Que pouvez-vous nous dire de l’expérience que vous avez eue ?

A.C : La notion de nostalgie est la plus appropriée pour parler du travail d’ « Apparatus 22 ». Ils cherchent à faire revivre, à mettre sous les feux de la rampe les personnages emblématiques de l’histoire roumaine.

Trinité, triangle, somme de 3

An archive of longings, Apparatus 22 (Galerie Calina, Timisoara)

Dans cette exposition, le projecteur se concentre sur le personnage de Maruca Cantacuzène Enescu (1879-1968) qui a été l’épouse du prince Michel Cantacuzène, chef du parti conservateur, la maitresse du philosophe Nae Ionescu puis la femme du compositeur George Enescu. Une femme au parcours très controversé qui a côtoyé toute l’intelligentsia politique et artistique, le miroir d’un demi siècle chaotique de l’histoire roumaine. Une triangulation impossible.

Quand nous avons monté l’exposition avec Dragoş Olea, il ne s’agissait pas d’une scénographie mais de mise en place d’un curieux triangle, d’une histoire d’amour impossible, d’une trinité et d’un triptyque fantôme. Maruca est un personnage fascinant.

En fait, j’ai l’impression que toutes ces années m’ont conduit à la mise en place de cette dernière exposition. D’avoir parcouru tout ce chemin pour y arriver. C’est pourquoi j’apprécie autant le présent, pour m’y fondre totalement et me laisser porter. Concernant cette dernière exposition, je dirai que les mots clé sont : glamour, grandeur et décadence, religion, sexe et art.

Concernant le nom du groupe Apparatus 22. Il s’agissait au départ de 4 artistes : Erika Olea, Dragoş Olea, Maria Farcaş et Iona Nemeş (décédée en 2011). Le groupe voulait donner un indice qui évoque l’idée d’un collectif, d’individus qui travaillent intensément à la mise en place d’un mécanisme complexe, afin de présenter le fruit de leur réflexion intellectuelle et esthétique. Ils voulaient un nom fait de chiffres et de lettres. Ils ont fini par choisir 22 pour sa signification. « Apparatus » pour donner l’idée du dispositif, l’alchimie du travail en commun dont le résultat est plus que la somme des parties, d’un mécanisme fait de méthodologies et de sensibilités singulières dans une perspective de coopération, de recherche pour façonner un lieu artistique unique.

As good as gold

As good as gold (Apparatus 22, Galerie Calina)

A.L : Et après ? Quels sont vos projets dans le futur ?

La prochaine exposition en mars va clôturer le cycle « Plateforme / projets d’installation ». La galerie exposera les derniers travaux d’Aurora Kiraly (épouse du photographe Iosef Kiraly) avec toujours comme commissaire Liviana Dan qui a conçu le cycle d’expositions (Iulia Toma, Vlad Nancă, Apparatus 22, Aurora Király).

Puis en perspective pour 2016, deux autres expositions sont prévues, l’une avec l’artiste Decebal Scriba et la curatrice Olivia Niţiș et l’autre avec l’artiste Mimi Ciora et la curatrice Ioana Ciocan.

Pour conclure, je souhaiterais qu’il y ait dans ma ville, Timisoara, une centaine d’espaces comme le mien pour faire vivre la ville, faire découvrir l’art contemporain au grand public, créer un désir d’art contemporain !

Anouk Lederle

De retour en France après un séjour de trois ans dans les Balkans, Anouk reste à l’écoute de ce qui se passe dans la région et depuis Paris. Titulaire d’un Master de Management et politiques culturelles passé à l’Université des arts de Belgrade, elle participe aujourd’hui à différents projets en tant que manager culturel.


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