Timisoara, un calendrier dédié au patrimoine en danger

Timisoara, un calendrier dédié au patrimoine en danger

By: Anouk Lederle
Timisoara, un calendrier dédié au patrimoine en danger

Maison du lion, disparition des éléments décoratifs, place de l’Union (Timisoara)

– Attention ! Ne pas respecter la législation peut causer de graves dégâts au patrimoine ! –

Sensibiliser la population au respect de la législation, dénoncer les dérives en matière d’interventions abusives, stigmatiser le refus des propriétaires d’entretenir les bâtiments historiques: voici les principaux objectifs du tout nouveau calendrier dédié au patrimoine en danger, édité par la Maison des arts (Casa Artelor), l’office départemental de la culture de Timisoara.

Une sonnette d’alarme pour mobiliser la population

Des images choc. Un calendrier avec les bâtiments les plus dégradés de la ville. À chaque mois de l’année correspond une photographie qui montre, ici, des fenêtres en PVC sur un bâtiment historique, là, des chambranles qui s’écroulent au péril des passants ou encore une statue dérobée dont le pilier est resté comme une anomalie dans le paysage urbain.

À Timisoara, il y a environ 14.000 bâtiments historiques, c’est ainsi une des villes de Roumanie les plus dotées en termes de patrimoine. La plupart des bâtiments sont situés dans la Citadelle, le quartier Joséphine ou le quartier Fabrique. Malheureusement, la plupart de ces bâtiments sont dans un état de délabrement avancé, et les propriétaires ne font rien pour les restaurer.

La ville de Timisoara, chef-lieu du département Timis, dispose d’un splendide ensemble architectural composite à l’image de ses habitants. Capitale d’un pachalik (division administrative ottomane) à l’époque de l’Empire turc (1552-1716), elle devient à l’époque austro-hongroise « la petite Vienne » (1716-1918). Timisoara est un concentré de plusieurs styles architecturaux. Le style baroque, les palais et immeubles particuliers autour de la place de l’Union, les immeubles Sécession de la place de la Victoire, les vestiges de bâtiments industriels du XVIIIe dans les quartiers Fabrique et Joséphine, sans compter les établissements religieux (synagogues, églises orthodoxes et catholiques) dans et en dehors de la Citadelle.

L’office départemental de la culture a choisi de frapper les esprits et d’aller dans tous les bureaux, dans toutes les maisons afin de mener un plan de restauration d’envergure. L’idée avec ce calendrier n’est pas de s’apitoyer sur l’existant mais bien d’agir, de sensibiliser et de mobiliser la population.

Un calendrier pour contribuer à faire respecter la législation

Timisoara, un calendrier dédié au patrimoine en danger

Place Trajan, utilisation de fenêtres en PVC sans respect du modèle initial (Timisoara)

Chaque page du calendrier comprend 13 photographies (les 12 mois de l’année et la couverture !) illustrant les principaux problèmes rencontrés dans des bâtiments historiques, les sites archéologiques et les monuments ouverts au public. En référence à l’article de loi 422/2001 concernant la protection des monuments historiques : « Afin de protéger les monuments historiques, les propriétaires et les titulaires de droit d’administratif ou d’autres droits ont pour obligation : d’entretenir, d’utiliser et de préserver leur propriété en conformité avec les dispositions de la loi sur la protection des monuments historiques. »

Sorin Predescu, directeur du bureau départemental de la culture, explique le projet: « Nous avons choisi de publier un calendrier pour tirer la sonnette d’alarme, pour montrer à quel point la situation est désastreuse concernant le patrimoine architectural de Timisoara. Les façades historiques de ces bâtiments sont en mauvais état. Le mieux serait qu’ils tombent dans le domaine public afin qu’ils puissent être restaurés avec de l’argent public, car les propriétaires actuels ne sont pas prêts à investir. Nous avons un patrimoine qui se dégrade et nous avons une impasse législative. Les autorités locales ne peuvent pas rénover les façades car ces bâtiments sont privés. Il y a urgence, ces bâtiments sont aujourd’hui un danger pour le public. »

Les photos ont été réalisées par Adrian Piclican, et le concept graphique conçu par Levente Kozma.

En 2015, le département de Timis est celui qui a lancé le plus grand nombre de demandes d’avis sur le patrimoine architectural de l’ensemble de la région du Banat avec 554 demandes d’intervention et de restauration et plus de 300 préemptions sur des bâtiments existants. Les habitants se sont sentis très solidaires et leur intérêt a été démultiplié. Les résultats de l’année 2015 sont éloquents : plus de 700 audiences et consultations avec le directeur et les conseillers spéciaux.

Un programme d’envergure pour le patrimoine en 2016

Timisoara, un calendrier dédié au patrimoine en danger

Disparition du buste d’Emmanuel Ungureanu inscrit sur la liste des monuments historiques de Timisoara

Pour compléter ce calendrier et renforcer son impact, d’autres projets sont en cours pour 2016 : un programme détaillé d’informations sur les droits et obligations des occupants des bâtiments historiques en collaboration avec la Fédération des associations de locataires, un événement clé pour la Journée internationale des monuments et sites historiques (18 avril) ainsi qu’une exposition sur le thème de la recherche archéologique dans le département de Timis afin de modifier le second volume de la publication « L’archéologie dans le Banat ».

Enfin, l’office départemental de la culture de Timisoara a pour ambition d’établir un dossier complet des monuments publics du département de Timis (comprenant l’emplacement exact, la valeur immobilière ainsi qu’une notice historique détaillée).

Encore une initiative à saluer !

 

 

Anouk Lederle

De retour en France après un séjour de trois ans dans les Balkans, Anouk reste à l’écoute de ce qui se passe dans la région et depuis Paris. Titulaire d’un Master de Management et politiques culturelles passé à l’Université des arts de Belgrade, elle participe aujourd’hui à différents projets en tant que manager culturel.


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