Le Musée de l’histoire yougoslave: tombeau d’un grand pays

By: Doris Manu

Tito, le chef de l’Etat de la République Fédérale Socialiste de Yougoslavie (RFSY), est mort le 4 mai 1980 et enterré dans la Maison des fleurs sur une colline à Dedinje, le quartier résidentiel de Belgrade. L’enterrement de Tito a été suivi par les délégations de plus haut rang, 80 délégations d’Etats et 60 délégations des partis politiques, ce qui en fait une des plus grandes funérailles d’État au XXe siècle.

Peu après, le centre commémoratif “Josip Broz Tito” a été fondé. Il comprenait le Musée “25 Mai”, la Maison des fleurs, la résidence officielle, la Salle de billard, le Pavillon de chasse, l’Ancien Musée, la Collection mémoriale (le bâtiment ovale), et le Musée “4 Juillet” à Belgrade, ainsi que la maison natale de Tito à Kumrovec (Croatie) et la résidence officielle sur l’île de Vanga.

Deux monuments et deux musées faisant partie du centre “Josip Broz Tito” ont été fermés aux visiteurs à la fin de 1991, l’année durant laquelle les parlements de la Slovénie et de la Croatie ont déclaré leur indépendance, qui a été suivie par un conflit armé de dix jours avec l’Armée Populaire Yougoslave en Slovénie, tandis que des conflits sanglants et beaucoup plus durables ont éclaté en Croatie.

En 1992, après la séparation de la Slovénie, Croatie et Macédoine, la République fédérale de Yougoslavie (RFY) a été formée, composée de deux membres – Serbie et Monténégro – et dont Dobrica Cosic a été élu le premier président. C’est lui qui a soulevé la question de la finalité et de l’utilisation du Centre commémoratif “Josip Broz Tito” et du Musée de la Révolution des Nations yougoslaves et des minorités ethniques. L’idée de la fondation du Musée de l’histoire yougoslave a été présentée pour la première fois et en 1996 il a été fondé comme une institution fédérale indépendante de la RFY, à la suite de la fusion entre le centre “Josip Broz Tito” et le Musée de la Révolution des Nations yougoslaves et des minorités ethniques. Cependant, le bâtiment ovale, le Pavillon de chasse et la Salle de billard ont été affectés à la résidence officielle du président de la RFY et séparés par un mur.

Pendant la campagne de bombardements de l’OTAN en 1999, l’ancienne résidence officielle de Tito qui avait été utilisée par Slobodan Milosevic depuis 1997 a été touchée aussi et Milosevic a déménagé dans le bâtiment ovale, la dernière résidence officielle construite pour Tito.

En 2007, après l’indépendance du Monténégro, le Musée de l’histoire yougoslave a été fondé comme une institution culturelle de la République de Serbie. Ainsi, les autres républiques de l’ex Yougoslavie n’ont aucun mot à dire dans la gestion du musée qui veut montrer l’histoire commune de tous.

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Le Musée « 25 Mai » (@MIJ)

Le Musée National de Serbie ayant subi des travaux de restauration pendant plusieurs années et n’étant pas encore ouvert au public, le Musée de l’histoire yougoslave est l’un des plus connus et visités en Serbie.

Parmi les trois bâtiments qui le composent, seule la Maison des fleurs a une exposition permanente: le tombeau de Tito et de sa femme entourés de fleurs, l’uniforme de l’ex-président et son bureau, ainsi que des photos de son enterrement peuvent y être vus.

Ni l’Ancien Musée ni le Musée “25 Mai” n’ont une exposition permanente. Avant, l’Ancien Musée était le lieu d’étalage des cadeaux reçus par Tito provenant des quatre coins du monde, mais l’institution culturelle considère que l’espace peut être mieux utilisé.

Un projet qui mène a une exposition permanente a été lancé en 2009, sous le nom “Le nouvel ancien musée”. C’est une collaboration régionale à long terme, qui rassemble des experts dans des domaines différents provenant pour la plupart des pays ex-yougoslaves, mais aussi d’autres pays. Le but est d’avoir un processus d’introspection qui résulte en une exposition acceptable pour tous. « Depuis l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, il n’y avait pas de cadre institutionnel pour le développement de projets régionaux à long terme. Surmonter les problèmes post-conflits nécessite un examen critique du passé commun et de sensibilisation sur le patrimoine commun positif et négatif et son influence sur l’identité contemporaine des nouveaux Etats et des collectivités. Nous avons estimé que c’est la seule façon de rétablir et de développer le dialogue interculturel dans l’ex-Yougoslavie », disent les représentants du MIY.

Une base de la future exposition permanente a été le projet pilote “Yougoslavie: du début à la fin”, installé pour trois mois dans le Musée “25 Mai”, ayant pour but de donner une vision compréhensive sur le pays qui a cessé d’exister et de tester les réactions du public.

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L’exposition « Yougoslavie: du début à la fin » (@MIJ)

Cette exposition était divisée en six sections principales: la Yougoslavie – carte d’identité, les peuples de Yougoslavie, la Yougoslavie dans le monde, le monde en Yougoslavie, l’économie et la société, et la fin de la Yougoslavie. Le projet a révélé les limites et les obstacles d’une exposition permanente, mais les représentants du musée vont continuer avec leur idée et entraîner le public dans un débat.

« En travaillant sur l’exposition, nous avons réalisé que la plupart des questions relatives à l’héritage yougoslave et à l’histoire yougoslave sont encore non résolues, ‘sensibles’, controversées, qu’il y a de nombreuses guerres dans les têtes, certaines batailles ne sont pas encore terminées et le discours public sur la Yougoslavie est généralement réduit à la ‘Yugo-nostalgie’. Reconnaissant que l’importance de la mémoire et de l’histoire ne sont pas synonymes et qu’il y aura toujours des critiques en termes de choix, parce qu’il y a toujours quelque chose qui peut être ajouté ou soustrait, nous avons courageusement décidé de présenter les résultats de travaux antérieurs et entrer en dialogue avec le public, ainsi que le public professionnel et académique, et offrir la possibilité aux personnes intéressées de s’impliquer dans l’examen de la nouvelle exposition permanente à travers des commentaires sur les expositions, questionnaires et sondages, les discussions et le débat public que nous avons organisés à l’occasion de l’exposition au cours des trois mois où elle a duré », avouent les organisateurs.

 

Doris Manu

Doris est diplômée du Collège d`Europe à Bruges. Elle est également titulaire d’un Master en études sud-est européennes de l`Université de Belgrad. Elle a fait plusieurs stages au Kosovo, en Roumanie, en Serbie et en Croatie. Actuellement elle travaille à Bruxelles.


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